- Une vidéo d’un soldat mystérieux est apparue en ligne ce lundi.
- Elle montrerait l’arrivée de « l’Ange de la mort » en Iran pour faire plier les Américains.
- TF1info revient sur l’origine de ce clip.
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L’info passée au crible des Vérificateurs
C’est sa silhouette qui apparaît en premier. Et surprend autant qu’elle inquiète. Musclé, habillé en noir, barbe épaisse et grise, un homme s’avance face caméra. La casquette vissée sur la tête assombrit son regard déterminé. Sa démarche est sûre. Le tout est accompagné d’une musique martiale. Un clip à l’esthétique soignée dont l’effet est immédiat. Il a cumulé plus de cinq millions de vues depuis le lundi 6 avril.
En légende, son auteur l’assure (nouvelle fenêtre): « l’Ange de la mort »
est arrivé à Téhéran. Auto-proclamé Abu Azraell – littéralement « le père de l’ange de la mort » –, l’homme visible à l’image serait un Irakien devenu « l’un des commandants les plus redoutés »
après avoir notamment combattu « les forces américaines lors de l’invasion de 2003 »
. Il serait désormais à Téhéran (nouvelle fenêtre)« où il coordonne avec le Corps des Gardiens de la révolution islamique les plans en vue d’une éventuelle invasion terrestre américaine. » « L’homme qui a combattu les Américains en Irak est de retour, et prêt à recommencer »
, prévient le compte qui revendique une spécialisation en « géopolitique ». Mais derrière cet avertissement, que sait-on réellement de cette séquence et de son protagoniste ?
Une vidéo disponible en ligne depuis 2025
Au moins un indice nous a paru étonnant. Si « l’Ange de la mort »
est sans aucun doute au cœur de cette séquence, d’autres soldats apparaissent par moments. Dont l’un d’eux est visible en arrière-plan, au bout de six secondes. Or, sur son uniforme, nous avons identifié un insigne aux couleurs de l’Irak.
Pour en savoir plus, nous avons donc cherché à localiser le bâtiment où ont été capturées ces images. Grâce à une recherche d’image inversée, nous avons identifié d’autres vidéos dans lesquelles apparaît le même couloir. Parmi elles, une vidéo mise en ligne le 19 octobre sur le compte TikTok officiel (nouvelle fenêtre)d’Abu Azraell. Sur celle-ci, nous retrouvons les mêmes spots encastrés au plafond et des rosaces métalliques identiques autour des fenêtres. Le milicien est également habillé de la même manière, tout en noir. Alors, notre vidéo a-t-elle été tournée le même jour ?

Oui, à en croire le compte officiel d’Abu Azraell. En regardant d’autres vidéos diffusées sur son profil, nous avons en effet retrouvé le clip qui circule actuellement sur X. Il s’agit exactement des mêmes images. Seuls deux éléments ont changé pour brouiller les pistes. La musique a été remplacée par la voix de Mojtaba al-Kaabi (nouvelle fenêtre), connu en Irak pour ses chants religieux et ses éloges funèbres. L’image d’une sourate a été ajoutée au premier plan.
Or, la vidéo originale a été mise en ligne le 19 octobre 2025, bien avant le début du conflit actuel au Moyen-Orient. Une publication accompagnée d’un message expliquant que l’homme avait rendu visite au « commandant de la première division de la police fédérale »
de son pays. Une information confirmée par la présence en début de clip du logo du ministère (nouvelle fenêtre)de l’Intérieur irakien.
Un marketing de la terreur
Ce milicien n’a donc pas voyagé en Iran pour se battre contre les Américains et encore moins fait plier les États-Unis (nouvelle fenêtre) comme le pensent certains commentateurs. Il n’a pas non plus exprimé sa volonté de le faire. Les dernières publications sur ses réseaux sociaux le situent toujours en Irak, où il réalise des vidéos depuis une voiture. C’est d’ailleurs plutôt pour son hyperactivité en ligne que pour ses faits d’armes qu’il est reconnu. Originaire de Bagdad, celui dont le nom complet est Ayoub Falih Hasan Al-Rubayie a effectivement grandi sur les cendres de l’intervention américaine contre Saddam Hussein, en 2003.
Mais si certains évoquent une première expérience militaire au sein d’une milice chiite en lutte contre les marines américains, lui-même n’a pas assumé ce passé (nouvelle fenêtre). Et il n’a pas été reconnu par les États-Unis comme une quelconque menace. L’homme a plutôt acquis un certain succès il y a dix ans. Surnommé le « Rambo irakien », il combattait l’État islamique, comme le relevait un journaliste de l’AFP. Alors au sein d’une petite milice – l’une des multiples composantes du front contre Daech en Irak –, il était déployé sur une base militaire à 160 km au nord de Bagdad.
Depuis, il incarne plutôt une forme de marketing de la terreur. Il se filme plus en train de soulever de la fonte que d’organiser la riposte iranienne, posant avec un poignard ou des fans, tout sourire. Mais il n’a pas fait parler de lui durant les derniers conflits. Le 12 octobre 2023, tandis qu’Israël frappait Gaza (nouvelle fenêtre)en représailles aux massacres de civils du 7 octobre, l’homme avait assumé sur ses réseaux sociaux une présence à « la frontière libano-palestinienne »
. Tandis qu’il disait « attendre toute brèche pour entrer »
dans l’enclave palestinienne, sa quête n’a visiblement jamais été couronnée de succès.
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