En 2017, l’élection d’Emmanuel Macron à l’Elysée devait reconfigurer la vie politique française. Neuf ans plus tard, la décomposition a bien eu lieu, mais la recomposition semble toujours en cours, comme l’a démontré le premier tour des élections municipales, dimanche 15 mars.
A un an du scrutin présidentiel, le paysage politique n’a jamais paru aussi fragmenté et instable. Contrairement à la période 2017-2022, le pôle d’attraction et de divergence n’est plus le macronisme, totalement balayé des communes françaises. Dans de nombreuses villes, la bataille se joue dorénavant au sein des arcs de la gauche et de la droite, tiraillés par les populismes très différents de La France insoumise (LFI) et du Rassemblement national (RN).
Dimanche soir, l’extrême droite n’a pas fait des conquêtes très visibles dans les villes moyennes, et ses premières victoires, comme à Perpignan ou à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), confirment sa domination sur ses terres de prédilection. Mais le RN a aussi réalisé des poussées très importantes dans des grandes métropoles du sud de la France où il invisibilise la droite traditionnelle, que ce soit avec des lepénistes historiques, comme Laure Lavalette à Toulon, ou des ralliés issus du parti Les Républicains (LR), comme Eric Ciotti à Nice ou Franck Allisio à Marseille. Dimanche soir, le président du RN, Jordan Bardella, ne s’y est pas trompé en tendant « la main à des listes de droite sincères », ravissant les partisans d’une union entre ces deux familles politiques.
A l’approche de l’échéance nationale de 2027, le RN poursuit ainsi localement l’œuvre de Marine Le Pen, qui tente de débarrasser le parti fondé par son père de ses oripeaux protestataires. Après la constitution d’un groupe à l’Assemblée nationale en 2022, la montée en puissance de l’extrême droite dans les municipalités au détriment de la droite accréditerait un peu plus l’idée que le RN serait la seule force d’alternance possible. Un combat idéologique que ne freine pas le président de LR, Bruno Retailleau, lorsqu’il appelle, dimanche soir, à la mise en place d’un cordon sanitaire seulement contre les candidats LFI au second tour.
A gauche, les représentants du Parti socialiste (PS) et de la gauche unie ont débouché en tête dans de nombreuses métropoles (Lille, Rennes, Nantes, etc.). Les sociaux-démocrates les plus optimistes y verront la confirmation qu’un électorat urbain reste bien ancré derrière ses candidats, loin des rivages du centre. Sauf que les représentants de LFI ont réalisé des percées importantes et sont capables de se maintenir dans de multiples villes. Les récentes déclarations aux relents antisémites du leader de LFI, Jean-Luc Mélenchon, condamnées par le PS, n’ont pas entravé leur dynamique. Face au danger de l’extrême droite, par exemple à Marseille, la discipline républicaine voudrait que le parti de gauche le moins bien placé se retire, mais les « insoumis » veulent des fusions « techniques ». Tout en répétant qu’il n’y a pas d’accord national, le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, n’a jamais fermé la porte à des rapprochements locaux. Pour ne pas entraver les chances de victoire de son parti, il laisse ses candidats choisir leur ligne. Une attitude qui ne clarifiera pas les choses avant 2027.
Dans ce contexte, les négociations d’entre-deux-tours, notamment avant le dépôt des listes, mardi à 18 heures, seront cruciales et devront être menées de la façon la plus transparente possible. A moins d’une semaine du second tour et à un peu plus d’un an de l’élection présidentielle, les faux-semblants et les manœuvres souterraines ne seraient pas compris par les électeurs.
