- L’un des suspects-clés du spectaculaire cambriolage du Louvre a été jugé vendredi en son absence à Bobigny pour une vieille affaire de dégradations dans un commissariat.
- Lors d’une audience express, il a été condamné à deux mois de prison ferme.
- Quelques éléments sur son parcours ont été livrés à cette occasion.
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Après le casse spectaculaire, le musée du Louvre accumule les problèmes
Le dossier semblerait des plus banals si le prévenu n’était pas l’un des suspects du casse du musée du Louvre, le 19 octobre.
L’un des détenus les plus célèbres du moment en France, Abdoulaye N. alias « Doudou cross bitume », a été jugé vendredi en son absence à Bobigny pour une vieille affaire de dégradations dans un commissariat et condamné à deux mois de prison ferme. Il s’agit de la 16ᵉ condamnation à son casier.
Lors de cette audience de moins de trente minutes, qui a livré quelques éléments sur son parcours, ce dernier a reconnu avoir brisé un miroir et une serrure de cellule « sous le coup de colère »
il y a sept ans au commissariat d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Ces dégradations s’étaient produites dans le cadre d’une garde à vue pour des soupçons de vol de 18.000 euros, pour lequel il avait bénéficié d’un non-lieu.
Condamné quinze fois avant
Le président Youssef Badr a résumé le vol par effraction commis en mars 2019 dans le bureau d’un gérant d’entreprise : en pleine nuit, le coffre-fort avait été prestement ouvert et vidé d’« une dizaine de sacs de six kilos chacun ».
Le ou les voleurs n’avaient pas laissé de traces, « un extincteur ayant été utilisé ».
Les caméras de vidéosurveillance étaient en panne. Mais quand l’ex-conjointe d’Abdoulaye N. avait été placée en garde à vue, « son sang n’avait fait qu’un tour »
et il s’était rendu spontanément au commissariat pour « clamer son innocence »
, a rappelé son avocat, d’où son « mouvement de colère »
à ce moment-là et les coups violents portés au miroir et à la serrure.
Le juge le rappelle : pour ce vol, Abdoulaye N. aura finalement bénéficié d’un non-lieu, un juge d’instruction n’ayant pas trouvé assez d’éléments pour le confondre. Il aura quand même passé neuf mois en détention provisoire, insiste son avocat, parlant du dossier comme d’« une montagne ayant accouché d’une souris ».
Selon Me Cavaillé, cette affaire de 2019 a marqué un tournant néfaste dans la vie d’Abdoulaye N., qui projetait alors « de quitter Paris pour rejoindre son ex-conjointe ». « Il n’est plus avec la mère de ses enfants, ça a été l’histoire de trop pour elle »
et « il l’a assez mal vécu »
, a-t-il glissé.
Le prévenu avait déjà été condamné quinze fois au total avant sa comparution vendredi, selon une source proche du dossier (notamment pour trafic de stupéfiants, refus d’obtempérer, délits routiers ou rébellion) et avait écopé de peines de prison ferme pour vol aggravé.
« Qu’est-ce qu’il fait dans la vie, quand il n’est pas en prison? »
, interroge le juge. Il a « travaillé chez UPS », « faisant le dispatching de colis à quai »,
explique son avocat à l’AFP, hors audience.
« L’engouement et un certain bruit »
Abdoulaye N., qui a fêté ses 40 ans en prison début janvier, n’a pas souhaité être extrait de sa cellule pour l’audience de ce vendredi. La presse en ayant été avertie, la petite salle du tribunal était quasiment vide. Son avocat Maxime Cavaillé justifie son absence en déplorant le fait qu’il a généré « l’engouement et un certain bruit »
, comme suspect du vol du Louvre, sous son surnom de « Doudou Cross Bitume », ex-adepte des performances physiques et du moto-cross dans sa ville natale d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Il est soupçonné d’être l’un des malfrats qui avaient été filmés en train de dérober, en une poignée de minutes, huit joyaux de la Couronne. Un simple monte-charge avait alors permis aux faux ouvriers d’accéder à la Galerie d’Apollon et le butin, estimé à 88 millions d’euros, n’a toujours pas été retrouvé.
Au Louvre, son ADN aurait été découvert notamment sur une vitrine fracturée. Ecroué pour « vol en bande organisée » et « association de malfaiteurs »
après le cambriolage du musée, « il n’a jamais reparlé depuis sa garde à vue »,
a souligné auprès de l’AFP Me Cavaillé. « Il y aura, bien assez tôt, des interrogatoires au fond et il sera temps pour lui à ce moment-là de donner des explications, un peu plus circonstanciées et détaillées »,
promet le conseil.

