- En salles ce mercredi, « Backrooms » est l’œuvre de Kane Parsons, un youtubeur prodige de 20 ans.
- De l’autre côté d’une porte cachée, le propriétaire d’un magasin de meubles découvre un dédale aussi mystérieux qu’angoissant.
- Verdict ? Un film d’horreur psychologique malin qui stimule l’imagination du spectateur et le confronte à ses propres peurs.
Si vous avez un ado à la maison, il est fort probable qu’il ait déjà réservé son billet pour Backrooms
, le premier film du youtubeur californien Kane Parsons, alias Ken Pixels, en salles en France ce mercredi. À 20 ans, il est devenu fin mai le plus jeune réalisateur n°1 de l’histoire du box-office américain avec cette adaptation de la websérie qu’il a créée alors qu’il sortait à peine de l’adolescence. Avec déjà plus de 200 millions de dollars de recettes dans le monde, alors qu’il n’en a coûté que 10, Backrooms
est également le plus grand succès de tous les temps pour A24, le studio indépendant auquel on doit des blockbusters déjantés comme Everything Everywhere All at Once
, Marty Supreme
ou encore The Drama
.
C’est quoi le pitch ? Viré de chez lui par sa femme, Clark, le propriétaire d’un magasin de meubles en panne de clients, raconte ses malheurs à Marie, sa psy elle-même hantée par une enfance difficile. Jusqu’au jour où une « porte secrète » apparaît au sous-sol de l’établissement. De l’autre côté ? Un dédale de pièces vides aussi étrange que fascinant.
Mon avis ? Je craignais un énième « found footage », ces films d’horreur tournés façon camescope qui pullulent depuis le succès du Projet Blair Witch
, voilà près de 30 ans. Ken Parsons en a sans doute digéré quelques-uns, c’est une évidence. Mais ce coup d’essai magistral lorgne tout autant sur les mondes labyrinthiques d’Alice au pays des merveilles
et
les déambulations solitaires des jeux vidéo que l’univers oppressant de David Lynch où un simple détail de la déco était capable de vous donner la nausée ou de vous glacer le sang. Voire les deux à la fois.
Conçu par un enfant des plateformes et des réseaux sociaux, Backrooms
se révèle paradoxalement bien plus réel et tactile que 99,9% des blockbusters hollywoodiens actuels, gavés d’effets spéciaux numériques par des faiseurs sans âme. Avec son papier peint jaunâtre, ses angles morts à tous les coins et la bande-son obsédante du compositeur canadien Edo Van Breemen, il installe une ambiance bien particulière dont il est difficile de s’extraire. Est-ce la raison pour laquelle de nombreux jeunes spectateurs américains – plus de la moitié ont moins de 25 ans – sont retournés voir le film plusieurs reprises depuis sa sortie ?
D’un point de vue scénaristique, les personnages de Clark et Marie, admirablement interprétés par Chiwetel Ejiofor et Renate Reinsve, servent de portes d’entrée dans un monde qui était sans doute un brin austère dans sa version YouTube. Toutefois, dès que sa caméra pénètre de « l’autre côté » du miroir, Ken Parsons nous place au centre du jeu et laisse notre imaginaire faire le reste, réveillant nos peurs les plus profondément enfouies pour le meilleur et pour le pire. À la fin de ma séance, j’étais tout étourdi sur le trottoir, comme si j’émergeais d’un mauvais rêve ou d’un beau cauchemar. Je crois bien que je vais reprendre un ticket.
>> Backrooms
de Kane Parsons. Avec Chiwetel Ejiofor, Renate Reinsve, Mark Duplass. 1h51. En salles mercredi

