Le président américain Donald Trump a annoncé mercredi imposer des droits de douane de 10% minimum sur toutes les importations aux États-Unis.
L’Union européenne – et donc la France – est taxée à hauteur de 20%.
Cette mesure va-t-elle relancer l’inflation des deux côtés de l’Atlantique ?
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Le second mandat de Donald Trump
La guerre commerciale est lancée. Le président américain Donald Trump a mené mercredi 2 avril une offensive protectionniste massive à l’égard des partenaires commerciaux des États-Unis. Dès les prochains jours, toutes les importations américaines passeront par un droit de douane plancher de 10%, auquel s’ajoutera une majoration selon les pays. Ceux de l’Union européenne, dont la France, prendront 20% de taxes.
Une inflation « probable » aux États-Unis…
L’addition s’annonce lourde pour les entreprises ayant recours à l’importation… mais peut-être aussi pour les consommateurs américains. Cette mesure, portée par le locataire de la Maison Blanche, pourrait avoir un coût, y compris dans son propre pays. « C’est le retour probable de l’inflation aux États-Unis », explique à TF1info Christian de Boissieu, vice-président du Cercle des économistes et auteur de La Nouvelle Guerre des monnaies (Odile Jacob). « Je ne vois pas comment les taxes à l’importation peuvent être augmentées sur presque tous les produits sans provoquer d’effet inflationniste. »
Ce sont d’abord les entreprises situées aux États-Unis qui vont trinquer. Avec la hausse des droits de douane, tous leurs produits importés leur coûteront plus cher. « Sauf à supposer qu’elles réduisent leurs marges », elles répercuteront tout ou partie de ce coût supplémentaire « sur le consommateur final », anticipe Christian de Boissieu. « L’effet ne sera peut-être pas immédiat, mais l’augmentation est dans les tuyaux. »
D’autant qu’un autre élément pourrait alimenter l’inflation : la valeur du dollar. Depuis les annonces de Donald Trump, le dollar a plongé face aux autres principales monnaies. Par rapport à l’euro, il a ainsi dévissé de plus de 2,6% ce jeudi à la mi-journée. Une situation recherchée par la Maison Blanche. « Stephen Miran, le principal conseiller économique de Donald Trump, parle sans cesse de la nécessité que le dollar baisse », précise le vice-président du Cercle des économistes. Ce qui n’est pas sans conséquences. « Si, en plus des droits de douane, il devait y avoir une baisse du dollar, voilà un deuxième facteur qui pousserait dans le sens de l’inflation. »
…et pas exclue en France
Reste qu’une telle hausse des prix ne devrait pas se limiter aux États-Unis. Interrogé par TF1info avant le discours de Donald Trump, l’économiste Lionel Fontagné estimait qu’une guerre commerciale pourrait coûter « de l’ordre de 300 euros par an et par ménage français ». « Tout dépend de notre riposte », abonde Christian de Boissieu. « Si nous augmentons les droits de douane pour l’entrée en Europe, il risque d’y avoir aussi un effet inflationniste. À ce petit jeu, qui n’a rien de drôle, avec enchères sur enchères, tout le monde est perdant. »
Les Américains en premier lieu, mais les Français potentiellement aussi. « Nous ne pouvons pas écarter un effet inflationniste en Europe », insiste l’économiste, selon qui « il sera plus fort côté américain qu’européen ». « L’Europe dispose d’une petite marge, puisque l’inflation a baissé assez vite », rappelle-t-il. « La Banque centrale européenne continue de baisser ses taux directeurs, contrairement à la Fed américaine. Ce qui pourrait d’ailleurs donner lieu à un bras de fer entre le président américain et la Banque centrale. » Signe que les rebondissements sont loin d’être terminés.