- Une internaute a expliqué sur X que le Brésil avait mis en place un dispositif innovant pour favoriser la lecture chez les détenus.
- Elle assure que terminer un ouvrage leur permet d’obtenir une remise de peine de quatre jours.
- Très encadré, un tel programme a bel et bien été mis en place localement en 2012 avant de se généraliser.
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L’info passée au crible des Vérificateurs
Une initiative surprenante a été mise en avant (nouvelle fenêtre) sur le réseau social X ces derniers jours. Dans un message consulté plus de trois millions de fois, une internaute a expliqué qu’au Brésil, « les prisonniers peuvent réduire leur peine de quatre jours pour chaque livre qu’ils lisent »
. Ce dispositif permettrait de « favoriser l’alphabétisation et la discipline »
, tout en améliorant les chances de réinsertion.
L’initiative intrigue et suscite des réactions assez variées. « Y a-t-il un nombre minimum de pages par livre pour que cela compte ? »
, demande quelqu’un dans les commentaires. Une autre personne approuve l’idée d’un tel programme, mais estime toutefois qu’il ne devrait pas être proposé aux détenus ayant commis les « crimes les plus graves, comme l’homicide ou le viol »
. Certains, enfin, se montrent circonspects, rappelant que le Brésil fait face à une importante criminalité.
Un maximum de douze livres par an
Ce programme de réduction de peine par la lecture existe bel et bien au Brésil. Il s’est inspiré d’une initiative locale, au cours de laquelle le roman Crime et châtiment
de Fiodor Dostoïevski avait été proposé (nouvelle fenêtre) à des prisonniers. Après avoir vu le jour dès 2012 dans l’Etat du Paraná, il a été généralisé et standardisé à l’échelle de tout le pays en 2020. Une série d’évolutions législatives ont dessiné les contours du dispositif, précisant (nouvelle fenêtre) notamment que la participation d’un détenu s’effectue sur la base du volontariat. Les ouvrages proposés, quant à eux, sont ceux figurant dans la collection de la bibliothèque de l’unité de détention. Notons en passant que les textes officiels ne précisent pas un nombre de pages minimal pour chaque œuvre.
En pratique, un détenu dispose de 21 à 30 jours pour lire le livre et doit durant cette période en proposer une recension à l’écrit. Ce travail, sorte de « rapport de lecture », est soumis à l’évaluation d’une commission, dont les membres – pour partie bénévoles – ne détiennent pas de pouvoir disciplinaire sur les détenus. Elle peut intégrer des enseignants, des membres d’ONG ou encore des bibliothécaires. Il s’agit notamment d’évaluer la bonne compréhension du livre, ainsi que de s’assurer de l’absence de plagiat.
Si le document rédigé par le prisonnier est validé par cette commission, cette dernière envoie une recommandation à un juge, qui se chargera de valider la réduction de peine liée à cette lecture. Quatre jours pour chaque ouvrage, dans une limite fixée à douze livres par an. Au total, un détenu assidu pourra donc espérer obtenir en l’espace d’un an une remise de peine de 48 jours au maximum.
Soulignons que les autorités ont prévu d’adapter le dispositif en cas d’analphabétisme ou d’illettrisme. Il est ainsi autorisé qu’un détenu fasse la lecture à un autre, ou bien qu’un rapport oral soit préféré à un document de restitution écrit. Des formes d’expression alternatives telles que le dessin peuvent aussi être acceptées, dès lors qu’elles permettent de juger du degré de compréhension du livre.
Une participation des détenus en augmentation
En 2024, le ministère de la Justice brésilien mettait en avant (nouvelle fenêtre) la popularité croissante du dispositif. À l’échelle de l’année, quelque 300.000 demandes de remise de peine ont ainsi été comptabilisées. Des institutions publiques ont toutefois pointé du doigt ces dernières années les difficultés d’accès à ces programmes pour les détenus brésiliens. Un recensement de 2023 conduit par le Conseil national de Justice a souligné (nouvelle fenêtre) que sur les 1.347 établissements pénitentiaires du pays, 30,4% ne disposaient « ni de bibliothèque ni d’espace de lecture »
.
Les autorités fédérales, qui encouragent ces méthodes de promotion de la lecture en milieu carcéral, ont noté (nouvelle fenêtre) qu’en juin 2023, 31,5% des personnes détenues avaient accès à la réduction de peine par la lecture. Des chiffres encore limités, mais qui étaient très largement supérieurs à ceux de 2015 puisque seuls 0,6% des prisonniers étaient alors concernés.
Pour justifier les politiques publiques qui font la promotion de la lecture en détention, le président du tribunal suprême fédéral brésilien Luís Roberto Barroso a vanté (nouvelle fenêtre) les mérites de l’éducation. « Pour que les détenus sortent de prison dans de meilleures conditions qu’à leur entrée, il est essentiel de privilégier leur réinsertion sociale »
, a-t-il insisté il y a quelques années. Lors de la même prise de parole, il a défendu un « projet de réhabilitation, et non de vengeance »
.
Si l’impact de ces programmes sur la réinsertion des prisonniers n’est aujourd’hui pas évalué par des études rigoureuses, les acteurs institutionnels jugent globalement positif l’impact de ces mesures. Le Département pénitentiaire national du Brésil, qui dépend du ministère de la Justice, a notamment soutenu (nouvelle fenêtre) que la lecture avait un impact sur la participation des détenus à des activités éducatives. Elle favoriserait par ailleurs la participation à des examens tels que le « Encceja » : conduit à l’échelle nationale, celui-ci permet aux jeunes et aux adultes d’obtenir un diplôme officiel sans avoir au préalable suivi une scolarité traditionnelle.
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