• Le dérèglement climatique s’accélère et engendre de plus en plus de catastrophes partout dans le monde. Montagnes, rivières, océans souffrent et impactent notre santé.
  • Cette semaine, dans « Impact Positif », Sylvia Amicone reçoit Thomas Breuzard, directeur permaentreprise de Norfys.
  • L’entreprise a incorporé la nature dans son conseil d’administration et lui accorde un droit de veto.

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Impact positif

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Dans les mers, la surpêche (nouvelle fenêtre) décime les poissons et les activités industrielles asphyxient la flore. Les éboulements de chaînes de montagne se multiplient et détruisent les habitats sauvages. Dans les rivières, le déversement de nos eaux usées, des déchets industriels ou des matières polluantes brunissent les eaux devenues nocives pour le vivant. Ces constats n’inquiètent pas le monde de l’entreprise. L’immense majorité continue à privilégier le business sur la protection de la nature. La Banque centrale européenne (nouvelle fenêtre) affirme pourtant que 72% des entreprises européennes reposent sur des écosystèmes fragilisés.

L’entreprise informatique Norfys prend ce problème à bras le corps. Depuis plus d’un an, elle a fait entrer la nature dans son conseil d’administration. Son directeur permaentreprise Thomas Breuzard détaille sa démarche dans le podcast de celles et ceux qui ont un impact positif sur la société et sur le monde, à écouter ci-dessus. L’émission est diffusée tous les samedis après-midi sur LCI, canal 15 de la TNT. (nouvelle fenêtre) « Nous dépendons de la vitalité des écosystèmes. Nous participons à dégrader le vivant en utilisant des terres rares (nouvelle fenêtre). Les datacenters, gourmands en eau et en énergie, vont provoquer des conflits d’usage dans quelques années », s’inquiète le dirigeant. L’entreprise déploie la technologie en considérant le gain de temps et l’impact environnemental. « Si nous ne préservons pas la nature nous ne pourrons plus faire de business. Mais il reste très difficile d’appréhender les conséquences de notre métier sur la biodiversité. »

Pour l’aider, l’entreprise invite un représentant de la nature à son conseil d’administration. « Il s’agit d’une personne externe, Franz Gault, un sociologue qui travaille sur la représentation de la nature dans le monde du travail. Cette personne morale détient le mandat de la protection des écosystèmes », décrit le dirigeant de Norfys. L’entreprise va plus loin en lui conférant un droit de veto : « Il peut bloquer des décisions sur des sujets pouvant amener à des dégradations environnementales très importantes. » L’entreprise a également mis en place un Haut conseil sur la nature pour prendre des décisions à long terme : « Nous réunissons une personne qui travaille au sein du GIEC, une militante de la tech et du climat et six autres parties prenantes de la nature qui nous offrent des expertises qu’ils apportent à Franz Gault au conseil d’administration », se réjouit Thomas Breuzard. Pour lui, la logique de représentation et d’influence peut fonctionner partout pour se projeter dans le temps.

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Renoncer à des opportunités

Désormais, la nature influence l’agenda et les débats au conseil d’administration. L’entreprise a également créé un CSEN (Comité Social, Économique et Nature) avec de nouveaux accords prenant en compte les neuf limites planétaires. « Nous avons des échanges plus équilibrés sur l’intelligence artificielle, les achats ou les choix stratégiques. Ce mécanisme nous permet de nous interroger sur la compatibilité de nos décisions avec la nature et le social. Aujourd’hui, notre système épuise les écosystèmes et les humains. Notre entreprise doit en prendre soin », assure Thomas Breuzard. Le dirigeant reconnaît que cette structure impose au board de renoncer à des opportunités : « Des personnes nous appellent pour nous proposer un marché sans concurrence. Désormais nous refusons systématiquement. » Depuis, l’entreprise de plus de 700 salariés enregistre trois fois moins de turnover et émet trois fois moins de gaz à effet de serre.

Thomas Breuzard endosse également le rôle de responsable permaentreprise. Il s’agit de s’inspirer de la permaculture qui régénère les sols pour « préserver les ressources, jouer sur les interactions et appliquer ce modèle à l’entreprise. Nous devons faire converger RSE et business. Le découplage n’existe pas. » Il affiche son ambition : « Faire de l’entreprise un levier de transformation systémique. Pour que l’économie cesse de nuire et devienne une alliée du vivant. »

Geoffrey LOPES, Sylvia AMICONE

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