Entre sorties brutales et attaques directes, Me Jérémie Assous a livré une plaidoirie électrique jeudi, dernier jour du procès de Gérard Depardieu pour agressions sexuelles.
Il a notamment accusé à nouveau les plaignantes de mentir au service d’une « organisation » de « féministes enragées ».
Ses propos ont déclenché la colère de ces dernières et de leurs avocates, qui lui reprochent une « litanie d’arguments plus misogynes les uns que les autres ».

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Une dernière prise de parole explosive, venue clôturer quatre jours d’audience sous haute tension. La plaidoirie de l’avocat de Gérard Depardieu, jugé depuis lundi 24 mars devant le tribunal de Paris pour agressions sexuelles, a suscité l’indignation dans la salle d’audience, mais aussi au-delà. Au fil d’un très long discours survolté (nouvelle fenêtre), Me Jérémie Assous a plaidé la relaxe pour son client et répété ses accusations de « mensonges » contre les plaignantes, s’en prenant aux associations féministes. Une brutalité dénoncée par les parties civiles, qui ont fustigé une « apologie du sexisme » depuis le début de ces audiences très médiatiques. 

Cheveux gominés coiffés vers l’arrière et posture assurée, l’avocat a attaqué directement Amélie et Sarah (le prénom a été modifié), respectivement décoratrice de cinéma et troisième assistante. Elles accusent toutes deux l’acteur d’agressions sexuelles (nouvelle fenêtre) lors du tournage du film Les Volets verts, en 2021. Des affabulations, aux yeux de l’avocat, qui leur a reproché de s’exprimer au service d’une « organisation » de « féministes enragées », « d’agitées du bocal » qui bénéficie de « la publicité de Mediapart », journal en ligne qui a couvert les accusations contre Gérard Depardieu, et « avec la complicité du parquet »

« C’est pas Guy Georges ! », une plaignante qui « aime plaire »…

D’un ton railleur, il a aussi dénigré le récit fait par Amélie, qui affirme ne pas se souvenir si un ou deux hommes l’ont « extirpée » des « griffes » de l’acteur, lors de l’agression sexuelle dont elle l’accuse. « Votre trauma, quand bien même l’agression aurait bien eu lieu, il est relatif ! C’est pas Guy Georges ! », s’est-il mis à crier. 

Jusqu’à estimer que la plaignante, qui n’a pas voulu assister à sa plaidoirie, chercherait surtout à se mettre en scène devant les caméras. « On le voit tous les soirs à la télévision, elle aime plaire », a-t-il lancé, lui reprochant même d’avoir parlé « tout sourire » sur TF1. « Les parties civiles passent leur vie devant la télé, sont très souriantes, très heureuses d’avoir ce mur de caméras devant elles. C’est juste ridicule », a-t-il aussi lancé devant les journalistes, jeudi. 

« Je veux bien qu’Amélie ne lise pas Le Monde parce que c’est trop compliqué, mais Closer« , a-t-il encore osé lors de sa plaidoirie. Il s’étonnait que la décoratrice dise ne pas être au courant de la mise en examen de Gérard Depardieu dans une autre affaire, celle des accusations de viols portées par la comédienne Charlotte Arnould (nouvelle fenêtre)

Cette dernière, présente à l’audience en soutien aux plaignantes, a aussi fait l’objet de ses saillies acerbes, traitée notamment de « mythomane », sous des « oooh » de stupéfaction dans la salle. « Elle vient tous les jours au procès. (…) Vous en connaissez beaucoup de victimes de viol qui viennent tous les jours voir leur  violeur ? », a-t-il lâché. La jeune femme a quitté la salle en pleurs. Le tempétueux avocat s’est aussi attaqué aux féministes venues manifester lundi sur le parvis du tribunal, des « demi-décérébrées » à ses yeux.

Pour l’une des plaignantes, l’avocat est « plus difficile » à « affronter » que Gérard Depardieu lui-même

Des propos dans la droite lignée de sorties brutales tout au long des précédents jours. « Menteuses, hystériques, allez pleurer ! », avait-il notamment crié à l’adresse d’Amélie et de Sarah. « Il était plus difficile d’affronter Jérémie Assous que Gérard Depardieu, parce qu’il est beaucoup plus agressif et qu’il ment comme un arracheur de dents », a fustigé mardi la première plaignante au micro de « Bonjour ! La matinale TF1 ». Un peu plus tôt, l’avocat avait d’ailleurs interpellé avec dédain notre reporter Paul Larrouturou, lui lançant : « t’es journaliste, toi ? »

« J’appellerai ça une deuxième agression », a insisté Amélie ce vendredi sur BFMTV-RMC (nouvelle fenêtre), fustigeant une attitude « absolument épouvantable, abjecte, avec tout le monde ». Les quatre jours d’audience ont été d’une « violence extrême à l’égard des victimes », a abondé dans « Bonjour ! » son avocate Me Carine Durrieu Diebolt, dénonçant une « victimisation secondaire ». « Déjà victimes de violences sexuelles, (les plaignantes) sont de nouveau maltraitées dans un cadre judiciaire, cette fois-ci sont victimes de la justice », a-t-elle accusé. 

L’avocate et sa consœur ont elles-mêmes été traitées d’« hystériques » par Me Jérémie Assous. Un terme qu’elles lui avaient renvoyé mercredi, lors d’une des nombreuses scènes d’affrontements verbaux qui ont marqué ces audiences. Me Claude Vincent, qui défend Sarah, a également dénoncé jeudi une « litanie d’arguments plus misogynes les uns que les autres ». « Au sein de cette salle d’audience, on a assisté à l’apologie du sexisme », avait-elle également fustigé, y voyant même « un agresseur défendu par un agresseur »

Le comportement de l’avocat de Gérard Depardieu a aussi suscité l’indignation hors des murs du tribunal. « Quel enfer cet avocat », a lâché sur Instagram l’actrice Judith Godrèche, engagée contre les violences sexuelles dans le milieu du cinéma, citée par BFMTV (nouvelle fenêtre). Le collectif féministe #NousToutes a aussi critiqué des propos « abjects », selon le site. « Ce soir, nous pensons aux victimes qui ont été insultées, malmenées, méprisées, par les avocats et les témoins de la défense de Gérard Depardieu », a écrit de son côté l’association MeToo Médias sur Instagram.

Quant à Gérard Depardieu, il a glissé, face aux caméras de TF1, avoir un « très bon avocat ». « J’ai pris une très belle leçon. Et je remercie Me Assous véritablement et les autres avocates qui, elles aussi, m’ont donné des leçons si un jour, il me vient l’idée d’interpréter un avocat », a-t-il plus largement conclu à la barre, jeudi soir. 

Maelane LOAEC avec AFP

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