- Patrick Pouyanné a alerté vendredi sur un risque de « pénurie énergétique » si le blocage du détroit d’Ormuz se poursuivait « encore deux ou trois mois ».
- Sur LCI, Philippe Chalmin, professeur d’histoire économique et président de Cyclope, valide l’analyse du patron de TotalEnergies.
- Pour ce spécialiste des matières premières, « si la situation se poursuivait pour 50 autres jours, nous entrerions dans une ère de pénurie ».
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Depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient, les Français subissent de plein fouet la flambée des prix des carburants. Mais si la crise se poursuivait, faudrait-il se préparer à une véritable pénurie ? C’est l’alerte lancée vendredi par le patron de TotalEnergies, Patrick Pouyanné. Pour ce dernier, « si la situation perdure encore deux ou trois mois, nous entrerons dans une ère de pénurie énergétique »
.
Interrogé ce samedi à ce sujet par TF1/LCI à l’occasion d’un déplacement en Grèce, Emmanuel Macron a refusé de faire de la « politique-fiction »
, tout en estimant qu’à ce stade, « la situation ne nous fait envisager aucune pénurie »
.
Pour autant, les craintes du grand patron sont partagées par Philippe Chalmin, spécialiste des matières premières, professeur d’histoire économique à l’université Paris-Dauphine et président fondateur de Cyclope.
Une tendance à « sous-évaluer » la crise
Patrick Pouyanné « a totalement raison »
, tranche l’économiste, invité de LCI ce samedi. « Comme il l’a souligné, nous en sommes à 50 jours de
blocage du détroit d’Ormuz
. On perd à peu près 10 millions de barils par jour. Cela veut dire que les
stocks mondiaux
de pétrole ont diminué de 500 millions de barils. Si la situation continuait pour 50 autres jours, on serait à 1 milliard de barils, ce qui, à ce moment-là, nous ferait rentrer dans une ère de pénurie. »
Philippe Chalmin ajoute que « même si Ormuz était débloqué dans une dizaine de jours »
, on pourra déjà s’attendre à une pénurie, « peut-être pas de pétrole brut, mais d’un certain nombre de produits raffinés, notamment ce qu’on appelle les distillats moyens, c’est-à-dire le diesel, le kérosène pour les avions »
.
« Patrick Pouyanné a totalement raison de souligner l’importance de cette crise, que nous avons peut-être eu tendance, les uns et les autres, et les économistes aussi d’ailleurs, à sous-évaluer »
, ajoute le spécialiste.
« Avant la pénurie, il y a la hausse des prix »
Faut-il imaginer des stations à sec dans les prochaines semaines, les prochains mois ? « Peut-être pas »
, tempère Philippe Chalmin. « Mais n’oublions pas qu’avant la pénurie, il y a la hausse des prix »
, rappelle-t-il, jugeant qu’il y a un écart entre le prix actuel du baril sur les marchés financiers, autour de 105 dollars, et « la réalité des marchés »
où l’on est « plus proche de 130 ou 140 dollars »
.
« Tout ceci, on va le voir »
, prédit l’économiste. « Si Ormuz est rouvert demain, le pétrole, lui, n’arrivera qu’un mois plus tard en Asie pour être raffiné. Il n’arrivera que deux mois plus tard sur les autres marchés. De plus, l’Europe connaît une situation de déficit en ce qui concerne le raffinage. »
« L’important pour quelqu’un comme Patrick Pouyanné, comme pour nous tous, c’est qu’effectivement le détroit d’Ormuz soit rouvert »
, conclut Philippe Chalmin. Qui rappelle qu’au-delà des carburants, cela concerne « tous les produits issus de la pétrochimie »
, comme le soufre, le naphta ou encore l’ammoniaque utilisé pour les engrais. « On est en train de prendre conscience de l’importance que peut avoir le blocage d’Ormuz, tant cette route maritime est devenue essentielle pour nombre de marchés internationaux. »
L’intégralité de l’interview est à retrouver dans la vidéo en tête de cet article.

