• La feta, produit apprécié des Français pendant l’été, voit sa filière déstabilisée en Grèce, et son prix augmenter.
  • En cause : une épidémie de variole qui frappe les chèvres et les moutons du pays.
  • Regardez ce reportage du 20H de TF1.

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On peut débattre longtemps du nombre de tomates ou de la façon de couper les poivrons : une salade estivale (nouvelle fenêtre) digne de ce nom, c’est toujours avec de la feta. Quelques morceaux de ce fromage salé, et nous voilà en Méditerranée. Mais sera-t-il encore possible d’en acheter cet été, et au même prix ? Rien n’est moins sûr. Pour le comprendre, une équipe de TF1 se rend en Grèce dans le reportage du 20H visible en tête de cet article.

Car depuis quelques mois, une épidémie de variole frappe les chèvres et les moutons du pays, premier producteur mondial de feta. Et la règle est implacable : si une seule bête est contaminée, le troupeau entier doit être abattu. « J’ai un voisin, un éleveur, qui avait 400 chèvres. Ces 400 bêtes ont dû être tuées, alors il a dû complètement changer de travail », raconte Panagis Toulatos, éleveur sur l’île de Céphalonie, à l’ouest du pays, qui espère que son troupeau ne sera pas le prochain sur la liste. 

Pour stopper l’hémorragie, le gouvernement grec impose désormais une batterie de règles sanitaires. « Maintenant, on est obligés de garder nos animaux en prison ici. Avant toutes ces restrictions, mes bêtes pouvaient aller jusque-là pour paître librement », déplore-t-il, en montrant les vastes étendues face à notre caméra. 

Hausse des coûts de production

Alors au lieu de brouter des herbes sauvages, ses chèvres doivent être nourries avec un mélange industriel de céréales. « Je dois payer cette nourriture 4.500 euros de plus par mois. On est désespérés. Avec ces coûts très élevés, on n’arrive presque plus à se payer. » Autre conséquence : avec cette alimentation, ses bêtes donnent beaucoup moins de lait, à peine 10 tonnes par mois contre 20 auparavant. Au total, près de 500.000 chèvres et moutons ont été abattus en Grèce depuis le début de l’épidémie.

On doit forcément payer notre lait plus cher

Thymios Baziotakis, responsable de la société Arcadia Dairy Products, qui produit de la feta

Et les effets de cette situation sanitaire se font sentir dans toute la filière. Dans cette usine du Péloponnèse, où les équipes du 20H se sont rendues, la feta est une histoire de famille : il y a eu le grand-père, le père, puis le fils, Thymios Baziotakis. « Ça, c’est du lait dans lequel on va mettre une enzyme. C’est ça qui va permettre d’en faire une sorte de gel. Et après, on peut le couper en morceaux », explique le responsable de la société Arcadia Dairy Products.

Mais depuis qu’il a repris l’entreprise il y a vingt ans, il n’a jamais eu autant de mal à se procurer ce fameux lait. Et pas question de s’approvisionner à l’étranger s’il veut conserver son label AOP : « Il y a une vraie compétition pour avoir du lait maintenant, pour rivaliser avec les autres entreprises, continuer de s’approvisionner dans ce pays. On doit forcément payer notre lait plus cher. »

Effet domino dans les restaurants

Résultat, il vend sa feta 30% plus cher qu’au début de l’épidémie. Il en écoule encore près de 120 tonnes chaque mois auprès de supermarchés, de fromageries et de restaurants du monde entier, y compris en France (nouvelle fenêtre). Mais avec cette hausse des tarifs, rien ne dit que ses clients lui resteront fidèles. « Les restaurants, les hôtels veulent toujours réduire leurs coûts. Donc ils vont peut-être finir par préférer d’autres fromages, par exemple à base de lait de vache », redoute-t-il.

Car au bout de la chaîne, la hausse se fait déjà sentir, comme dans cette taverne traditionnelle d’Athènes. Sur les tables, la star est encore là, en tranches ou en salade. Mais le patron la paie désormais au prix fort : « Il y a un an, ça coûtait 9,50 euros le kilo. Maintenant, c’est 11 euros le kilo », constate Giannis Manthos, propriétaire du Mavros Gatos Tavern. Effet domino, il est sur le point d’augmenter certains prix de sa carte. La feta à 5 euros et la salade grecque à 8,50 euros, jusque-là produits d’appel de son restaurant, vivent leurs derniers jours. 

« La feta, c’est un produit que les Grecs mangent vraiment tous les jours, parce que c’est bon marché. Maintenant, c’est vraiment devenu difficile d’en acheter, même juste pour chez soi », regrette-t-il. Pour endiguer cette crise, il existe pourtant une solution : la vaccination des troupeaux. Mais le gouvernement grec s’y oppose, car certains acheteurs étrangers privilégient les produits issus d’animaux non vaccinés. Au total, les exportations grecques de feta représentent près de 780 millions d’euros par an.

La rédaction de TF1info | Reportage : Roxane SYGULA et Loïc GORGIBUS

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