• Sur une photo visible en ligne, un médicament posé sur le bureau de Volodymyr Zelensky intrigue.
  • De nombreux internautes affirment que le produit est prisé des cocaïnomanes.
  • Une allégation qui n’a aucun fondement scientifique.

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L’info passée au crible des Vérificateurs

Ce sont des petites fioles qui font beaucoup parler. Dans des publications vues 4 millions de fois, le président ukrainien Volodymyr Zelensky est assis à son bureau. Devant lui, on voit des médicaments semblant être des gouttes pour le nez. Les auteurs de ces posts affirment ainsi qu’il s’agit d’un produit « extrêmement populaire parmi les consommateurs de cocaïne ; ils le recommandent explicitement car il est très pratique, il ne s’injecte pas dans le nez, mais dans la bouche ».

Les accusations de toxicomanie visant le président ukrainien ne sont pas nouvelles, et ont régulièrement été documentées par l’équipe des Vérificateurs. Elles font partie du narratif pro-russe dénigrant Volodymyr Zelensky, qui serait sous l’emprise de stupéfiants et donc inapte à gouverner. Et là encore, cette photo ne valide pas ces allégations.

Des internautes comme celui-ci affirment qu’un médicament sur le bureau de Volodymyr Zelensky prouve sa cocaïnomanie. C’est faux. – Publication X

D’où vient la photo ?

La photo en elle-même est authentique. On la retrouve dans sa version complète (nouvelle fenêtre) sur des sites ukrainiens le 5 janvier. Le président ukrainien s’entretenait avec Mykhaïlo Fedorov, nouveau ministre de la Défense, qui doit prochainement présenter un plan de réforme du secteur. Il ne s’agit donc pas d’une photo volée ou révélée sur les réseaux sociaux, mais bien d’une photo officielle publiée par la présidence ukrainienne elle-même. 

L’image a été rendue populaire par le journaliste ukrainien anti-Zelensky Anatoli Chari (nouvelle fenêtre), exilé en Espagne, et considéré comme pro-russe par Kiev. Il est le premier à avoir affirmé que ce produit était « très populaire chez les consommateurs de cocaïne ».

Interrogé par TF1info sur cette affirmation, ce dernier a expliqué par e-mail ne pas avoir de sources médicales pour appuyer son propos. « Il est fortement recommandé dans les groupes de soutien aux personnes souffrant de toxicomanie, où il figure en tête de liste », a-t-il ajouté, expliquant avoir vu ces informations sur « le darknet », sans plus de précision. Nous n’avons par ailleurs trouvé aucune étude, ou aucun article permettant d’affirmer que ce médicament, ou ce type de médicament, est utilisé comme substitut à la cocaïne en Ukraine ou ailleurs.

Quel est ce produit sur le bureau de Volodymyr Zelensky ?

En faisant une recherche sur l’une des deux petites fioles, l’équipe des Vérificateurs a confirmé qu’il s’agissait du médicament « Mili Nosik » (nouvelle fenêtre), comme indiqué dans les publications, contenant notamment de la phényléphrine. « La phényléphrine est un décongestionnant nasal : elle va exercer un effet de vasoconstriction quand on cherche à stopper un nez qui coule », explique Émilie Jouanjus (nouvelle fenêtre), pharmacologue et pharmaco-épidémiologiste à l’Inserm (nouvelle fenêtre) et au Centre d’épidémiologie et de recherche en santé des populations de Toulouse (nouvelle fenêtre).

Particularité de ce médicament : il est conçu pour être donné aux enfants sous forme de gouttes plutôt que par pulvérisation nasale, plus désagréable, particulièrement pour les plus petits. Mais ce n’est pas propre au Mili Nosik : on trouve de la phényléphrine dans quasiment tous les médicaments décongestionnants.

Pour autant, les comparaisons faites dans ces publications ont plutôt étonné notre interlocutrice : « La phényléphrine n’a pas d’effet anti-inflammatoire ; elle réduit seulement les conséquences de l’inflammation. Il est aberrant de dire que cela pourrait contrer les effets négatifs de la cocaïne sur la cloison nasale, notamment sur l’inflammation nasale, car ces effets résultent d’une ischémie (arrêt ou insuffisance de la circulation du sang dans un tissu ou un organe, ndlr) et non d’une inflammation », affirme Emilie Jouanjus. Bien au contraire, « la phényléphrine pourrait même les aggraver », ajoute-t-elle.

La pharmacologue indique ne jamais avoir entendu parler de consommation de ce type de produit par les cocaïnomanes, tout comme la Fédération française d’addictologie (nouvelle fenêtre) qui nous a affirmé ne pas avoir connaissance de ce type de pratique. Certaines études (nouvelle fenêtre) ont bien montré que la phényléphrine est aussi efficace que la cocaïne comme vasoconstricteur local des muqueuses, mais dans le cadre d’opérations nasales notamment, pas pour un usage récréatif.

En définitive, ce que l’on voit sur le bureau de Volodymyr Zelensky ne semble être qu’une combinaison d’un médicament décongestionnant et d’un spray nasal, classique pour les personnes ayant le nez bouché à cause d’un rhume. Contacté pour vérifier si le président ukrainien était malade en ce début d’année 2026, la présidence ukrainienne ne nous avait pour l’heure pas répondu.

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Alexandre CAPRON

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