• Une prison française sur cinq était bloquée ce lundi.
  • Le personnel pénitentiaire veut dénoncer la surpopulation carcérale, avec de plus en plus de matelas au sol en cellule, et les sous-effectifs de surveillants.
  • Selon les syndicats, 5000 postes sont non pourvus.

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Le 13H

Aucune entrée, aucune sortie. A Marseille, comme dans une quarantaine d’autres prisons du pays, des surveillants ont bloqué ce lundi tout accès, toute visite au parloir, avec le même mot d’ordre : trop de détenus, pas assez de personnel pénitentiaire. Sur les images en tête de cet article récupérées auprès d’un militant associatif, un détenu décrit son quotidien. « Les surveillants sont en sous effectif, on reste limite 48h en cellule, parce qu’il n’y pas de surveillant », explique-t-il.

A l’extérieur, les surveillants dénoncent une situation devenue ingérable. « Il nous manque le temps humain de s’occuper de manière adaptée, ce qui génère des tensions supplémentaires, des agressions verbales et physiques donc ça rend une situation explosive », observe Kamel Belghanem, chef représentant du syndicat Ufap Unsa Justice au sein du centre pénitentiaire des Baumettes à Marseille. Devant les grilles, certains confiaient lundi songer à jeter l’éponge. « Avec ces conditions, ça devient compliqué de faire son travail. Du coup, c’est vrai que partir dans une autre fonction publique devient intéressant », estime Sophie surveillantes au sein du centre pénitentiaire des Baumettes;

« La plupart des cellules sont triplées, voire quadruplées »

En principe, un surveillant peut s’occuper de 80 détenus. Face au manque de personnel, ce chiffre peut être plus que doublé. Selon un surveillant qui témoigne de façon anonyme, chaque jour, il manque 30 à 40 surveillants. Il décrit un mal-être au travail. « Au premier étage, votre collègue est absent donc un surveillant qui avait 80 détenus va se retrouver avec 180 détenus qu’il doit gérer seul, quand vous avez deux étages, vous devez être plus vigilant et si vous avez une perte de vigilance, ne serait-ce que quelques instants, ça peut générer un incident grave », souligne ce dernier.

« Vous allez avoir des étages où ça sera un surveillant qui aura deux ailes. Donc vous imaginez, c’est 60-70, en règle générale, sur une longueur d’aile. Mais si vous allez à Fresnes, c’est 143 par aile », abonde Rodrigue Lamon, surveillant au sein du centre pénitentiaire de Paris La Santé.

A titre de repère, les prisons françaises accueillent aujourd’hui près de 87 000 détenus, pour seulement 63 000 places, soit 137% de taux d’occupation, avec en face des effectifs jugés largement insuffisants. Pour les syndicats, il manquerait environ 4 000 surveillants pénitentiaires pour être efficaces. « La plupart des cellules sont triplées, voire quadruplées, ce qui fait qu’il y a des matelas au sol. Ce sont des personnes qui sont dans des cellules de 9 m², donc ça crée des tensions et ça se répercute sur les personnels de surveillance », résume Didier au sein du centre pénitentiaire de Paris La Santé. Aux Baumettes où le taux d’occupation atteint les 155%, ce sont même deux nouveaux quartiers, soit près de 300 places qui ne peuvent pas être occupées par manque de personnel. 

Le ministère de la Justice promet le recrutement cette année d’un millier d’agents supplémentaires dans tout le pays, avec des salaires revalorisés ces dernières années. 1990 euros net environ en début de carrière, et jusqu’à un peu plus de 3000 pour un major avant la retraite. Des recrutements d’autant plus nécessaires que le gouvernement compte augmenter le nombre de cellules. 3000 places de prison modulaire devraient voir le jour d’ici la fin de l’année.

La rédaction de TF1info | Reportage Sonia BOUJAMAA, Maroine JITT et Karène GRINJET

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