- C’est un voyage dans les pas d’un homme à la détermination sans limite.
- De Lille à Londres, une équipe de TF1 est partie sur les traces du général de Gaulle.
- Regardez ce reportage exceptionnel du JT.
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Le 13H
Juin 1940. La France est en guerre contre l’Allemagne nazie. Acculée, l’armée française est au bord de la capitulation. Mais cette Seconde Guerre mondiale va prendre une tout autre tournure pour la France. Le général de Gaulle prend la direction de Londres avec l’intention de négocier avec les Britanniques, alliés de la France, la poursuite de la guerre. De là, il tente d’organiser la résistance, alors que le maréchal Pétain s’apprête à signer l’armistice avec l’Allemagne nazie. C’est depuis le siège de la BBC, en plein cœur de la capitale londonienne, qu’il va prononcer le fameux appel du 18 juin 1940 : « Moi, Général de Gaulle, j’entreprends ici en Angleterre cette tâche nationale. J’invite tous les militaires français des armées de terre, de mer et de l’air à se réunir à moi. »
C’est sa première intervention sur la radio publique britannique qui, à l’époque, a un rayonnement international, ce qui lui permet d’émettre en Europe et notamment en France. À l’époque, Charles de Gaulle n’est encore qu’un illustre inconnu. « De Gaulle, avant d’être un visage, c’est d’abord une voix, celle qu’il va lancer sur les ondes de la BBC »
, souligne Hubert Rault dans le reportage du JT de TF1 à voir en tête de cet article. Après son discours, le régime de Vichy le fait condamner à mort pour trahison et le surnomme alors « le
général Micro, parce que sa seule arme au départ est un micro »
, poursuit ce spécialiste. Au total, de Gaulle va effectuer des déclarations sur les ondes de la radio londonienne à plus de 64 reprises.
De Gaulle établit le QG de son gouvernement en exil au numéro 4 de la rue Carlton Gardens, non loin de Buckingham Palace. C’est depuis ce bâtiment, qui abrite aujourd’hui le siège d’une grande banque, que le général va commander les forces de la France libre à compter de juillet 1940. « Au sous-sol, il y avait les gens qui codaient et décodaient. Ça grouillait de monde »
, raconte Hubert Rault. Une plaque commémorative et une statue de bronze à l’effigie du héros de la France libre rappellent aux passants ce pan de l’histoire de France. Charles de Gaulle restera de l’autre côté de la Manche jusqu’à la fin de la guerre et son retour triomphant à Paris.
Retour sur son enfance à Lille
Mais qui est vraiment Charles de Gaulle et d’où vient sa détermination ? Pour le savoir, notre équipe a traversé la Manche en sens inverse jusqu’à Lille, berceau de son enfance. Il y voit le jour un 22 novembre 1890, au 9 rue Princesse, dans la maison de ses grands-parents maternels. Lieu des retrouvailles familiales, il y passa ses vacances jusqu’en 1912. Aujourd’hui, la demeure est devenue un musée. Dans notre reportage, Marie Lefebvre, directrice de la Maison natale de Charles de Gaulle, présente l’un de ses jouets favoris, un petit soldat de plomb ayant perdu sa monture.
« Il faisait de grandes batailles sur le carrelage de ce jardin d’hiver. Il y avait des décors où on replaçait des terrains de bataille, avec des canons qui étaient armés de pois secs pour tirer sur les lignes ennemies. Et puis, avec un Charles qui décidait des jeux, qui avait déjà un caractère assez affirmé, assez autoritaire, et qui prenait le commandement de l’armée française »
, relate la directrice. L’éducation qu’il reçoit de ses parents prône le patriotisme, une ferveur religieuse et un sens de l’engagement dont témoigne sa formation militaire à l’école Saint-Cyr.
Son baptême du feu a lieu au mois d’août 1914. De Gaulle est blessé, avant d’être fait prisonnier. 25 ans plus tard, il fonde la France libre à Londres. Puis, nommé président d’un gouvernement provisoire, il démissionne en 1946 en désaccord avec le régime des partis et les manœuvres politiciennes. Durant plus d’une décennie, il va préparer son retour à la tête du pays, entouré des cartes qu’il affectionne tant. Le Rassemblement du peuple français (RPF), qu’il fonde en avril 1947, installe son QG dans un hôtel particulier situé au numéro 5 de la rue de Solférino à Paris.
