• La COP17 sur la lutte contre la désertification s’est ouverte, lundi, en Mongolie.
  • Un rendez-vous moins connu que ses équivalents sur le climat et la biodiversité.
  • Mais qui concentre des enjeux importants, notamment pour la France.

Ajoutez TF1info à vos sources sur Google

C’est la moins connue de toutes mais pas la moins importante. La 17ᵉ Conférence des Nations unies sur la lutte contre la désertification s’est ouverte, lundi 17 août, à Oulan-Bator, capitale de la Mongolie. Jusqu’au 28 août, elle réunit 197 pays et organisations régionales autour de la restauration des terres et de la lutte contre la sécheresse. Un rendez-vous auquel participe la France, qui s’est déclarée, lors de la précédente COP sur le sujet en 2024 en Arabie saoudite, « partie affectée » par cette question, tout comme la Grèce ou encore l’Espagne. 

« La France est concernée parce que les deux tiers de ses sols sont dégradés et qu’une petite zone du territoire est en climat sec », avance Jean-Luc Chotte, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). « La désertification, ce n’est pas l’avancée du désert, ce n’est pas que l’Afrique, l’Asie ou l’Amérique latine, c’est chez nous », alerte le président du Comité scientifique français de la désertification (CSFD).

Car quand on parle de désertification, on parle en réalité « d’un processus de dégradation des terres avec, par exemple, la perte de productivité des sols, de couverture forestière, de capacité à filtrer l’eau ou encore la santé des sols via leur capacité de stockage de carbone ou la perte de biodiversité par leur artificialisation », détaille Jean-Daniel Cesaro, géographe au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). 

1,4% du territoire hexagonal touché

En France, 1,4% du pays est officiellement affecté par la désertification, notamment sur la bande méditerranéenne. Sur les trente dernières années, plus de 30% de l’Hexagone a vu son climat tendre vers des conditions plus sèches entre 1993 et 2022 dans le contexte du changement climatique. Ainsi, selon les dernières évaluations, 1,79% du territoire métropolitain se trouve dans une zone climatique susceptible d’être touchée par le phénomène (0,39% en climat semi-aride et 1,4% en climat subhumide sec). 

En cause : les activités humaines, notamment via les pratiques agricoles, mais aussi l’artificialisation grandissante des sols. Des impacts qui, dans le contexte du changement climatique, aggravent la situation alors que les épisodes de sécheresse sont appelés à se multiplier (nouvelle fenêtre) et à s’allonger en France. 

Un « cercle vicieux », pointe Jean-Daniel Cesaro : « Quand le sol s’assèche, la végétation produit moins de biomasse et les apports de matière organique diminuent. Le sol stocke alors moins de carbone, ce qui peut à son tour accentuer sa dégradation », détaille celui qui est aussi membre du CSFD. 

La solution du pastoralisme ?

Pour tenter de lutter, les panels de solutions sont connus : adapter les pratiques agricoles, et « lutter contre l’artificialisation des sols« , met en avant Jean-Daniel Cesaro. 

« Il y a également la question de la gestion de l’eau, notamment dans les régions méditerranéennes, avec des précipitations très fortes à un moment de l’année et de grandes périodes sans eau. Il faut donc stocker l’eau, sans évoquer le sujet des méga-bassines, mais trouver, avec des techniques qu’on avait auparavant, une façon de ralentir l’eau dans notre paysage », complète le chercheur.

Autre solution, mise en avant cette année par la Mongolie : le pastoralisme comme outil de lutte contre la dégradation des sols. En France en particulier, environ 10% des élevages utilisent des surfaces de transhumance et on compte environ 60.000 exploitations avec un élevage pastoral. Une source de préservation de zones (face au risque d’érosion, de désertification, d’incendies…) que seuls ces élevages nomades peuvent « faire vivre », souligne ainsi auprès de l’AFP Joël Guillemin, de l’Institut de l’élevage.

À travers le monde, le pastoralisme est présent sur 80% des terres arides, et fait vivre plus de 200 millions de personnes, et représente « une pratique de production agricole, un mode de vie, une solution fondée sur la nature et un socio-système capable de répondre aux crises environnementales en cours », souligne ainsi une étude du Cirad (nouvelle fenêtre)

Une facture à 900 milliards de dollars

Le rendez-vous de cette semaine s’annonce ainsi crucial pour la France et les 196 autres participants, alors qu’on estime qu’entre 40 et 75% des terres mondiales sont dégradées, impactant près de la moitié de la population mondiale. Une situation qui ne cesse de se détériorer depuis 2016 et l’adoption des objectifs de développement durable des Nations unies pour 2030 qui prévoient de tendre vers un monde neutre en termes de dégradation des sols.

Une tendance qui a un coût : la dégradation des terres et les sécheresses coûtent au monde environ 900 milliards de dollars par an, selon la présidente de la COP17, Battsetseg Batmunkh. Avec une problématique importante, comme pour la plupart des COP : trouver comment financer les mesures indispensables pour endiguer cette dégradation, alors que de nombreux pays d’Afrique et d’Asie militent pour la création d’un fonds spécifique. Et surtout, quelle politique commune face à la progression de la désertification ?

En 2024, la COP16 s’était conclue sur un refus des pays occidentaux d’adopter des objectifs contraignants pour lutter contre la sécheresse, pourtant réclamés de longue date par les pays les plus affectés par le phénomène.

Share.
Exit mobile version