Après quatre ans de guerre contre l’Ukraine, Vladimir Poutine n’a toujours pas obtenu la victoire qu’il espérait. En lançant ses troupes à l’assaut de son voisin, le 24 février 2022, le chef du Kremlin assurait vouloir « dénazifier » et « démilitariser » un pays dont il nie l’existence. Sept mois plus tôt, il avait dévoilé ses ambitions dans un essai intitulé De l’unité historique des Russes et des Ukrainiens.
Ce texte publié sur le site Internet du Kremlin annonçait clairement son « opération militaire spéciale », qui était censée changer le pouvoir à Kiev et prouver la grandeur de la « Russie éternelle » face à un Occident jugé agressif et décadent. L’objectif est loin d’être atteint : Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, est toujours en place et le soutien européen reste indéfectible.
La guerre entre désormais dans sa cinquième année, une durée plus longue que la Grande Guerre patriotique, de 1941 à 1945, contre l’Allemagne nazie. Celle-ci sert de référence à la propagande russe pour justifier son offensive contre le prétendu « régime fasciste » à Kiev. Mais la croisade ne s’est pas déroulée comme prévu. La résistance ukrainienne et la mobilisation occidentale ont mis à mal les plans du FSB (les services de sécurité, l’un des héritiers du KGB), qui avait promis au président une victoire rapide et facile. Coupé des réalités, isolé après un quart de siècle au pouvoir, le chef du Kremlin se retrouve embourbé dans une guerre de position, faisant des ravages en vies humaines pour des gains territoriaux limités.

M. Poutine pensait profiter du retour de Donald Trump à la Maison Blanche pour sceller rapidement un « accord de paix » et, avec la complicité de Washington, résoudre ce qu’il nomme les « causes profondes » du conflit. Encouragé par l’attitude conciliante des Américains, le président russe a maintenu ses exigences maximalistes, que les pourparlers russo-ukrainiens, menés sous l’égide des émissaires du président américain depuis mai 2025, n’ont pas réussi à tempérer. Moscou réclame toujours des gains territoriaux, même dans les régions ukrainiennes échappant au contrôle militaire russe. Il rejette l’adhésion de Kiev à l’OTAN et refuse la présence de troupes occidentales pour garantir la paix. Des revendications inacceptables pour les Ukrainiens.
Economie affaiblie
Pour préserver ses intérêts, M. Poutine se garde bien de froisser M. Trump. D’où son silence face aux pressions américaines sur le Venezuela, l’Iran ou Cuba, apportant peu de soutien concret à ces alliés historiques mais lointains. Sa priorité reste l’Ukraine. Il s’agit de gagner du temps en feignant de négocier sans l’envie d’aboutir si ce n’est à ses conditions. Pendant ce temps, il continue à exercer une pression policière et judiciaire permanente sur la société russe pour tenter d’éviter qu’elle ne bascule dans le doute. Quant à l’économie, dopée dans un premier temps par les besoins inextinguibles du complexe militaro-industriel, elle est en train de basculer dans la stagflation et se retrouve durablement affaiblie.
Le régime ne peut ignorer ces signaux alarmants, pas plus que les difficultés à recruter des soldats sans mobilisation générale. Mais M. Poutine reste prisonnier de sa logique de guerre, en quête existentielle de victoire pour justifier sa vision historique et ses ambitions militaires. Une nouvelle offensive, sur un autre front européen, serait une échappatoire irrationnelle, mais pas plus irrationnelle que sa décision, tragique, d’envahir l’Ukraine il y a quatre ans.

