- Le JT de 20H est allé à la rencontre de quelques-uns des 135.000 hommes et femmes qui vous accueillent derrière les caisses des supermarchés.
- Ils sont le visage des courses après le travail, du plein du dimanche matin, de la bouteille de lait qui manque au dernier moment.
- Un métier souvent trop peu considéré, avec des horaires contraignants.
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Le 20H
Ils sont le visage des courses après le travail, du plein du dimanche matin, de la bouteille de lait qui manque au dernier moment. « Un magasin sans caissière, ce serait triste »
, lance une cliente à la caisse d’un hypermarché où une équipe du JT s’est rendue. Dans un autre établissement, à Saumur (Maine-et-Loire), c’est avec l’hôtesse de caisse Adeline Gibassier que les clients aiment échanger un petit mot. « On la voit tout le temps, on choisit un peu nos caissières et on cause avec eux en fin de compte comme si c’était de la famille »
, confie une cliente.
Tout y passe, la météo, le délai pour refaire sa carte d’identité. Et bien sûr, le prix de ce qui défile sur le tapis. La baisse du pouvoir d’achat, pour Adeline Gibassier c’est très concret. Elle est la première à l’observer : « Il y a des gens qui nous disent, pas plus de 30 euros. Je ne vais pas avoir assez, est-ce que c’est possible d’enlever ça ? On enlève un article, il n’y a pas de problème »
, nous explique-t-elle dans le reportage en tête d’article.
Quinze minutes de pause pour un après-midi de travail
Et alors que cette hôtesse de caisse pensait avoir tout vu, elle a vécu une scène inédite : « Il y a trois jours… Une personne m’a payé 59 euros, rien qu’en pièces de 20 centimes. C’est toujours triste, mais après c’est de l’argent. Moi, c’est pareil, j’ai des tirelires avec des petites pièces, il faut bien les passer à un moment ou à un autre. »
Sur tout un après-midi de travail, cette hôtesse de caisse aura quinze minutes de pause, à raison de trois minutes par heure travaillée. Comme la majorité des caissiers en France, Adeline Gibassier est à temps partiel. Cela permet plus de flexibilité aux employeurs. Cette mère célibataire de deux enfants travaille trente heures par semaine. Pour maximum, 1.200 euros par mois. Est-ce suffisant pour bien vivre ? « C’est juste, mais on y arrive. Si on serre la ceinture, on y arrive toujours. Après moi c’est vrai que j’ai des aides à côté. Donc j’ai la CAF qui est là, j’ai une pension alimentaire. Et si vraiment ça va pas, j’ai ma maman qui peut m’aider aussi »
, détaille-t-elle.
À Rieumes (Haute-Garonne), commune rurale de 3.500 habitants, Morgan gagne un peu plus qu’Adeline. En moyenne, 1.800 euros net par mois. Mais il ne fait pas exactement le même métier. À 39 ans, il a déjà dix-neuf ans de supermarché derrière lui : d’abord caissier, puis responsable de caisses depuis quatre ans, une promotion. Ce jour-là, il prend son service à 13h et se renseigne sur les informations de la matinée. Son travail : être partout à la fois, vérifier le montant des caisses, gérer les rappels produits, vendre des bouteilles de gaz. Mais aussi remplacer les caissières en cas de besoin.
Ce qu’il préfère dans son métier, le contact avec les clients. Et il y a les clients chouchous comme cet habitué, affectueusement surnommé par tout le personnel monsieur Sympa : « Ils sont parfaits. Toutes mes félicitations aux caissières »
, lance-t-il justement face à notre caméra. Mais hélas, tout le monde n’est pas aussi sympathique. « Ça n’arrive pas souvent, heureusement, mais il y a des fois où il y a des clients qui peuvent être très agressifs, on peut avoir des insultes »
, précise Morgan.
Un métier trop peu considéré, avec des horaires souvent contraignants. Neuf caissiers sur dix travaillent le samedi, plus d’un tiers le dimanche. Dans cet hypermarché de Villette-d’Anthon (Isère), ce dimanche-là à 11h, c’est l’heure de pointe. Derrière les caisses, seulement des visages juvéniles. Pendant que les titulaires se reposent, six emplois étudiants prennent le relais, comme Éléane Durand-Damet, 18 ans. Son rythme est soutenu. Du lundi au vendredi, elle est à l’école d’architecture. Samedi-dimanche, elle est ici. « Bravo, j’ai fait un peu la même chose pendant mes études, donc je compatis complètement à cette charge mentale et physique »
, la félicite une cliente à la caisse.
Chaque mois, elle touche entre 400 et 500 euros. Ses parents paient ses études, elle finance ses loisirs, ses transports et apprend à mettre de côté : « Ça m’a vraiment appris la valeur de l’argent. J’avoue que les premières fois, ils sont partis vite, du coup, maintenant, je fais attention. »
Et parmi les projets pour lesquels elle économise, elle compte s’offrir le permis et une voiture. Car pour l’instant, c’est toujours l’un de ses deux parents qui vient la chercher, après une journée derrière la caisse.

