• À l’occasion de la Semaine mondiale de l’allergie (21-27 juin), les allergologues alertent sur une augmentation des cas.
  • Cette année, de nombreux adultes ont découvert des symptômes allergiques alors qu’ils n’en avaient jamais souffert auparavant.
  • Comment expliquer cette situation ? On a posé la question à la présidente du Syndicat français des allergologues.

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Allergies aux pollens : la France en alerte

C’est une épidémie silencieuse, longtemps reléguée au rang de maux bénins. Et pourtant, les maladies allergiques ne sont pas de simples inconforts : ce sont de véritables pathologies qui ont des répercussions importantes sur la santé. Et qui entraînent de plus en plus des réactions sévères nécessitant une prise en charge immédiate. À titre d’exemple, 85% des cas d’asthme chez les enfants sont aujourd’hui d’origine allergique. 

À l’occasion de la Semaine mondiale de l’allergie (21-27 juin), l’Association Allergie France tire la sonnette d’alarme face notamment à une augmentation des cas. Pour le Dr Séverine Fernandez, allergologue à La Ciotat et présidente du Syndicat français des allergologues (Syfal), les allergies aux pollens – comme l’ensemble des allergies – ne doivent plus être minimisées par les pouvoirs publics. Elle fait le point pour TF1info.

On a des plantes de plus en plus stressées et davantage sujettes à polliniser de plus en plus tôt et de plus en plus fort

Dr Séverine Fernandez, allergologue à La Ciotat

Comment expliquer la recrudescence des allergies respiratoires, particulièrement marquées ces derniers jours en Île-de-France en raison des pics de pollens ?

Actuellement, les pollens de graminées sont plus forts que l’année dernière, tout simplement parce qu’on a une saison avec pas mal d’alternance de pluie, de soleil, ce qui fait qu’elles se développent beaucoup plus. Chaque saison, on voit le nombre de nos patients grossir. Le principal facteur est environnemental. On ne peut plus remettre en question les changements climatiques. Résultat, on a des plantes qui sont de plus en plus stressées et qui sont du coup davantage sujettes à polliniser de plus en plus tôt et de plus en plus fort. Parce qu’en fait, leur moyen de survie, c’est de se reproduire. Mais ce phénomène, on l’observe vraiment depuis plusieurs années. 

Sauf qu’on est toujours dans cette sensation de se dire : « Ça va, ce n’est qu’un rhume ». Et on n’a pas la conscience des conséquences de ce rhume. On a en effet beaucoup d’études qui montrent que s’il y a une aggravation – qu’on ne ressent pas forcément toujours, comme toute maladie chronique – cela peut entraîner des troubles du sommeil, donc on dort moins bien, de l’apnée du sommeil chez les enfants, des retentissements sur l’échec scolaire parce qu’on est fatigué, on est moins concentré. On peut aussi voir de l’asthme arriver.

Près d’un Français sur trois est concerné par une allergie, soit près de 23 millions de personnes

Dr Séverine Fernandez, allergologue à La Ciotat

Pourquoi de plus en plus de patients développent une allergie à l’âge adulte ?

Il n’y a pas d’âge pour devenir allergique, puisque l’allergie, c’est le développement d’anticorps contre des protéines de notre environnement. En fait, il faut qu’il y ait une surstimulation des défenses de votre organisme qui se sentent agressées et qui se mettent à vouloir tout simplement se protéger. Et comme on l’a dit, avec des pollens plus importants et plus agressifs, avec des polluants extérieurs, comme les pesticides, qui provoquent une inflammation chronique au niveau du corps, avec notre mode de vie aussi, on a de plus en plus tendance à développer ces anticorps spontanément. J’ai des patients qui sont devenus allergiques à plus de 60 ans. Et cela ne va faire que s’aggraver. Aujourd’hui, près d’un Français sur trois est concerné par une allergie, soit près de 23 millions de personnes, et on estime que d’ici 2050, une personne sur deux dans le monde souffrira d’allergies. 

Selon vous, les allergies doivent donc être traitées comme un enjeu de santé publique. Elles ne sont pas considérées comme telles ?

Les pouvoirs publics ne prennent pas réellement conscience des enjeux sanitaires liés aux allergies. Elles représentent pourtant la quatrième maladie chronique au monde. Or, la prise en charge de ces malades dépend de seulement 500 allergologues. Pour me consulter, il y a six mois d’attente en moyenne. Il faut donc revoir la place des allergologues dans le système médical.

Par ailleurs, on parle des allergies au printemps parce que c’est un moment où elles culminent avec les pollens. Mais les allergies sont présentes toute l’année. Il faut donc arrêter de les minimiser parce qu’il y a des conséquences sur le long terme, comme toute maladie chronique. Cela passe par davantage de prévention. Comme on sait que l’allergie est une maladie de notre environnement, on peut agir dessus. Pour le pollen, on peut travailler par exemple sur des plans de végétalisation en ville en formant mieux et en informant les paysagistes sur ce qu’il faut planter. On doit aussi mieux décrypter les avertissements des réseaux polliniques pour voir les évolutions et alerter. Prenons l’ambroisie, il y a des plans d’action aujourd’hui, mais ça faisait déjà vingt-cinq ans que les allergologues tiraient la sonnette d’alarme.

Côté alimentation, il faut aussi que la France applique mieux la réglementation européenne INCO qui liste les allergènes à déclaration obligatoire. Et surtout il faut la faire évoluer, car on voit d’autres allergènes arriver, comme le lait de chèvre, les légumineuses. Je pense qu’il y a une prise en charge sociétale, donc politique à mettre en place. 

Virginie FAUROUX

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