- Les élections législatives sont organisées en Arménie ce dimanche.
- Candidats, nouveau cap et campagne de désinformation… TF1info fait le point sur les trois choses à savoir sur ce scrutin.
Un petit pays du Caucase à la croisée des chemins. Les électeurs arméniens se rendent aux urnes ce dimanche 7 juin pour voter aux élections législatives. Un scrutin qui oppose deux candidats principaux : le Premier ministre, Nikol Pachinian, et son concurrent, le milliardaire Samvel Karapetyan. Le premier espère obtenir la confirmation de son cap pro-occidental, tandis que l’autre veut revenir dans l’influence de Moscou, qui menace de suspendre la coopération économique. De quoi nourrir une campagne à très fort enjeu, déroulée sur fond de multiples opérations de désinformation (nouvelle fenêtre). TF1info vous propose trois choses à savoir sur ce scrutin, dans un contexte de turbulences.
Les principaux candidats
Nikol Pachinian est à la tête du parti donné favori dans les sondages. Multipliant les vidéos sur les réseaux sociaux, cet ancien journaliste de 51 ans cultive une image de dirigeant proche des citoyens. Lors de la campagne, il a sillonné l’Arménie en autobus, saluant ses sympathisants par une formule devenue familière : « Bonjour, peuple bien-aimé »
. Amateur de musique, il a notamment accompagné Emmanuel Macron pour interpréter La Bohème
(nouvelle fenêtre),
le mois dernier. Passé par la prison, il a été élu sur une promesse de réformes, porté au pouvoir par des manifestations de rue en 2018. « Pour moi, le changement le plus important qui s’est produit, c’est que le gouvernement et le peuple arméniens s’aiment »
, a-t-il plaidé lors de la campagne.
Mais huit ans après son arrivée au pouvoir, les opinions sont divisées. Ses soutiens voient toujours en lui l’homme qui avait défié l’élite post-soviétique au terme d’une marche de plusieurs centaines de kilomètres à travers le pays, dormant à la belle étoile et s’adressant aux Arméniens dans la rue. Ses détracteurs jugent quant à eux qu’il affiche des tendances de plus en plus autoritaires (nouvelle fenêtre) et regrettent sa stratégie sur le plan international. Ses adversaires l’accusent par exemple d’abuser des tribunaux, de la police et de son autorité pour réprimer ses rivaux, y compris au sein de l’influente Église apostolique arménienne.
C’est d’ailleurs parce que le gouvernement reproche à l’institution sa corruption et affirme qu’elle a besoin de réformes que les services de sécurité ont arrêté l’année dernière l’homme d’affaires milliardaire et donateur majeur de l’Église arménienne, Samvel Karapetyan. Citoyen russe, chypriote et arménien, c’est lui qui s’oppose au Premier ministre. Arrêté et assigné à résidence depuis le 18 juin, c’est son neveu, Narek Karapetyan, qui mène campagne en son nom. « Cette année et l’année dernière ont été terribles pour notre démocratie »
, a-t-il dit à l’AFP. Pour lui, son oncle est un « prisonnier politique »
et le gouvernement se livre à une persécution contre l’homme le plus riche du pays, à la tête d’une fortune estimée à plus de 4 milliards de dollars.
À la tête du parti Arménie forte, sur lequel on trouve aussi le nom de l’un de ses avocats, Aram Vardevanyan, Samvel Karapetyan affirme qu’en cas de victoire, il deviendra Premier ministre. La Constitution arménienne interdit pourtant aux candidats ayant une nationalité étrangère d’accéder à ce poste. Mais ce problème sera réglé « en une heure »
en faisant un amendement à la loi, a relevé l’oligarque auprès de journalistes du Monde
(nouvelle fenêtre), précisant avoir commencé les démarches pour se défaire de sa nationalité russe. Pas de son influence.
