
L’historien français Vincent Lemire, qui a critiqué ouvertement les opérations israéliennes dans la bande de Gaza, a finalement été autorisé à se rendre en Israël, a appris l’Agence France-Presse (AFP), lundi 12 janvier, dans la soirée, auprès de l’intéressé. « La tentative de censure d’Etat a échoué », a commenté l’historien dans un message publié sur Instagram. « Les autorités israéliennes viennent d’annuler l’interdiction d’entrée sur le territoire qui me visait », écrit-il, se réjouissant que « la mobilisation paye (parfois) ». Plus tôt dans la journée, il avait affirmé avoir été interdit d’accès par les autorités.
Professeur d’histoire à l’université Paris-Est Gustave-Eiffel et spécialiste du conflit israélo-palestinien, Vincent Lemire a dirigé le centre de recherche français à Jérusalem de 2019 à août 2023. « Plusieurs centaines d’universitaires, y compris israéliens, se sont engagé·e·s depuis ce matin pour dénoncer une attaque délibérée contre les libertés académiques, car priver un chercheur de l’accès à son terrain de recherche c’est le priver de son oxygène et de sa raison d’être », a-t-il dénoncé sur Instagram, évoquant les « milliers de chercheurs dans le monde victimes de ce bannissement ».
Il a dénoncé publiquement à plusieurs reprises la situation humanitaire désastreuse de la population et des otages israéliens à Gaza ces deux dernières années, réclamant notamment des sanctions contre Israël. M. Lemire, qui devait s’envoler dimanche pour Tel-Aviv, a reçu le 7 janvier un courriel de l’autorité de l’état civil et de l’immigration lui notifiant son interdiction d’entrer en Israël, sans fournir d’explications.
« En raison d’un changement de circonstances vous concernant, l’approbation ETA-IL pour la demande (…) qui vous a été accordée le [27 février 2025] est révoquée », affirmait le courriel, que l’AFP a pu consulter. Contactées par l’AFP, les autorités israéliennes n’ont pas répondu lundi.
Aucune justification
« Il s’agit d’une autorisation que j’avais obtenue en février 2025 et qui est normalement valable deux ans, je n’avais donc pas effectué de démarches particulières cette fois-ci. Cette notification quatre jours avant mon vol est très délibérée », a déclaré lundi matin Vincent Lemire à l’AFP, qui précise n’avoir reçu « aucune justification » de la part des autorités israéliennes. L’universitaire, qui a reçu le soutien du ministre de l’enseignement supérieur français, Philippe Baptiste, s’était dit « très surpris » de cette décision. « Mes prises de position ne sont pas nouvelles, mais je n’ai jamais boycotté Israël, j’invite régulièrement des universitaires israéliens et je vais en Israël depuis vingt-cinq ans », poursuivait-il.
Vincent Lemire a affirmé dans la soirée avoir reçu un nouveau courriel en fin d’après-midi établissant que, « à la suite d’un réexamen du dossier, il a été décidé de lever les restrictions d’entrée en Israël ». « Je pars demain matin », a-t-il précisé à l’AFP. Dans son message publié sur les réseaux sociaux, il précise que « les rencontres prévues demain [mardi] à l’université An-Najah de Naplouse sont annulées ; la conférence prévue ce soir sur le quartier maghrébin de Jérusalem est reportée ».
Vincent Lemire doit participer à une vingtaine de séminaires et rencontres avec des chercheurs et étudiants, notamment israéliens et palestiniens. « C’est mon terrain de recherche depuis vingt-cinq ans, mon laboratoire à ciel ouvert et en termes de liberté académique, cela est très problématique », dit-il. « Comme pour les 37 ONG interdites de travailler à Gaza, on a l’impression qu’on est dans une dynamique de règlement de comptes » à l’égard des voix critiques d’Israël.
Dans une tribune publiée en août dans Le Monde, Vincent Lemire avait, avec l’ancien ambassadeur d’Israël en France Elie Barnavi, exhorté Emmanuel Macron à prendre des sanctions contre Israël en raison de la situation à Gaza. « Monsieur le Président, si des sanctions immédiates ne sont pas imposées à Israël, vous finirez par reconnaître un cimetière. Il faut agir maintenant pour que la nourriture et les soins puissent entrer massivement à Gaza », écrivaient-ils, en référence à l’annonce française de la reconnaissance d’un Etat de Palestine, concrétisée en septembre à l’ONU.

