• Depuis plus de dix ans, Lynda Fekiri accompagne les familles de personnes autistes.
  • Elle défend leurs droits et développe des solutions concrètes pour les personnes en situation de handicap.
  • Elle évoque pour TF1info son rôle d’aidante aux côtés de sa fille et son engagement de terrain de tous les instants.

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Avec Elles

Mélanger des enfants présentant des troubles du neurodéveloppement et d’autres sans handicap pour pratiquer du sport, participer à des événements culturels ou favoriser les interactions sociales : voici l’immense défi de l’association All Inclusive, fondée en 2018, implantée à Saint-Denis et présente à travers plusieurs antennes en Île-de-France. Lynda Fekiri, elle-même maman d’une fille de 20 ans présentant un trouble autistique, a fondé l’association pour aider les familles isolées et en difficulté : « Nous avons construit un réseau d’entraide entre parents. On se confie nos problèmes, on cherche des solutions, rit et on pleure ensemble. »

Tous les ans, à Saint-Denis, elle organise un gala sportif : « Une vingtaine d’associations présentent des ateliers pour favoriser l’inclusion des personnes en situation de handicap. Nous avons élaboré un modèle de guidance à destination des enfants : un camarade valide le prend en charge, avec la surveillance d’un adulte, pour que le professeur de sport puisse continuer son cours sans être monopolisé« , décrit Lynda Fekiri. À l’instar de beaucoup d’autres militantes, elle regrette le manque de moyens pour prendre en charge les personnes en situation de handicap. Cette mère célibataire de trois enfants se bat pour l’inclusion de sa fille et des autres enfants présentant un trouble autistique : « Nous nous sommes rendu compte que nous avions énormément de retard et qu’il y avait de la maltraitance dans les institutions. S’ils contractent une maladie infectieuse, les médecins rétorquent qu’il faut des solutions psychiatriques. Or ce sont des humains qui éprouvent des douleurs et qu’il faut soigner comme les autres.« 

En 2021, la militante fait une grève de la faim. Elle alerte sur les difficultés des parents d’enfants en situation de handicap pour travailler. Aujourd’hui sans emploi, elle regrette un manque de soutien de ses anciennes hiérarchies : « Ma fille a souvent des rendez-vous. J’arrivais parfois en retard et je pouvais partir précipitamment. Comme beaucoup de mères, je ne pouvais pas effectuer d’heures supplémentaires, ce qui ne plaisait pas toujours. » Désormais aidante à temps plein, elle réclame un statut mieux reconnu pour ces millions de personnes : « Nous effectuons un travail à plein temps et nous nous substituons au rôle de l’État sur la prise en charge d’enfants, adultes ou parents coincés à domicile. Nous les épaulons, nourrissons et soignons. Ce n’est pas normal que je sois l’équivalent de ce que la société n’a pas su faire pour ma fille. Je n’ai plus de temps pour moi et je me sens isolée. »

Ambassadrice de la Solidarité

Fin mai, la militante a reçu le trophée national de la solidarité, remis par le collectif des Engagés : « C’est un honneur et une reconnaissance pour toutes les personnes qui m’accompagnent sur ce projet. » À travers son combat pour sa fille, Lynda Fekiri se livre peu à peu. Elle raconte avoir compris sur le tard qu’elle avait également un trouble du neurodéveloppement : « J’ai un trouble de l’attention et une hyperactivité. Je connais désormais les schémas qui m’empêchent de maintenir en emploi : grande susceptibilité, impulsivité, fatigabilité et empathie. Ces troubles sensoriels nécessitent des besoins d’adaptation et mes postes étaient forcément inadaptés. »

À côté de son association, la militante s’engage dans sa ville : « Je participe à la commission accessibilité de Saint-Denis. Je veux toucher le plus de délégations possibles pour parler à tout le monde. » Malgré plusieurs sollicitations, elle affirme qu’elle n’a pas d’ambition politique. Elle donne beaucoup de crédit au pouvoir des bénévoles : « Je me dis que nous sommes les maillons d’une chaîne apolitique aussi importante que des élus. » Elle reconnaît que les personnes présentant un trouble du neurodéveloppement restent inaudibles ou trop « intégristes sur le validisme« . Elle estime que dans ces conditions, il devient difficile de les défendre : « Je comprends la position de tout le monde. Certaines familles affirment que leur enfant a sa place en IME, d’autres préfèrent l’insertion. Tout dépend des besoins, il faut créer des solutions pour tous.« 

Reconnaissance des personnes déficientes mentales comme vulnérables, insertion en milieu ordinaire, création d’une alerte enlèvement… La militante se sent en mission : « Je ne me priorise jamais. Je m’efface mais je n’en souffre pas aujourd’hui. Je n’ai pas de mec et je ne fais plus de sport mais je suis heureuse que ma fille soit sur ces deux jambes tous les matins. »

Geoffrey LOPES

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