Le scientifique Vaclav Smil, Canadien d’origine tchèque âgé de 82 ans, s’est imposé comme l’un des grands penseurs des questions d’énergie et de ressources. Auteur prolifique, il vient de publier Comment nourrir le monde (Arpa, 320 pages, 22,90 euros). Dans cet essai comme dans les précédents, il traque les idées reçues, à grand renfort de statistiques et d’ordres de grandeur, et interroge notre capacité à approvisionner en aliments et en énergie une population croissante.

Pourquoi affirmez-vous qu’atteindre la neutralité carbone en 2050 est presque impossible ?

Depuis vingt-cinq ans que nous parlons de décarbonation, nous brûlons chaque année davantage de combustibles fossiles [charbon, pétrole et gaz]. On extrait aujourd’hui 10 milliards de tonnes de carbone par an ! Nous ne pourrons pas passer à zéro aussi rapidement.

La transition n’est-elle pas enclenchée, avec le développement des renouvelables ou avec la Chine, qui pourrait avoir atteint son pic d’émissions de gaz à effet de serre ?

Il y a deux aspects à la décarbonation. L’un est facile : c’est lorsque vous pouvez remplacer les énergies fossiles par de l’électricité, pour cuisiner ou éclairer les maisons, par exemple. Mais il y a des processus qu’on ne peut pas électrifier facilement, qui sont les fondements de notre civilisation : ce monde repose sur le béton, l’acier, le plastique et l’ammoniac, qui permet de produire des engrais azotés et de nourrir 8 milliards de personnes.

N’est-il pas possible de décarboner ces quatre piliers ?

L’une des seules façons de produire des plastiques, de l’acier ou de l’ammoniac sans fossiles, c’est d’utiliser de l’hydrogène. Mais, pour cela, vous avez besoin d’hydrogène vert, et non de l’hydrogène sale que nous tirons du gaz naturel. Nous produisons actuellement 1 million de tonnes d’hydrogène vert. Il faudrait passer à 200 millions de tonnes dans les vingt-cinq prochaines années, ce qui est physiquement impossible.

Regardez aussi le commerce mondial. Nous n’avons pas de porte-conteneurs alimentés à l’électricité, car les batteries à elles seules pèseraient autant que la moitié des navires. Et, quand vous prenez l’avion, est-il électrique ? Non, il brûle du kérosène. Tout ce que nous faisons d’important dans le monde moderne – le transport aérien, le transport maritime à grande échelle, la production de biens essentiels – dépend des combustibles fossiles.

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