Nous avons changé d’époque. Bien sûr, il est difficile d’entrevoir ce que sera le monde qui émerge. Mais certaines tendances ne trompent pas. L’enlèvement de Nicolas Maduro et la volonté de Donald Trump de mettre la main sur les ressources pétrolières vénézuéliennes, comme la menace sur le Groenland ne sont pas des actes isolés et s’inscrivent déjà dans une série d’actions et de déclarations qui semblent marquer une évolution durable et profonde de notre système-monde.
Nous entrons sans doute dans une nouvelle ère de conquêtes impériales et de ce que l’économiste Arnaud Orain a appelé le « capitalisme de la finitude » marqué par une rivalité croissante des puissances pour l’appropriation des ressources (financières, naturelles, main-d’œuvre, etc.). Pour quelle durée ?
Ce que l’on sait de ce monde entraperçu, c’est que le doux commerce et le droit international n’y sont plus pertinents. Ce nouveau régime de capitalisme se caractérise bien plutôt par l’accaparement des ressources et la captation de la valeur à l’aune de l’intérêt national et de la raison du plus fort.
Il sacrifie des « zones faibles », politiques et économiques, reléguées au rang de vassaux ou de colonies aux périphéries des centres impériaux. Dans ce nouveau monde émergeant, l’Union européenne (UE) fait figure d’agneau au milieu des loups.
Une forme d’impuissance publique
Le basculement des Etats-Unis du côté des puissances autocratiques russes et chinoises a fait apparaître la supercherie : « Le roi européen était nu ». Et il semble de surcroît immobile ou presque… car paradoxalement l’Union européenne n’a pas la malléabilité que la charpente d’une histoire longue donne aux empires. Si elle a semblé réagir dans les crises pandémiques et financières récentes, c’est sans changer ses fondamentaux forgés à l’époque du « capitalisme libéral » et dont on sait qu’ils ont organisé en droit une forme d’impuissance publique.
Au total, l’Union s’est progressivement constituée sur une logique « libérale-fédérale » : un marché unique libéral, une concurrence libre et non faussée, la libre circulation des capitaux, une indépendance de la Banque centrale, des accords de libre-échange, un budget très faible, un oubli de l’industrie et de la souveraineté au nom du parapluie américain. Le basculement du monde auquel nous assistons rend tout cet attirail libéral-fédéraliste obsolète.
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