Le mégaprojet gazier Total Mozambique LNG d’Afungi (Mozambique), le 29 septembre 2022.

Le géant de l’énergie français TotalEnergies a officiellement annoncé, jeudi 29 janvier, la reprise de son vaste projet gazier controversé au Mozambique, près de cinq ans après une attaque djihadiste meurtrière qui avait conduit à sa suspension.

Ce projet de 20 milliards de dollars, situé dans la province septentrionale du Cabo Delgado, à la frontière avec la Tanzanie, avait été suspendu après une attaque djihadiste sanglante en mars 2021 qui aurait fait quelque 800 morts, selon l’ONG Acled. « Je suis ravi d’annoncer la reprise complète du projet Mozambique LNG (…). La force majeure est levée », a déclaré le président directeur général de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, lors d’une cérémonie en présence du président du Mozambique Daniel Chapo, à Afungi.

TotalEnergies avait déjà annoncé fin octobre 2025 la décision du consortium Mozambique LNG de lever la force majeure décrétée en avril 2021. Mais la reprise était conditionnée à l’approbation par le gouvernement de Maputo d’une compensation de 4,5 milliards de dollars liée aux surcoûts dus au retard et d’une extension de la concession de dix ans, en plus d’un rattrapage des quatre ans et demi perdus.

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Plus de 4 000 travailleurs se trouvent aujourd’hui sur le site, dont 80 % sont des ressortissants mozambicains, a déclaré M. Pouyanné. TotalEnergies détient une participation de 26,5 % dans Mozambique LNG, et en est l’opérateur. Ce projet, qui doit entrer en production en 2029, « fera de la région une nouvelle source de sécurité énergétique mondiale », a affirmé M. Pouyanné.

« C’est un jour de célébration pour le Mozambique, pour l’Afrique et pour le monde », a déclaré le président Chapo. Le Mozambique a été « capable de surmonter les défis et de restaurer la confiance des investisseurs nationaux et étrangers », a-t-il ajouté.

« Bombe climatique »

A l’origine, en 2020, le consortium Mozambique LNG avait conclu un accord de financement de 15,4 milliards de dollars, impliquant trente prêteurs. Mais le projet a perdu, début décembre 2025, le soutien financier des gouvernements britannique et néerlandais à travers leurs agences de crédit à l’exportation, UKEF et Atradius. La Grande-Bretagne, qui a notamment évoqué des « risques », avait promis un soutien financier qui aurait pu atteindre 1,15 milliard de dollars.

TotalEnergies a par la suite indiqué que les partenaires de Mozambique LNG avaient décidé « à l’unanimité d’apporter des fonds propres supplémentaires pour remplacer les contributions de UKEF et Atradius, représentant au total environ 10 % du financement externe ».

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Présenté comme le plus grand investissement privé dans les infrastructures énergétiques en Afrique, le projet devrait créer des milliers d’emplois et contribuer à faire du pays, doté de gigantesques réserves sous-marines de gaz au large de la province de Cabo Delgado, l’un des plus grands exportateurs mondiaux de gaz naturel liquéfié (du gaz à l’état liquide transporté par bateau), notamment à destination de clients asiatiques et européens.

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« Chaleur humaine »

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Mais les organisations environnementales dénoncent une « bombe climatique », qui contribuerait à rejeter des gaz à effet de serre dans l’atmosphère et profiterait peu aux Mozambicains, dont plus de 80 % vivaient sous le seuil de pauvreté de 3 dollars par jour en 2022, selon la Banque mondiale.

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Compensations

L’annonce du redémarrage intervient alors que TotalEnergies est visé par deux procédures judiciaires en France. Une enquête notamment pour homicide involontaire est en cours après des plaintes de survivants et de familles de victimes de l’attaque contre la ville voisine du projet à Palma (Nord) de mars 2021, lui reprochant de ne pas avoir assuré la sécurité de ses sous-traitants.

L’entreprise est aussi visée par une plainte pour « complicité de crimes de guerre, torture et disparitions forcées », déposée par l’ONG allemande European Center for Constitutional and Human Rights auprès du parquet national anti-terroriste. Elle faisait suite à des témoignages recueillis par le média Politico accusant des soldats mozambicains chargés à l’époque de protéger le site d’avoir détenu, torturé et tué des civils, entre juillet et septembre 2021. TotalEnergies rejette l’ensemble de ces accusations.

Le nord du Mozambique n’a pas connu d’attaque d’une ampleur comparable à celle de 2021, mais des attaques régulières contre des civils et militaires sont toujours attribuées à des insurgés djihadistes. L’insurrection dans le nord mozambicain a fait plus de 6 200 morts depuis 2017, selon l’ONG Acled, qui collecte des données sur les zones de conflit.

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Le Monde avec AFP

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