• Les images satellites montrant les dégâts lors de la guerre au Moyen-Orient se multiplient.
  • Certaines sont fausses, souvent générées par intelligence artificielle.
  • Une société spécialisée dans l’imagerie satellitaire prodigue des conseils pour les repérer.

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L’info passée au crible des Vérificateurs

Une image satellite et des explosions sur une raffinerie du Qatar. La photo est partagée (nouvelle fenêtre) le 18 mars par un compte se présentant comme celui de la société chinoise MizarVision, spécialisée dans l’analyse des données satellitaires. « Des informations font état d’incendies au sein du plus grand complexe de transformation de gaz en liquide au monde, Shell Pearl GTL, ainsi qu’à la raffinerie de condensats de Ras Laffan, exploitée par QatarEnergy, suite à des frappes de missiles iraniens présumées près de Doha », précise la publication. Des images sensibles et inquiétantes, relayées par l’agence iranienne FarsNews (nouvelle fenêtre), proche des Gardiens de la révolution.

Cette image est pourtant fausse, et la dernière en date d’une série d’images satellitaires fabriquées dans le cadre du conflit au Moyen-Orient. On vous explique comment il est possible de les vérifier.

Un faux compte MizarVision poste une fausse image satellite d’une frape sur des raffineries de Doha. – Publication X

Des faux comptes d’entreprises et beaucoup d’IA

Pour contrôler l’authenticité des images partagées par le compte X « MizarVision », il suffit de se rendre sur les comptes officiels de l’entreprise accessibles via son site Internet. Très rapidement, il apparaît que la société ne communique que par le biais des réseaux sociaux chinois, notamment Weibo. Et sur son compte sur cette plateforme, la société a diffusé un communiqué (nouvelle fenêtre) on ne peut plus clair : « Tout compte apparaissant sur X (anciennement Twitter) et d’autres plateformes de médias sociaux étrangères sous le nom ‘MizarVision’ ou ‘MizarVision’ est une usurpation d’identité et n’a aucun lien avec notre entreprise. Nous n’avons jamais ouvert de comptes officiels sur des plateformes étrangères. »

L’équipe des Vérificateurs a aussi pu constater que le compte « MizarVision » sur X était visiblement administré d’Irlande, selon les données disponibles dans les données « à propos ». Le compte alterne d’ailleurs de vraies publications venant de la société chinoise, et d’autres totalement fabriquées.

Au cours du conflit au Moyen-Orient, de très nombreuses fausses images satellitaires ont émergé, bien souvent générées par intelligence artificielle. Dès le début du conflit, fin février, des comptes partageaient notamment des images vues du ciel d’une base américaine avec des équipements radars prétendument dévastée au Qatar. Cette image a notamment été partagée par le journal iranien Tehran Times (nouvelle fenêtre), proche du pouvoir iranien. En réalité, il s’agissait d’une version manipulée par intelligence artificielle d’une image Google Earth prise en 2025 montrant une base américaine à Bahreïn.

Autre image présentée comme réelle, mais en réalité totalement fabriquée : une vue aérienne d’une base iranienne montrant des avions dessinés au sol qui auraient été frappés par un missile américain. La photo comportait un filigrane invisible de type SynthID, caractéristique des images générées par intelligence artificielle avec les outils de Google.

Publication du Tehran Tmes du 28 février traduite en français, prétendant montrer des dégats sur un radar américain au Qatar.
Publication du Tehran Tmes du 28 février traduite en français, prétendant montrer des dégats sur un radar américain au Qatar. – Tehran Times / X

Les conseils pour repérer les fausses images satellites

Pour alerter sur la multiplication de ces contenus, la société d’imagerie satellite Soar (nouvelle fenêtre) tente de faire davantage de pédagogie sur les réseaux sociaux. Elle a notamment publié une liste de conseils pour éviter de relayer des contenus manipulés.

Premier conseil : zoomer fortement sur l’image, comme l’explique l’entreprise sur X (nouvelle fenêtre) : « La plupart des satellites commerciaux capturent des images avec une résolution d’environ 30 cm par pixel. Du fait de cette limitation physique, les détails extrêmement fins ne sont généralement pas visibles depuis l’espace ». Ainsi, si une image apparaît anormalement nette ou présente des détails très petits avec une clarté parfaite, c’est une alerte majeure.

Les conditions météorologiques constituent une autre importante limitation. La couverture nuageuse bloque fréquemment les images satellites, rendant difficile l’obtention de vues dégagées du sol. Pour illustrer cet argument, Soar a notamment analysé l’image publiée par le faux compte de MizarVision (nouvelle fenêtre). « La fumée ne serait généralement pas visible sur les images satellites. Bien que certains satellites utilisent le radar pour voir à travers les nuages, ces systèmes ne produisent pas des images photographiques traditionnelles », explique la société. Ainsi, le type d’image diffusé par ce faux compte MizarVision est donc techniquement impossible.

Enfin, des arguments de bon sens permettent aussi de vérifier l’authenticité d’une image satellite : vérifier si elle est attribuée à un fournisseur en trouvant le filigrane et vérifier si celui-ci a vraiment diffusé l’image par ses canaux officiels. Également, il est toujours judicieux de regarder si la publication indique des données géographiques, puis de les comparer avec l’environnement de ces lieux disponible sur des outils cartographiques comme Google Earth.

La société Soar reconnaît qu’au fil du temps, les améliorations des outils d’IA rendent de plus en plus complexes les vérifications. Pour preuve : l’entreprise a dû redoubler d’efforts pour prouver que des images satellitaires, accusées d’être générées par IA, étaient en réalité tout à fait authentiques (nouvelle fenêtre). « Il est important de rester vigilant et de prendre le temps d’examiner attentivement les images avant de les partager », recommande-t-elle.

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Alexandre CAPRON

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