« De Gaulle connaît les Français et les Français le connaissent, parce qu’ils l’ont vu justement, parce qu’il est allé les voir »
« De Gaulle connaît les Français et les Français le connaissent, parce qu’ils l’ont vu justement, parce qu’il est allé les voir »
Frédéric Fogacci
Frédéric Fogacci, directeur des études et de la recherche à la fondation Charles de Gaulle, nous a fait visiter ce lieu où tout rappelle la personnalité du général de Gaulle, et en particulier son bureau.« Ce que je ressens ici, c’est une espèce de modestie
, souligne-t-il. Le seul meuble qui coûte un petit peu d’argent, c’est [une] armoire que Madame de Gaulle a tenu à [lui] acheter, parce qu’un jour, elle est allée dans le bureau de son mari et lui a dit : ‘Si tu veux sauver la France, il faut quand même que ton bureau fasse un peu moins misère' »
.
De Gaulle était souvent sur la route. « Il pique-niquait d’un œuf dur et surtout il dormait chez le militant. Il n’avait pas beaucoup d’argent et n’allait pas à l’hôtel, donc il demandait une chambre individuelle avec un lit aussi long que possible, parce qu’il faisait quand même 1m96 »
, reprend Frédéric Fogacci. « De Gaulle connaît les Français et les Français le connaissent, parce qu’ils l’ont vu justement, parce qu’il est allé les voir »
, souligne-t-il.
Tous les 15 jours, il retournait à Colombey-les-Deux-Églises
Tous les 15 jours, il retournait à Colombey-les-Deux-Églises
Benjamin Baps
Élu, de Gaulle avale le bitume à bord d’une Citroën DS. « La DS, un peu comme le Concorde, c’est une fierté nationale. On ne pouvait pas faire mieux
» à l’époque, commente le collectionneur Benjamin Baps. Dès 1966, le président Charles de Gaulle se rend au château de Versailles à bord de cette voiture devenue mythique. À sa demande, une résidence privée pour recevoir les hôtes de marque est aménagée dans l’aile droite du Grand Trianon, qu’on appelle le Trianon-sous-Bois. Guillaume Gomez, l’ancien chef des cuisines de l’Élysée, connaît bien l’endroit. « J’ai eu l’occasion de cuisiner ici pour le président François Hollande et le président Xi Jinping, il y a quinze ans »
, glisse-t-il . La « diplomatie culinaire »
a été instaurée sous de Gaulle, ici même.
De Gaulle a passé sa vie à retenir le temps ou à l’accélérer. « Au pouvoir, de Gaulle était obsédé par le contrôle du temps. C’est-à-dire par le fait tout simplement de garder du temps libre. Du temps où il ne voyait personne, du temps où personne ne l’appelait au téléphone. En fait, il restait connecté avec la société française de cette manière, en s’extrayant du temps de l’Élysée. Tous les 15 jours, il retournait à Colombey-les-Deux-Églises »
, explique Benjamin Baps. C’est dans ce village de Haute-Marne que de Gaulle acheta une maison en 1934 pour offrir un climat serein à sa fille Anne, atteinte de trisomie.
Sur la colline qui surplombe le bourg, une croix de Lorraine embrasse le paysage. Non loin de l’église, le général repose auprès de sa fille et de sa femme Yvonne. La pierre tombale est modeste, sans fioritures. Ce matin-là, deux hommes venus de loin sont venus pour lui rendre hommage. « Ça fait des années qu’on attend le moment de se recueillir sur cette tombe-là
« , confie l’un des visiteurs à notre équipe. La maison du général, la Boisserie, se trouve à seulement quelques mètres de là. L’intérieur est interdit aux caméras afin de préserver l’esprit du lieu, l’intimité que le général souhaitait, mais nous sommes autorisés à filmer le parc qui entoure la demeure.
« Le général faisait trois balades quotidiennes. Il y avait le grand tour et le petit tour »
, précise Aurore Jacquinot, la responsable du site de La Boisserie. « En plus, le général aimait beaucoup discuter avec ses invités dans le parc. Il y a eu beaucoup plus de conversations entre le général et ses invités dans le parc de la Boisserie que vraiment à l’intérieur de la demeure »,
ajoute-t-elle. Les petits-fils du général de Gaulle ont décidé de vendre le domaine, faisant craindre une acquisition par des acheteurs privés et la possible fin de l’ouverture au public. Le département de la Haute-Marne et l’État pourraient s’interposer, car cet héritage familial est aussi un patrimoine commun, un témoin de l’histoire, celle de Charles de Gaulle.

