• Un professeur est accusé d’avoir inventé une récompense présentée comme l' »équivalent du prix Nobel » en philologie.
  • Âgé de 55 ans, il a reconnu avoir lui-même commandé une médaille pour se la décerner.
  • Une enquête a été ouverte.

Un faux médaillé d’or. Le procureur de Montbéliard (Doubs), Paul-Édouard Lallois, a indiqué ce mardi 24 février ouvrir une enquête pour « faux », « usage de faux », « escroquerie » et « usurpation de titre » à l’encontre d’un homme qui pourrait avoir inventé une improbable supercherie depuis une décennie. Florent Montaclair, 55 ans, est soupçonné d’avoir monté de toutes pièces une fausse récompense internationale de philologie. En 2016, ce professeur de lettres a ainsi affirmé avoir reçu la « médaille d’or de philologie », décernée par la « Société internationale de philologie » et présentée comme « équivalent du prix Nobel » dans cette science du langage.

Selon des images retrouvées par le quotidien régional L’Est républicain (nouvelle fenêtre), qui lui a consacré une longue enquête, il s’était même fait remettre cette médaille par le président de l’Assemblée nationale de l’époque, Claude Bartolone, au Palais-Bourbon, en présence de plusieurs scientifiques de renom. Reste que plusieurs éléments ont mis la puce à l’oreille de journalistes roumains, les premiers à avoir douté publiquement de la réalité de ce prix, en 2019. Parmi eux, une faute de frappe présente sur un site internet au moment de la mention d’un lauréat roumain, le seul encore vivant avec Florent Montaclair. Ce lauréat avait alors indiqué… ne pas se souvenir d’avoir reçu la breloque.

Une médaille commandée… par lui-même

En 2025, l’université Pasteur a effectué un signalement à la justice. Une enquête a été ouverte et a permis de comprendre qu’aucune médaille d’or de philologie n’était reconnue internationalement. Pas plus qu’une société internationale de philologie n’existait : elle ne tire sa légitimité que via ce site internet. Placé en garde à vue et interrogé, Florent Montaclair a alors reconnu avoir lui-même commandé la médaille auprès d’un joaillier français, moyennant 250 euros, et l’avoir fait livrer à une association culturelle de Besançon, domiciliée chez ses parents.

En revanche, lui conteste la qualification pénale de « faux ». « Pour qu’il y ait un faux, il faut qu’il y ait un vrai de référence », a-t-il assuré, selon des propos rapportés par le procureur. Créer une médaille sans valeur n’est pas illégal, a-t-il encore affirmé. L’escroquerie pourra en revanche être caractérisée « si la médaille a eu une incidence sur son parcours professionnel », a prévenu le procureur.

Sanction disciplinaire

C’est là que la justice pourrait intervenir. Car cet enseignant du secondaire à l’institut de formation des professeurs (Inspé), rattaché à l’université Marie-et-Louis-Pasteur de Besançon, a tiré au moins un bénéfice : il s’est fait remettre la (vraie) médaille d’honneur de la ville de Montbéliard. Mais, plus grave, l’enquête vise également un soi-disant doctorat qu’il aurait obtenu en 2015 à la prétendue Université de Philologie et éducation de Lewes, dans le Delaware (nord-est des États-Unis), un établissement à l’existence douteuse, qui hébergerait la société internationale de philologie.

En 2018, le ministère de l’Enseignement supérieur avait refusé d’homologuer ce diplôme que Florent Montaclair avait joint à son dossier pour tenter de devenir professeur universitaire. Une procédure judiciaire avait été ouverte à l’époque, mais elle s’était embourbée, selon le procureur. L’université Pasteur avait pris à son encontre une sanction disciplinaire pour « manquement présumé aux obligations déontologiques et aux principes d’intégrité scientifique applicables aux agents publics ».

L’avocat du professeur, Jean-Baptiste Euvrard, assure qu’« en l’état, Florent Montaclair n’est poursuivi de rien. Il n’est ni prévenu ni mis en examen », sans se prononcer sur le fond de cette affaire « un peu croquignolesque ». Son client, a-t-il ajouté, entend contester la sanction disciplinaire.

La rédaction de TF1info avec AFP

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