- S’inspirer de la reconstruction de Notre-Dame de Paris pour réindustrialiser la France, c’est la méthode préconisée jeudi par Emmanuel Macron.
- Le chef de l’État veut accélérer 150 projets industriels.
- Comment ? En allégeant les procédures et les normes et en limitant les contentieux.
- Une méthode qui fait débat.
Suivez la couverture complète
Le 20H
D’ici quelques années sur ce terrain de Petite-Couronne, en Seine-Maritime, une nouvelle usine va voir le jour. « On va y implanter un projet de
production de carburant synthétique pour l’aviation
(nouvelle fenêtre), c’est-à-dire un carburant produit à partir d’électricité, ici même, pour remplacer le carburant fossile dans les avions »
, détaille Antoine Huard, co-fondateur et directeur général de Verso Energy.
L’entreprise affirme que sur ce site, 250 salariés œuvreront pour la production de 80.000 tonnes de biocarburants destinés à l’aviation. Et pour entamer la production plus rapidement, Antoine Huard compte bien s’appuyer sur les récentes déclarations d’Emmanuel Macron. En déplacement mercredi 22 avril dans l’Allier, le chef de l’État a en effet prôné une méthode « Notre-Dame » pour 150 projets industriels jugés stratégiques en France.
Comprenez : simplifier les procédures, raccourcir les délais pour les autorisations ou encore limiter les contentieux avec des recours examinés plus rapidement. « On espère pouvoir réduire de deux ans le temps qu’il nous reste jusqu’à la mise en service et ainsi pouvoir espérer obtenir toutes les autorisations dont on a besoin dans un délai compris entre six mois et un an »
, se réjouit le patron de Verso Energy.
150 « cathédrales industrielles »
Car l’usine d’Antoine Huard fait bien partie des 150 « grands projets stratégiques » (GPS) lancés en France en janvier dernier. Y figure aussi, par exemple, le projet « Emili » d’Imerys. Une mine de lithium dans l’Allier visant à produire 34.000 tonnes d’hydroxyde de lithium d’ici à 2030 pour équiper annuellement 700.000 voitures électriques et visitée mercredi par Emmanuel Macron.
Portés pour moitié par des PME et des ETI, ces 150 projets sont répartis dans 63 départements, pour 71 milliards d’euros d’investissement cumulé, et couvrent « l’ensemble du spectre industriel stratégique »
, selon l’Élysée : agroalimentaire, centre de données, biocarburants, batteries, santé, aéronautique, défense… Pour les accélérer, « c’est la méthode Notre-Dame de Paris »,
a plaidé Emmanuel Macron : « Un projet identifié, une chaîne de commandement claire, des gens à qui on rend compte et des délais record qu’on doit tenir ».
La reconstruction de la cathédrale de Paris tient lieu d’exemple à suivre en matière de simplification et d’accélération des procédures, tout comme les Jeux olympiques de 2024 qui avaient été précédés d’une loi de simplification. « Rien ne justifie que nous soyons une nation qui sait faire en cinq ans la reconstruction de Notre-Dame »
et qui « parfois met plus de cinq ans à faire un projet industriel ou à faire un poulailler »,
à part « une forme d’à-quoi-bonisme »,
s’est exclamé le président comme il l’avait fait en recevant des maires le 16 avril à l’Élysée.
Il s’agira donc à ses yeux de « 150 cathédrales industrielles »,
et d’un « combat jumeau »
en faveur de projets agricoles.
Inquiétude des défenseurs de l’environnement
Concrètement, le gouvernement compte avancer tambour battant grâce à la loi de « simplification » adoptée la semaine dernière au Parlement, mais aussi grâce à un « décret contentieux »
pour les « projets stratégiques »
pris mercredi, a détaillé le chef de l’État. Pour échapper à des recours qui « freinent »
les chantiers, les contentieux seront « unifiés »
au niveau de la Cour administrative d’appel, ce qui est censé faire gagner « un an »
sur les délais, a-t-il expliqué.
Deuxième axe, la mise au point de « dispositifs clés en main »
pour identifier et fournir du « foncier économique »
prêt à l’emploi aux PME et aux entreprises de taille intermédiaire qui veulent s’installer ou s’étendre.
Enfin, Emmanuel Macron, dont le bilan écologique est souvent jugé en demi-teinte, a aussi dit vouloir « simplifier les évaluations environnementales »,
en remettant « du bon sens »
pour « réduire massivement les délais »
. « Non pas pour réduire l’exigence environnementale, mais simplement pour acter le fait qu’on a beaucoup de procédures »,
a-t-il assuré, confiant une mission en ce sens au ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre.
Mais ce point soulève plusieurs inquiétudes du côté des associations de défense de l’environnement. En Seine-Maritime, certains collectifs opposés à l’usine de Verso Energy qui prévoient de déposer des recours estiment que l’État « s’assoit sur le droit environnemental »
. « C’est vraiment pour accélérer les projets. On n’aura moins de temps [pour déposer des recours, NDLR] et on pourra moins bien préparer notre défense »,
s’inquiète ainsi Valérie Auvray, responsable régionale des Écologistes en Seine-et-Marne et membre du collectif « Répie ».