Le choix entre le cap occidental ou l’orbite russe
Cette élection a été transformée en vrai « référendum »
, pour reprendre l’expression du Moscow Times
(nouvelle fenêtre). « Par sa propagande et ses ultimatums, la Russie a fait de ce scrutin un référendum sur l’intégration européenne de l’Arménie »
, notait le quotidien indépendant russe.
Car le Premier ministre détourne le pays de son allié historique, lui reprochant la perte de l’enclave disputée du Karabakh (nouvelle fenêtre) au profit de l’Azerbaïdjan. En 2023, et malgré la présence de forces d’interposition russes, ce territoire est définitivement repris par l’armée azerbaïdjanaise. Un revers militaire qui a provoqué l’exode de dizaines de milliers d’Arméniens et des manifestations d’ampleur de l’opposition. Alors face à cette défaite, Nikol Pachinian se présente désormais comme le garant d’une paix nécessaire avec Bakou. S’il se défend de vouloir rompre avec la Russie, principal partenaire économique, et affirme ne procéder qu’à un simple rééquilibrage des relations, il se rapproche des Occidentaux, allant jusqu’à une éventuelle adhésion à l’Union européenne.
De son côté, Bruxelles a déjà dit se tenir « fermement »
aux côtés de l’Arménie. « Moscou instrumentalise les relations économiques pour exercer une pression politique. Nous connaissons trop bien ce mode opératoire »
, a par exemple déclaré la présidente de la Commission européenne. Ursula von der Leyen a promis le soutien de l’UE sous forme d’une première aide financière au budget de l’État arménien, de plus de 50 millions d’euros. « Et il y en aura d’autres »,
a-t-elle assuré. Et pour soutenir le secteur agricole arménien, « un envoi de 10.000 fleurs doit arriver »
, a-t-elle ajouté. Une référence aux restrictions décidées par la Russie. Elle a annoncé fin mai l’interdiction de certaines importations en provenance d’Arménie, en particulier les fleurs.
Mais la menace venue de Moscou n’est pas qu’économique. S’exprimant au Kazakhstan, Vladimir Poutine a tenu à rappeler que le « scénario ukrainien »
avait débuté avec la tentative de Kiev d’adhérer à l’Union européenne. Une menace (nouvelle fenêtre) à peine voilée
Une campagne cible de la désinformation
Des avertissements qui s’accompagnent d’opérations de désinformation attribuées par les experts à la Russie. En mai dernier, en à peine une semaine, pas moins de 31 publications falsifiées sont apparues, dans une stratégie déjà largement documentée et attribuée à Moscou. Baptisée « Matriochka » (nouvelle fenêtre), celle-ci consiste à usurper l’identité de médias réputés pour créer des rumeurs, comme celle qui accuse sans preuve Nikol Pachinian de vouloir la guerre avec la Russie, ou encore d’agressions sexuelles. Des campagnes de dénigrement qui ont commencé très tôt, dès le printemps 2025. TF1info vous révélait par exemple cette fausse information (nouvelle fenêtre) selon laquelle le dirigeant souhaitait secrètement ensevelir des déchets nucléaires français. Selon les données de l’Institut pour le dialogue stratégique (ISD), les acteurs de la désinformation ont ciblé l’Arménie plus que tout autre pays entre avril 2025 et avril 2026.
Dernier exemple en date, cette rumeur infondée selon laquelle 800 soldats de la Légion étrangère auraient été déployés par la France en Arménie. Avant même que le scrutin ne soit ouvert lors des élections de ce dimanche, les discours pro-Kremlin font aussi déjà état d’une « fraude électorale massive »
. « Il s’agit là d’une caractéristique courante de la manipulation de l’information en période électorale »
, souligne EUvsDisinfo, le site qui surveille et traite la désinformation pro-Kremlin. « Saper de manière préventive la confiance dans les processus et les institutions démocratiques avant même que des preuves ne soient disponibles. L’objectif est de s’assurer que tout résultat indésirable puisse être remis en cause par la suite. »

