• La France a restitué ce vendredi à la Côte d’Ivoire le tambour parleur Djidji Ayôkwé, un objet sacré qui avait été volé durant la colonisation.
  • Lors d’une cérémonie officielle au Quai Branly, un acte de transfert de propriété a été signé : le majestueux instrument quittera bientôt la France pour être exposé à Abidjan.
  • « Il va enfin retrouver sa terre », après avoir été arraché aux « siens » pendant cent-dix ans, a salué la ministre ivoirienne de la Culture.

Cent-dix ans après avoir été saisi par les autorités coloniales, « il va enfin retrouver sa terre ». Le tambour parleur Djidji Ayôkwé, volé il y a plus d’un siècle par la France, a été officiellement restitué à la Côte d’Ivoire, vendredi 20 février, au cours d’une cérémonie rassemblant à Paris de hauts responsables des deux pays.

Ce moment « est un événement historique » pour « la France comme pour la Côte d’Ivoire », a déclaré la ministre de la Culture, Rachida Dati, devant le majestueux instrument de quatre mètres de long, richement décoré, présenté au musée du quai Branly-Jacques Chirac. Elle a signé avec son homologue ivoirienne Françoise Remarck l’acte de transfert de propriété (nouvelle fenêtre) de ce tambour parleur, qui devrait quitter la France prochainement pour être exposé au musée des civilisations de la Côte d’Ivoire, à Abidjan, où des travaux sont en cours de finalisation.

Un objet sacré saisi puis envoyé en France en 1929

« La Côte d’Ivoire entière est prête à l’accueillir », a annoncé la ministre de la Culture ivoirienne, en se disant « extrêmement émue » du « retour de ce symbole ». « Cela fait cent-dix ans que le tambour parleur a quitté les siens. Il va enfin retrouver sa terre », a-t-elle salué. 

La ministre de la Culture, Rachida Dati, s’adresse au public lors d’une cérémonie de restitution officielle à la Côte d’Ivoire du tambour sacré Djidji Ayôkwé, qui avait été volé durant la colonisation, au musée du Quai Branly à Paris, le 20 février 2026. – Bertrand GUAY / AFP

Une cérémonie nationale sera organisée à Abidjan pour célébrer son retour, qui devrait intervenir d’ici à l’été. Il sera ensuite exposé « à une place de choix au cœur du musée national », a précisé son directeur Gnoleba Francis Tagro, présent à Paris avec de nombreux hauts responsables ivoiriens. « Il est parti dans la douleur (nouvelle fenêtre) il y a cent-dix ans. Il revient dans l’espérance », a salué de son côté Paulin Claude Danho, vice-gouverneur d’Abidjan, vêtu d’une tenue traditionnelle. « Beaucoup plus qu’un instrument », « il porte toute la mémoire d’un peuple, il est l’un des catalyseurs de notre culture », a-t-il insisté.

Pesant 430 kg, le tambour parleur servait à transmettre des messages rituels et à alerter les villageois, par exemple lors des opérations de recrutement forcé ou d’enrôlement militaire. Saisi en 1916 par les autorités coloniales auprès de l’ethnie ébrié, l’instrument sacré avait été envoyé en France (nouvelle fenêtre) en 1929, exposé au musée du Trocadéro puis à celui du quai Branly.

Le symbole d’une « histoire douloureuse »

« Le parcours du tambour parleur témoigne d’un pan de l’Histoire que nous partageons. Histoire douloureuse où la domination et l’appropriation coloniale (nouvelle fenêtre) ont infligé une blessure à celles et ceux pour qui ce tambour est l’emblème de leur mémoire et de leur culture », a déclaré Rachida Dati. 

La Côte d’Ivoire avait officiellement formulé sa demande en 2019. C’est le premier objet d’une liste de 148 œuvres dont le pays demande la restitution à la France et à d’autres pays. Le président français Emmanuel Macron en avait pris l’engagement en 2021, et la restitution fait suite au feu vert unanime du Parlement français, en avril puis en juillet 2025, permettant de déclasser ce bien culturel en dérogeant au principe d’inaliénabilité des collections publiques. Dans ce cadre, la France a déjà restitué des biens au Bénin et au Sénégal.

M.L. avec AFP

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