• Thélyson Orélien, romancier de la rentrée littéraire, est soupçonné d’avoir eu recours à une intelligence artificielle pour écrire son livre, ce qu’il réfute catégoriquement.
  • À l’inverse, certains artistes revendiquent pleinement l’utilisation de ces outils numériques et les intègrent à leur processus de création.
  • Du roman à la poésie, en passant par la musique et la peinture, tour d’horizon de ces nouvelles pratiques artistiques.

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Depuis le 21 septembre, le romancier Thélyson Orélien fait face à des accusations. Le jour où il recevait le prix du roman Fnac, un compte anonyme sur X a affirmé que le Canado-Haïtien avait rédigé son ouvrage C’était ça ou mourir, en lice pour le Goncourt, avec l’aide d’une intelligence artificielle. L’auteur a rapidement démenti, soutenu dans la foulée par ses éditeurs. Le président de l’Académie Goncourt, quant à lui, a appelé à la prudence face aux conclusions des logiciels de détection.

Désormais à la portée de tous, les IA génératives ne cessent de progresser, capables de produire textes, images ou voix avec une efficacité remarquable. Au point de susciter l’intérêt de certains artistes, qui les voient comme de nouveaux alliés dans la création. À la différence du cas Orélien, ils revendiquent un usage de l’IA, allant parfois jusqu’à l’intégrer au cœur de leur travail. 

Une écriture à quatre mains avec la machine

En janvier 2024, la Japonaise Rie Kudan a reçu le prestigieux prix Akutagawa, une récompense littéraire qui célèbre les écrivains émergents de l’archipel. Devant la presse, l’autrice a indiqué (nouvelle fenêtre) qu’environ 5% de son roman, « Tokyo Sympathy Tower », reprenaient mot pour mot des phrases produites par ChatGPT. Il s’agit des réponses de l’IA aux questions de l’héroïne. La romancière nippone avait consulté l’outil dans une période de doute, avant d’en percevoir les limites. Elle a voulu mettre en récit (nouvelle fenêtre) « le malaise » ressenti lors de ces échanges. Le jury n’y a pas vu de problème, a précisé l’un de ses membres, l’écrivain Keiichiro Hirano.

L’Américaine Sasha Stiles, elle, est allée plus loin. Depuis 2018, cette poétesse écrit avec Technelegy, une IA qu’elle a entraînée sur ses propres textes. Paru en 2021, son recueil du même nom mêle des poèmes rédigés de sa main et d’autres composés par la machine. Cette initiative a suscité l’intérêt du MoMA : de septembre 2025 à mars 2026, le musée new-yorkais a diffusé (nouvelle fenêtre) sur un écran de son hall « A Living Poem », un texte qui s’écrivait en direct sous les yeux des visiteurs. Produit par Technelegy à partir des poèmes de l’autrice et de textes d’œuvres du musée, le poème se renouvelait toutes les heures. Sasha Stiles a présenté l’installation comme « un espace pour reprendre son souffle et vivre au rythme de la poésie ».

En musique, l’Américaine Holly Herndon et son mari – l’artiste britannique Mat Dryhurst – ont créé en 2021 Holly+ (nouvelle fenêtre), un double de la voix de la chanteuse fabriqué par IA et utilisable par tous. « Les imitations de voix par IA sont là pour durer », a-t-elle assuré lors du lancement, plaidant pour un équilibre entre protection des artistes et expérimentation. Le couple a ensuite fait enregistrer quinze chorales britanniques pour apprendre à une IA à chanter comme un chœur. 

Le résultat a été présenté (nouvelle fenêtre) à la Serpentine, un centre d’art contemporain de renom situé à Londres. La chanteuse canadienne Grimes n’est pas en reste. En 2023, elle a lancé son logiciel Elf.Tech, entraîné (nouvelle fenêtre) grâce à sa voix et permettant à chacun de chanter avec son timbre. À une seule condition : lui reverser la moitié des revenus en cas de sortie commerciale.

Des pinceaux robotisés aux images générées

Les arts visuels n’ont pas attendu ChatGPT pour rompre avec les codes traditionnels de la création. Dès la fin des années 1960, l’artiste Harold Cohen avait conçu son propre programme de dessin, dénommé AARON. En 2018, le collectif français Obvious a quant à lui signé (nouvelle fenêtre) la première vente aux enchères chez Christie’s d’une œuvre réalisée par IA. Son « Portrait d’Edmond de Belamy », obtenu en faisant analyser 15.000 portraits anciens par un programme, s’est vendu 432.500 dollars, un montant 45 fois supérieur à son estimation. Pour Hugo Caselles-Dupré, l’un de ses membres, « l’art n’est pas défini (nouvelle fenêtre) par la technique », mais avant tout par la volonté d’exprimer un message. 

Installée entre Londres et New York, la plasticienne sino-canadienne Sougwen Chung peint avec des bras robotisés de sa conception (nouvelle fenêtre). L’un d’eux est piloté par une IA, qu’elle a entraînée avec ses propres dessins, accumulés pendant vingt ans. Grâce à ces archives, le programme s’est imprégné de son style. Sur la toile, un dialogue s’instaure : l’artiste trace un trait, la machine en ajoute un autre, à sa manière. D’autres bras fonctionnent différemment : ils peignent au rythme de son activité cérébrale, mesurée par un casque qu’elle porte pendant ses performances. « Les robots ne font pas souvent ce qu’on leur dit », aime-t-elle répéter (nouvelle fenêtre). En près de dix ans, cette pratique lui a appris à accepter de ne pas tout maîtriser et à voir le résultat comme un prolongement d’elle-même.

Parmi les artistes qui ont recours à l’IA, on peut également citer le Turco-Américain Refik Anadol. Sa spécialité ? Transformer d’immenses quantités de données en installations de lumière et de son. Pour son œuvre « Unsupervised (nouvelle fenêtre)« , il a fait analyser par une IA plus de 200 ans d’œuvres de la collection du MoMA. Sur un mur d’écrans, le programme en a tiré des formes et des couleurs en mouvement permanent. En 2023, cette création est entrée dans la collection permanente du musée new-yorkais.

Chez certains artistes, le recours à l’IA prend une dimension militante. En 2023, le photographe allemand Boris Eldagsen a remporté une catégorie du Sony World Photography Award avec une image en noir et blanc représentant deux femmes. Elle avait été générée par le logiciel DALL-E 2. Il a refusé le prix, expliquant avoir voulu vérifier si les concours photo étaient prêts à recevoir des images créées par IA. Boris Eldagsen a appelé à organiser des compétitions séparées et suggéré aux organisateurs de reverser sa récompense au festival ukrainien de photographie d’Odessa.

TD

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