- Les ventes de lunettes connectées, avec leurs caméras et leur dispositif d’enregistrement audio, ont augmenté de 250% l’an dernier.
- Pourtant, celles-ci peuvent faire des victimes : des personnes filmées à leur insu avant d’être publiées sur les réseaux sociaux.
- TF1 a enquêté sur cette technologie qui inquiète autant qu’elle fascine.
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Le 20H
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Le pouvoir de filmer en secret. Aujourd’hui, tout le monde peut acheter des lunettes avec caméra intégrée qui permettent de filmer et d’enregistrer sans être repéré. L’an dernier, les ventes ont bondi de 250%. Certains considèrent qu’elles sont un danger pour la vie privée.
Comme le montre le reportage en tête de cet article, les lunettes connectées peuvent filmer et enregistrer dans la rue des dizaines de personnes sans qu’elles s’en aperçoivent. Une maquilleuse en a fait l’amère expérience. Il y a quelques mois, trois hommes l’accostent dans la rue. Lunettes connectées sur le nez, l’un d’entre eux la filme, tandis qu’un autre mime des gestes obscènes pour la faire réagir.
Une semaine plus tard, la vidéo est mise en ligne sur un réseau social. « Sur le moment, je n’avais pas du tout tilté qu’il y avait des lunettes qui filment. Et en fait, je me découvre en train de m’énerver avec un montage bien coupé, de sorte à ce qu’on ne voie pas que l’un des hommes faisait des gestes obscènes et que je passe vraiment pour quelqu’un qui s’énerve pour rien
« , raconte Mathilde Blaizac, encore traumatisée.
Trafiquer les lunettes
Contacté par la jeune femme, l’auteur finit par supprimer sa vidéo. « Je me sens vraiment humiliée, trahie. Maintenant, dès que je vois un homme qui porte des lunettes, je regarde tout de suite quel modèle c’est. Et si c’est un modèle qui m’est familier, je ne m’approche pas de cet homme-là
« , affirme la victime de harcèlement.
À première vue, les lunettes ressemblent à n’importe quelle autre paire. À quelques détails près : il y a deux petites caméras de part et d’autre et une lumière LED qui s’allume pendant l’enregistrement vidéo. Pourtant, les passants rencontrés par les journalistes de TF1 ne réalisent pas être filmés par des lunettes jusqu’à ce qu’on leur explique. « Ça me fait un peu peur, en vrai. Surtout que là, on voit la lumière s’allumer. On ne sait pas ce que vous faites avec les images
« , avoue une dame.
Si la petite LED des lunettes prévient qu’un enregistrement est en cours, certaines personnes ont bien compris comment retirer ce signal. En deux, trois coups de tournevis et avec un peu de colle, le dispositif est neutralisé. En ligne, de nombreux tutoriels vidéo détaillent la marche à suivre.
Utile pour certains handicaps
Aussi utilisées pour capturer un paysage ou encore filmer ses séances de sport, ces lunettes connectées comptent de plus en plus d’adeptes. Rien que chez cet opticien parisien, 70 paires sont vendues chaque mois. Mais peut-on contrôler qui les achète ? « On n’est pas en capacité de le faire et suivant le profil des personnes, on sait plus ou moins ce qu’elles veulent en faire. Aujourd’hui, on ne peut pas contrôler ce que font les gens
« , explique Benjamin Ayache, propriétaire de la boutique.
Ce dispositif vendu à partir de 300 euros voit tout et entend tout, ce qui s’avère utile pour certains handicaps. L’environnement peut être décrit et les conversations retranscrites en temps réel directement sur les verres des lunettes. « Le mieux, c’est l’histoire des personnes malvoyantes ou des personnes malentendantes où là, on a des solutions. La réaction qu’ils ont… ils ont l’impression de revivre et d’avoir quelque chose d’incroyable
« , affirme l’opticien.
Passible d’un an de prison
Si ce dispositif fascine certains amateurs de technologie, elle en inquiète d’autres, comme le gendarme des données personnelles. « La difficulté, c’est dans les espaces privés, où on va peut-être s’attendre à un degré d’intimité un petit peu plus fort, y compris dans des endroits où on s’attend clairement à ne pas être filmé ou pris en photo, par exemple les vestiaires, les cabinets médicaux, les toilettes. Là, ça pose beaucoup de questions d’un point de vue éthique, sociétal et juridique
« , détaille Margaux Schaeffer, juriste à la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL).
Diffuser l’image d’une personne captée sans son consentement dans un espace privé est passible d’un an de prison et de 45.000 euros d’amende.
L.F | Reportage TF1 : Emmanuelle BINET, Héloïse GREGOIRE, Marine DULUARD

