• Si la question peut paraître légère, elle peut se poser au moment de dresser la liste des invités : faut-il convier son ex à son mariage.
  • Il n’existe pas de règle universelle, en revanche, il faut se demander quelles sont les motivations qui se cachent derrière cette volonté d’inviter cette ancienne flamme.
  • La thérapeute conjugale Anissa Ali nous apporte ses éclairages sur cet épineux sujet.

Le mariage est une grande étape dans la vie d’une personne. Il convoque l’amour éternel, les cortèges, les promesses murmurées, les bouquets de fleurs et la certitude que c’est pour la vie. Rite immémorial et mise en scène contemporaine, ce jour célèbre l’amour, la joie et la fidélité devant un parterre d’invités. C’est le moment où une porte s’ouvre et d’autres se ferment. « C’est une bascule : on choisit son futur, on acte une nouvelle version de soi« , nous explique la thérapeute conjugale Anissa Ali. Le mariage soulève également certaines questions, en apparence légères, au moment des préparatifs.

Lorsque l’on dresse la liste des invités, surgit parfois une hésitation : faut-il convier celui ou celle qui a partagé un bout de notre vie avant de rencontrer l’homme ou la femme de sa vie ? Pour la thérapeute, « inviter un ex, c’est un peu comme garder un onglet sentimental ouvert en arrière-plan. Ça peut créer du bruit, même silencieux« . Le mariage est, certes, une célébration de l’amour entre deux êtres, mais c’est aussi un théâtre de symboles où se conjuguent le passé, le présent et le futur. Pour certaines personnes, inviter un ex est une évidence, notamment si l’histoire s’est terminée de manière douce et sans amertume ou ressentiment. C’est possible, même si les ruptures sans accrocs restent l’exception. « Certains ex sont devenus de vrais amis, parce que la relation a été vraiment clôturée, pas refoulée, pas maquillée, mais digérée« , indique Anissa Ali. Dans ce cas, inviter un ex est motivé par une volonté claire : « on est restés en bons termes, on a la même bande de copains, on veut éviter le malaise social« . Dans d’autres situations, inviter l’ex peut même être sain : « quand il y a des enfants en commun et qu’on veut montrer une belle intelligence relationnelle. Dans ces cas-là, l’ex n’est plus une histoire en suspens, c’est juste quelqu’un de la tribu élargie« .

L’ex, la notification (parfois) gênante

En revanche, dans certains cas, les motivations sont moins avouables. « Parfois, c’est pour se prouver qu’on a ‘gagné’, pour tester la réaction de l’autre (encore ?), ou pour garder ce petit fil invisible qui rassure l’ego« . L’invitation peut rouvrir de vieilles blessures, nourrir de la rancune ou de l’ambiguïté, raviver (parfois) un jeu de séduction. La gêne, voire la jalousie, peut venir s’inviter à la fête et l’invitation peut également être lue comme une provocation, à la fois pour l’ancien partenaire, mais aussi le futur. Pourtant, le mariage n’est ni « une scène de réparation émotionnelle, ni une vitrine pour montrer qu’on a gagné« .

L’entourage peut également être impacté par cette invitation, car dans ce théâtre de la mise en scène sociale, il est question d’amour, d’équilibre et de loyauté. On se dit oui devant la famille et les amis, or « l’arrivée d’un ex peut faire l’effet d’une petite notification gênante dans ce système bien réglé : ça déclenche les chuchotements, les analyses de couloir, voire les tensions familiales (« pourquoi il/elle est là ? »). On détourne l’attention de l’essentiel : la célébration du couple« . Et ce, même si l’histoire d’amour a pris fin sans chaos ni tourment. Le lendemain de la cérémonie, les discussions ne seront probablement pas tournées autour du repas trop léger ou du mauvais DJ, mais porteront plus sur la présence de cette ancienne flamme qui semblait appartenir au passé.

« Pas de place pour les invités qui fragilisent le ‘nous' »

Si le mariage regarde vers l’avenir, il est évident qu’il n’est pas possible de nier le passé des deux futurs mariés. Et, en réalité, il n’existe pas de règle universelle. Certains couples optent pour l’ouverture, d’autres pour la prudence. Le plus important ? Que la décision d’inviter l’ex soit discutée et assumée entre les partenaires. La thérapeute conseille d’une part de sortir « l’égo de l’équation« , « de mettre les cartes sur table » et d’autre part de se demander pourquoi l’ex devrait être présent le jour du mariage. « Si la réponse est floue, c’est souvent parce que l’intention l’est aussi« , souligne-t-elle. Or, la présence ou non de l’ex doit servir le projet du couple et surtout pas rouvrir d’anciennes blessures. Deuxième étape : « on tranche à deux. Pas de « c’est mon mariage, je fais ce que je veux » : un mariage, c’est déjà deux personnes qui apprennent à décider ensemble« .

Enfin, il faut aussi se demander si chacun des futurs mariés est prêt à faire entrer cet ex dans la mémoire commune, précisément ce jour-là. « La règle d’hygiène émotionnelle est simple : pas de place pour les invités qui fragilisent le « nous ». Si l’un des deux ressent un inconfort, il mérite d’être entendu, pas minimisé. Et surtout, on évite les surprises de dernière minute : découvrir son ex au vin d’honneur, c’est digne d’une mauvaise série, pas d’un engagement adulte« , insiste la spécialiste.

Faut-il ou pas inviter son ex. Peut-être, mais avant d’envoyer le carton, il vaut mieux réfléchir aux motivations plus ou moins secrètes afin de savoir si « dans le fond l’invitation est un acte de cohérence… ou une mise en scène pour apaiser une vieille part de soi« .

Sabine BOUCHOUL pour TF1 INFO

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