- Cet été, des drones ont été aperçus en train d’effectuer des livraisons illégales à la prison de Strasbourg.
- Une pratique qui déjoue les systèmes de brouillage.
- Le JT de 20H de TF1 vous révèle le profil étonnant de ces pilotes de drones.
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Un colis livré par drone, au pied d’une cellule de prison, en toute illégalité. Ce type de scène, que l’on retrouve partout sur les réseaux sociaux, est d’une étonnante banalité. Dans le reportage du JT de 20H de TF1, visible en tête de cet article, un détenu va jusqu’à se filmer alors qu’il est en train de guider le livreur par téléphone jusqu’à sa fenêtre. Près de 5.000 survols ont été recensés l’an dernier dans les prisons de l’Hexagone.
Au milieu de mes salades, il y avait une chaussette avec des produits dedans
Au milieu de mes salades, il y avait une chaussette avec des produits dedans
Gilles, habitant de La Talaudière
Qui sont ces livreurs ? À première vue, ce sont des jeunes en quête de quelques centaines d’euros, recrutés sur les réseaux sociaux, ou bien des personnes ayant une dette vis-à-vis d’un réseau criminel, prêtes à prendre tous les risques. Nos reporters se sont rendues à la prison de la Talaudière, dans la Loire. De l’extérieur, ce centre pénitentiaire paraît inviolable, avec ses brouilleurs anti-drones installés en 2024.
Pourtant sur TikTok, des détenus se vantent de s’y faire livrer en plein jour. Ces colis volants, Gilles, rencontré par nos équipes, les a déjà vus dans le ciel. Il vit à côté de la prison et raconte à TF1 la drôle de découverte qu’il a faite dans son jardin en juin dernier : « Au milieu de mes salades, il y avait une chaussette avec des produits dedans. Il y avait des briquets, des feuilles à cigarette, un paquet de la taille d’une grosse savonnette. »
Une cargaison, en cours de livraison, tombée d’un drone.
Des livreurs bien organisés
Résultat : plusieurs centaines de grammes de cannabis saisis par la police. Un autre voisin, qui préfère rester anonyme, estime que les livreurs sont bien organisés. « Ils arrivent de la colline ou du bois derrière (la prison, ndlr). Ils passent au-dessus des maisons, arrivent au-dessus de l’enceinte, lâchent leur colis et repartent. Ça peut être une quinzaine de drones qui passent sur une même soirée, à la tombée de la nuit essentiellement. »
Ce business illégal peut rapporter jusqu’à 600 euros par paquet d’un kilo livré. Sur les réseaux sociaux, les dronistes font même leur publicité. Contactés par nos reportrices, l’un d’entre eux nous assure pouvoir livrer dans l’une des prisons les plus sécurisées de France. Elles questionnent : « Possible de livrer un téléphone à Fleury-Mérogis ? »
Réponse : « Ouais, c’est 400 euros. Tu payes quand tu reçois. Je peux livrer à la fenêtre. »
C’est trop facile de pirater (les brouilleurs)
C’est trop facile de pirater (les brouilleurs)
Un livreur-droniste anonyme
Devant l’apparente simplicité du procédé, elles relancent : « Mais il y a des brouilleurs anti-drones. »
Réponse : « C’est trop facile de (les) pirater. »
Sur les réseaux sociaux, des petites annonces proposent aussi des missions de chauffeur ou de guetteur pour accompagner le livreur. Notre reportage montre que ces profils de « petites mains » sont parfois surprenants.
C’est ainsi qu’en mars dernier, une nuit aux abords de la prison de Roanne, Mia, 26 ans, et son amie Myriam, 21 ans, sont recrutées. Sans emploi, et avec un casier judiciaire vierge, elles doivent conduire un droniste, Abdelkader, 20 ans, connu pour détention de stupéfiants. Tous trois sont payés entre 200 et 600 euros pour livrer des téléphones et plus d’un kilo de cannabis. Interpellé, le pilote a été jugé et condamné à un an de prison.
Recrutés sur Snapchat
Leur avocat, Me Hugues Roumeau, dessine leurs parcours qui se rejoignent sur un point : ils ont été recrutés sur Snapchat. « Auparavant, c’était des gens qui étaient recrutés dans les environs de Rouen. Maintenant, ce sont des gens qui viennent de plus en plus loin. En l’occurrence, il y avait une jeune fille de Marseille ».
Dans d’autres affaires, on croise aussi un couple de militaires dans le Var ou encore un jeune boucher qui livrait de la viande à la prison d’Avignon pour payer son loyer et éponger ses dettes.
Face à notre caméra, le procureur de Roanne, Xavier Laurent, pointe la difficulté pour remonter la chaîne de ces réseaux. « Il y a une forme d’ubérisation »
, explique-t-il. « Certains jeunes qui répondent à un recrutement sur les réseaux sociaux peuvent être parfaitement insérés. Ce sont des profils plus atypiques, pas du tout le niveau de criminalité auquel on peut s’attendre pour des gens qui viennent livrer des stupéfiants en détention
. »
On est en mode dégradé
On est en mode dégradé
Vianney Thumerelle, agent pénitentiaire
Ils risquent jusqu’à cinq ans de prison pour livrer de la drogue, mais aussi des marchandises plus futiles, comme des burgers ou même une piscine gonflable. Vianney Thumerelle, agent pénitentiaire et secrétaire Ufap-Unsa à Roanne, demande à notre micro des renforts la nuit pour traquer les drones, et des grilles métalliques sur les fenêtres des cellules. « Il faut savoir qu’on est en mode dégradé, c’est-à-dire qu’on devrait être douze pour faire les nuits. Au mieux, on est onze. Donc, le temps que les agents prennent les clés, fassent le tour et y aillent, il est déjà trop tard. »
Au commissariat de Roanne, le commissaire Kévin Girault montre les dernières saisies (voir la photo ci-dessus)
. Selon nos informations, les drones décollent parfois de jardins privés ou de locations Airbnb. À Roanne, seize drones ont été saisis ces six derniers mois par des patrouilles de nuit.
Contacté, le ministère de la Justice assure à TF1 avoir investi plus d’un million d’euros pour équiper 70 prisons françaises de systèmes anti-drones modernes. Mais les livreurs, eux aussi, s’adaptent à ces technologies, avec des drones dont les LED sont dissimulées par du scotch et du papier aluminium, les rendant indétectables.
Louan DENIEL | Reportage TF1 : Eléna DESPATUREAUX et Cléa JOUANNEAU

