- Le maire de Saint-Gervais a pris un arrêté, mardi, pour fermer les refuges de Tête Rousse et du Goûter.
- En cause : d’importantes chutes de pierre ces derniers jours qui rendent la voie normale trop dangereuse.
- Car le massif du Mont-Blanc est, lui aussi, frappé de plein fouet par les canicules et la sécheresse.
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Les images de ces derniers jours sont impressionnantes : des blocs de pierre qui chutent par dizaines dans celui qui est parfois surnommé le « couloir de la mort ». En ce mois d’août, le mont Blanc n’est pas épargné par la canicule et la sécheresse. Au point que, depuis une dizaine de jours, les guides de Chamonix et de Saint-Gervais n’emmènent plus leurs clients sur le plus haut sommet d’Europe occidentale.
La situation est telle que, face aux risques, le maire de Saint-Gervais, Jean-Marc Peillex, a décidé de fermer par arrêté les refuges de Tête Rousse et du Goûter. « Les différents épisodes de canicule viennent de se traduire, pour l’ascension de l’aiguille du Goûter et plus particulièrement pour la traversée du couloir, par d’importantes chutes de pierres »,
indique-t-il dans un communiqué (nouvelle fenêtre).
Un coup d’arrêt à l’ascension du mont Blanc sur la voie la plus empruntée par les guides, alors que sur les autres, plus difficiles, le refuge Gonella sur le parcours italien est fermé depuis le 24 juillet en raison de la formation d’importantes crevasses sur le glacier du Dôme, tout comme la voie via Chamonix, impossible à parcourir en raison d’une importante crevasse sur le mont Blanc du Tacul.
Ce ne sont pas quelques pierres qui tombent, ce sont des blocs énormes, qui se fracturent au fur et à mesure de la descente et qui inondent littéralement l’ensemble du couloir
Ce ne sont pas quelques pierres qui tombent, ce sont des blocs énormes, qui se fracturent au fur et à mesure de la descente et qui inondent littéralement l’ensemble du couloir
Ludovic Ravanel, géomorphologue au CNRS
« Cela fait de toute façon une dizaine de jours que l’on ne va plus au mont Blanc par la voie normale,
détaille le guide de haute montagne Olivier Begain. Les conditions ont évolué très vite avec la sécheresse, et il y a des endroits où on ne peut plus aller en raison des chutes de pierre ».
Car les milieux de montagne sont, eux aussi, particulièrement fragilisés par cet été 2026 hors norme.
« Le couloir du Goûter est de plus en plus impacté
par la crise climatique
, de plus en plus dangereux
, explique le géomorphologue au CNRS et membre de la compagnie des guides de Chamonix, Ludovic Ravanel. Le couloir est composé de roche très fracturée. En début de saison d’été, il y a généralement encore de la neige dans le couloir qui maintient ces pierres. Avec la fonte de cette couverture neigeuse, cela provoque généralement des petites chutes de pierre assez fréquentes. Mais avec le manque de couverture neigeuse cette année,
cela fragilise le permafrost
(nouvelle fenêtre)« .
Résultat, des chutes de pierre qui ne sont pas nécessairement plus fréquentes mais avec des volumes plus importants : « Ce ne sont pas quelques pierres qui tombent, ce sont des blocs énormes, qui se fracturent au fur et à mesure de la descente et qui inondent littéralement l’ensemble du couloir »
, détaille Ludovic Ravanel. En juillet, deux alpinistes tchèques ont ainsi perdu la vie après une chute de pierre dans le couloir du Goûter.
Et la situation empire de saison en saison. « Cette année
la fonte des glaciers a démarré plus tôt
, mais c’est quelque chose qu’on observe depuis un moment »,
pointe Ludovic Ravanel, qui qualifie 2026 de « nouveau coup d’accélérateur ».
« En 2003, on a eu une première canicule qui a entraîné une prise de conscience des alpinistes et des scientifiques. Puis nous avons eu 2015, 2022 et 2026, qui est le quatrième coup d’accélérateur de la crise. On sait déjà que c’est le pire été pour les glaciers d’une série d’étés caniculaires dramatiques »,
pointe le géomorphologue, choqué cette année par « l’état des faces nord, avec des faces rocheuses normalement recouvertes de glace qui cette année sont quasiment complètement sèches ».
Une perte importante pour des écosystèmes fragiles, certains de ces « tabliers, véritables ciments pour la roche »,
recelant des glaces parmi les plus anciennes des Alpes « qui sont en train de disparaître ».
Un mot d’ordre : s’adapter
Une situation qui bouscule la vie dans les zones de montagne, et notamment à Chamonix et Saint-Gervais, véritables temples de l’alpinisme dans les Alpes. « Même si on avait deux ou trois hivers très très enneigés et des étés frais –
que l’on n’a plus dans le contexte de la crise climatique
(nouvelle fenêtre) –, il faudrait plus d’une dizaine d’années pour restaurer ces écosystèmes »
, pointe Ludovic Ravanel.
Pour les professionnels de la montagne, il faut alors s’adapter (nouvelle fenêtre). « Tout n’est pas foutu, on est mobiles, on s’adapte, c’est notre boulot de guide de s’adapter »,
lance ainsi Olivier Begain, qui pointe qu’il existe, dans les Alpes, « plein de courses où on peut aller, où on s’engage »
en dehors du mont Blanc.
La question de la saisonnalité de certaines ascensions est également largement évoquée ces dernières années face aux étés trop chauds. « Peut-être que les voies que l’on fait traditionnellement au cœur de l’été ne se feront plus mais pourront se faire en automne, au printemps, en hiver. Il va falloir que les amoureux de la montagne acceptent, aussi, de changer leur calendrier et de venir en avril ou en mai pour faire de l’alpinisme »,
pointe Ludovic Ravanel.
Avec l’importance que « cela suive dans les vallées »,
souligne Olivier Begain, qui rappelle qu’aujourd’hui, en dehors de la période estivale, des refuges, des hôtels ou des moyens de transport ne fonctionnent pas. « Il faudra que les mœurs évoluent et qu’on mette de la souplesse dans notre fonctionnement »
, assure le guide.

