Jules Briquet et Baptiste Monnot, avocats de la défense lors du procès d’assises de Théo Denner pour viols, agressions sexuelles et atteintes à l’intimité, à la cour criminelle départementale du Doubs (Besançon), le 10 mars 2026.

Un bûcheron de 25 ans a été condamné, mercredi 25 mars à Besançon, à dix-huit ans de réclusion criminelle pour avoir piégé 39 adolescents sur Internet avec un faux profil de femme, et violé certains d’entre eux, entre 2018 et 2023. La cour criminelle du Doubs a condamné Théo Denner « pour la grande majorité des faits reprochés », a précisé la présidente Delphine Thibierge en lisant le verdict.

Il était initialement jugé pour des viols, des agressions sexuelles ou encore des atteintes à la vie privée sur 42 adolescents. La cour l’a finalement reconnu coupable pour les faits commis sur 39 jeunes de son entourage, âgés de 13 à 19 ans, essentiellement des hommes. « Je présente mes excuses aux victimes et j’espère qu’après ce procès, elles pourront aller mieux », a marmonné l’accusé de 25 ans, qui a toujours reconnu les faits, avant le retrait de la cour pour délibérer.

Ses avocats, Jules Briquet et Baptiste Monnot, avaient mis en avant mardi lors de leur plaidoirie les « progrès majeurs » de leur client dans l’acceptation de son homosexualité, la prise de conscience de la gravité des faits et sa tentative « d’apporter des explications, avec ses mots », aux victimes.

« Pas d’appel à ce stade »

L’avocat général Jérémy Lhadi avait dressé lors de son réquisitoire le portrait d’un « chasseur sexuel, méticuleux, » qui aime « la traque, la capture, la domination » de ses victimes, dont il collectionne les photos comme des « trophées ». Le magistrat avait requis vingt ans d’emprisonnement, assortis d’une peine de sûreté des deux tiers. Le parquet a précisé à l’Agence France-Presse qu’il « n’envisageait pas d’appel à ce stade ».

Théo Denner, qui revendique sa sympathie pour la mouvance néonazie, était jugé depuis le 9 mars pour un chantage à la « sextape » exercé sur des jeunes de son entourage amical, scolaire et professionnel, afin d’obtenir des faveurs sexuelles. Parmi eux, six ont évoqué des viols, parfois pendant plusieurs mois.

L’accusé a confié pendant son procès sa difficulté à admettre son homosexualité au sein d’une famille où les hommes considéraient qu’un « homosexuel, c’est une balle dans la tête ». Il a expliqué qu’il s’était dissimulé derrière le profil d’une fausse « Aurélie » pour aborder des hommes plus facilement.

Les méthodes du prédateur dévoilées

L’expert psychiatre entendu par la cour n’a pas relevé de maladie psychiatrique mais « une structure perverse » de sa personnalité. Enfant, il aurait lui-même été agressé sexuellement par un voisin de 17 ans. Apprenti bûcheron dans le nord du département, il avait créé en 2017 sur Facebook et Snapchat le profil d’une certaine Aurélie, jolie bûcheronne qui appâtait les hommes en dévoilant des photos dénudées. Elle réussissait à obtenir d’eux en retour des photos et vidéos intimes.

Lire aussi | Le chantage à la « sextape » n’est pas l’apanage des stars

L’avatar féminin leur ordonnait ensuite d’avoir des relations sexuelles avec Théo Denner, qu’elle disait être également victime de son chantage, avant de pouvoir enfin la rencontrer, ou sous peine de voir leurs images intimes diffusées. Tétanisés par la « honte », aucun de ces jeunes issus d’un milieu rural de taiseux n’avait osé dénoncer les faits, avant qu’un adolescent de 17 ans, soutenu par sa famille, dépose plainte en 2021.

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« C’est celui par qui tout a été révélé. S’il n’avait pas dit les choses, eu la force de les dire, je ne suis pas sûr que cette série fatale aurait cessé », a salué mardi son avocat, Jean-Baptiste Euvrard, le qualifiant de « héros ». « Si ce procès n’a pas totalement permis de briser le silence » pour de jeunes hommes qui ont eu beaucoup de difficultés à témoigner à la barre, « j’espère qu’il aura permis d’avoir fait changer la honte de camp », a estimé l’avocat général Jérémy Lhadi.

Lire l’enquête (2020) | Harcèlement sexuel : avec le confinement, le retour en force des comptes « fisha » sur les réseaux sociaux

Le Monde avec AFP

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