- Les Américains seront appelés aux urnes le 3 novembre prochain, pour les élections de mi-mandat.
- Un scrutin suivi de près outre-Atlantique : face à l’impopularité de Donald Trump, les démocrates pourraient remporter la majorité dans au moins une des chambres du Congrès.
- Cette « vague bleue », dont l’ampleur reste difficile à prédire, ne devrait pas pour autant ébranler les rapports de force actuels, selon plusieurs experts.
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Pour convaincre les électeurs, la Maison Blanche serait prête à signer de gros chèques à tour de bras. Donald Trump a déclenché une vive polémique cette semaine en promettant un
« dividende »
de 5.000 dollars (nouvelle fenêtre) à chaque adulte américain, si son camp venait à l’emporter lors des élections de mi-mandat, prévues le 3 novembre. De fait, les nuages s’amoncellent pour le parti républicain, mais les défis sont également nombreux pour ses adversaires démocrates. On fait le point sur les enjeux de ce scrutin très attendu.
Un vote pour choisir le nouveau visage de l’assemblée législative
Ces élections, appelées « midterms », viennent marquer la moitié du mandat présidentiel et peuvent peser sur la deuxième partie de celui-ci. Elles se tiennent le premier mardi de novembre, soit le 3 novembre cette année. Ce jour-là, les Américains voteront au suffrage universel direct pour élire les membres du Congrès (nouvelle fenêtre), le pouvoir législatif, en charge d’adopter les lois.
Les électeurs vont choisir l’intégralité des 435 sièges de la Chambre des représentants, répartis de façon proportionnelle entre les États, en fonction de leur nombre d’habitants. Ils voteront également pour renouveler un tiers des 100 sièges du Sénat, dont les élus assurent un mandat de six ans. Chaque État compte deux sénateurs, quel que soit leur poids démographique.
Avec un chef très critiqué, des républicains à la peine
Selon les sondages actuels, les démocrates devraient avoir l’avantage. Non seulement ces élections sanctionnent le président en poste en règle générale, mais cette fois, le tableau est particulièrement sombre pour Donald Trump. Le milliardaire s’enlise dans la guerre en Iran (nouvelle fenêtre), la flambée des prix du carburant se poursuit, tandis que l’inflation galope… Son taux d’approbation chute jusqu’à 32%, selon certaines enquêtes d’opinion (nouvelle fenêtre).
Dans ce contexte, la promesse d’une enveloppe de 5.000 dollars par citoyen adulte trahit un vrai « désespoir »
, remarque Lauric Henneton, maître de conférences à l’Université de Versailles-Saint-Quentin. « Même dans des domaines dans lesquels les républicains sont généralement mieux vus par l’opinion publique, comme l’économie, l’immigration ou la sécurité, ce n’est plus le cas désormais. Donald Trump a réussi l’exploit de polluer complètement l’image de marque de son parti »
, note l’expert, spécialiste de civilisation américaine. Un « pompier pyromane »
, résume également Olivier Richomme, professeur des universités à Lyon II. « Il chercherait à faire perdre les républicains, qu’il ne s’y prendrait pas autrement… »
Face à cette succession de griefs (nouvelle fenêtre), les démocrates sont donc bien partis pour l’emporter, du moins à la Chambre, où ils devraient ravir la courte majorité républicaine. La bataille s’annonce en revanche plus ardue au Sénat, où les postes remis en jeu sont majoritairement ceux d’États votant traditionnellement républicain. « On s’attend à une vague bleue, mais on ne sait pas quelle sera son intensité. Une digue républicaine s’est peu à peu construite, par le redécoupage électoral »
, résume Olivier Richomme, spécialiste du droit électoral américain.
Diligenter des enquêtes, la carte à jouer pour les démocrates
Cette incertitude est aussi liée à un autre facteur : le mécontentement contre le pouvoir en place ne se traduit pas automatiquement par un vote pour le parti démocrate, confronté lui aussi à des difficultés. « Il n’a pas de programme, en dehors de s’opposer à Donald Trump. Ou alors ce sont des idées portées à la gauche du parti et complètement en rupture avec l’opinion »
, analyse Lauric Henneton. Reste que si les démocrates remportent bien la majorité à la Chambre, a minima, ils pourraient représenter une vraie épine dans le pied pour Donald Trump.
Sur le plan législatif, leur capacité de nuisance serait limitée : ils pourront certes proposer des textes, mais le président américain peut y opposer un droit de veto, impossible à lever sans une majorité des deux tiers au Congrès. Il faudrait alors plutôt compter sur des accords bipartisans, mais rien ne dit que les républicains seraient prêts à collaborer. L’enjeu principal n’est pas là : les démocrates pourraient surtout mettre en œuvre une autre grande prérogative de cette assemblée législative, la surveillance de l’exécutif.
Une procédure en destitution a peu de chances d’aboutir, puisque deux tentatives avaient échoué (nouvelle fenêtre) lors du premier mandat du milliardaire républicain. Mais sans aller jusque-là, les démocrates pourront diligenter des enquêtes sur des responsables de l’administration et leur faire « de la très mauvaise publicité »
, note Lauric Henneton. Après les élections de mi-mandat de 2018, « la majorité démocrate à la Chambre avait empoisonné la vie de Donald Trump pendant deux ans »
, rembobine le professeur.
La présidentielle de 2028 déjà en ligne de mire ?
Le locataire de la Maison Blanche ne veut donc pas revivre le même scénario (nouvelle fenêtre). « Il montre clairement des signes de fébrilité : il pense, à tort ou à raison, qu’il va falloir supporter des attaques incessantes des démocrates »
, appuie l’expert. D’autant que ses adversaires pourraient bien se pencher sur des questions de corruption, « qui a atteint un
niveau inimaginable aux États-Unis
(nouvelle fenêtre)«
, complète Olivier Richomme. « Ce qui l’intéresse surtout, c’est lui, sa famille et les milliards de dollars qu’ils ont accumulés… »
Pourtant, malgré cette carte de taille dans leur jeu, « les démocrates ne pourront que freiner les républicains et limiter la casse, ce n’est pas du tout une révolution »
, nuance le professeur. En réalité, tous les regards se portent déjà sur le coup d’après : la présidentielle de 2028. Ces enquêtes pourraient être d’ailleurs l’occasion de fragiliser le successeur potentiel de Donald Trump, JD Vance. Mais ce pari peut aussi être risqué. « Les démocrates ne peuvent pas se permettre de cogner l’administration en permanence, sinon les électeurs vont se demander : et pour nous, que faites-vous ? »
, résume Lauric Henneton.
Chaque camp devra donc jouer une partition délicate dans les semaines et mois à venir. Mais pour cela, encore faut-il que le cadre démocratique du scrutin soit respecté. La Cour suprême a infligé un échec cuisant à Donald Trump, qui avait tenté d’encadrer plus sévèrement le vote par correspondance. Ce qui ne devrait pas décourager lui et ses soutiens d’intenter des recours au cas par cas, dans certains États. Les chances de succès seraient toutefois limitées. « Autant ils peuvent faire preuve de créativité dans leurs initiatives, autant parvenir vraiment à invalider une élection… Je suis plus dubitatif »
, avance Lauric Henneton. Malgré tout, d’ici l’investiture du nouveau Congrès le 3 janvier, « on pourrait bien assister à un hiver… un peu chaud »
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