• L’Iran affirme que plus d’une centaine d’enfants sont décédés samedi après une frappe.
  • Celle-ci aurait visé une école primaire pour filles.
  • Localisation, origine du missile… nous avons démêlé le vrai du faux.

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L’info passée au crible des Vérificateurs

Il s’agirait de l’attaque la plus meurtrière de la guerre enclenchée par Israël (nouvelle fenêtre) et les États-Unis. Une frappe dans le sud de l’Iran aurait détruit une école primaire pour filles ce samedi 28 février. Réalisée en plein jour, alors que l’établissement « était bondé de jeunes élèves », elle aurait tué des « dizaines d’enfants innocents », comme l’a par exemple regretté Seyed Abbas Araghtchi, ancien ministre des Affaires étrangères du pays. Que sait-on réellement de cette attaque présumée ? Les Vérificateurs font le point.

Une école dans une zone militarisée

Plusieurs contenus que nous avons pu authentifier illustrent les conséquences des événements. Parmi eux, des images (nouvelle fenêtre) partagées par une agence de presse iranienne montrent une enceinte colorée derrière laquelle un bâtiment est en ruines. Une autre séquence diffusée par la télévision du pays (nouvelle fenêtre) prouve qu’au moins la moitié d’un établissement de deux étages a été détruite par l’explosion. La localisation (nouvelle fenêtre) de toutes ces séquences confirme que c’est bel et bien l’école Shajarah Tayyebeh, dans la ville de Minab, qui a été touchée, comme l’illustre le montage ci-dessous.

Les vidéos confirment que l’école primaire de filles Shajare Tayyebeh, à Minab, a bien été détruite, le samedi 28 février 2026 – Les Vérificateurs

Une localisation qui révèle aussi que l’école était située à proximité d’une zone appartenant à la force militaire iranienne. Sur des photos disponibles sur Google Maps (nouvelle fenêtre), la façade d’un établissement voisin porte l’inscription « commandant médical de la marine du Corps des gardiens de la révolution islamique », le CGRI. Des images satellites archivées par Google Earth (nouvelle fenêtre) montrent même que jusqu’à 2014 au moins, le bâtiment blanc faisait partie intégrante de la base, avec des routes reliant l’école à d’autres zones. Toutefois, depuis au moins 2016, une enceinte séparait les deux lieux, d’après les données satellites.

Reste que viser une école, quand bien même elle serait dans une zone militarisée, relève du crime de guerre. Comme l’a rappelé le Comité international de la Croix-Rouge, le droit international exige des belligérants qu’ils évitent ou minimisent les dommages causés aux civils et aux infrastructures civiles.

Une fausse image pour accuser Téhéran

Un établissement scolaire, situé à proximité d’une base militaire, a donc bien été détruit samedi. Mais pour quel bilan ? En Iran, la semaine scolaire s’étend du samedi au jeudi, le vendredi étant le principal jour du week-end. L’école devait donc être ouverte lors du bombardement présumé. Plusieurs séquences diffusées par les agences iraniennes dévoilent le travail de secouristes du Croissant-Rouge. Aux côtés de familles, ils semblent désespérément fouiller les décombres. Le sol est jonché de manuels scolaires et de cartables d’enfants. 

Une vidéo authentique, diffusée par une agence (nouvelle fenêtre) de presse sponsorisée par le régime, montre quant à elle une dizaine de sacs mortuaires. De son côté, le gouverneur de la province faisait état de 165 morts à la fin des recherches. En l’absence de la présence de médias étrangers sur place, il est aujourd’hui impossible de vérifier de manière crédible le bilan de Téhéran. Pour rappel, les autorités doivent donner une autorisation explicite aux journalistes désireux de couvrir des événements en dehors de la capitale. 

Reste encore un dernier élément essentiel à déterminer : l’origine du tir. Tandis qu’Israël a dit n’avoir connaissance d’aucune frappe américaine (nouvelle fenêtre) ou israélienne sur un établissement scolaire, Washington a assuré enquêter sur ces informations. Mais en ligne, de nombreux internautes ont rapidement affirmé que l’Iran aurait admis sa responsabilité. « C’est un missile des Gardiens de la révolution », écrit par exemple un « compte d’actualités » ce dimanche 1er mars (nouvelle fenêtre), évoquant une « erreur » de Téhéran. Si le message a été vu plus de deux millions de fois sur X, la capture d’écran provient en réalité d’un canal Telegram (nouvelle fenêtre). Baptisé « Radio Gilan », il propage uniquement des messages antirégime, ironisant par exemple sur les « dirigeants terroristes de la République islamique ». Jusqu’à diffuser une fausse information créée de toutes pièces. Les autorités iraniennes n’ont absolument pas revendiqué cette explosion, ni reconnu en être à l’origine.

Malgré tout, certains internautes ont tenté le tout pour le tout afin de soutenir cette hypothèse. À la recherche d’une preuve visuelle, ils ont partagé le cliché d’un « tir de roquette raté ». Sur l’image (nouvelle fenêtre) visible ci-dessous, une ligne de fumée dans le ciel fait une parabole, laissant penser qu’un dysfonctionnement du système de défense aérienne iranien serait responsable de la frappe. Mais un indice laisse planer le doute : la présence en arrière-plan de montagnes enneigées. Un paysage inhabituel pour la région de Hormozgan, dans le sud du pays, où le mercure ne descend pas sous les 20°C depuis plusieurs jours. Et pour cause, elle n’a pas du tout été capturée dans cette zone du pays. Plusieurs internautes (nouvelle fenêtre) ont en effet situé les images à Zanjan, dans le nord-ouest, où les températures sont négatives en cette saison. Une information que nous avons pu confirmer par la géolocalisation.

Cet internaute affirme à tort que cette image montre un missile iranien frapper par erreur une école dans la région d'Hormoz, en Iran
Cet internaute affirme à tort que cette image montre un missile iranien frapper par erreur une école dans la région d’Hormoz, en Iran – Les vérificateurs

En résumé, un missile a bien touché un établissement qui accueille de jeunes écoliers. À ce stade, il est toutefois impossible de confirmer un bilan des victimes. Les médias étrangers n’ayant pas pu accéder au site, les informations disponibles proviennent principalement des médias alignés avec le pouvoir iranien. En l’absence de débris du missile, on ignore qui est à l’origine de l’attaque, mais les indices diffusés en ligne laissant penser qu’il s’agirait d’un tir de missile raté ne démontrent rien. Face à ce qui pourrait relever d’un crime de guerre, l’heure est à la prudence.

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Felicia SIDERIS

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