• Des vidéos publicitaires sur X et TikTok proposent des produits pour Halloween ou Noël.
  • Des objets magnifiés par IA, dont les caractéristiques sont loin de la réalité.
  • Nous avons testé certains d’entre eux.

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Un chaudron tenu par une sorcière avec des arcs-en-ciel, des projections de Noël illuminant sol et plafond… ou encore un serre-livre en forme de dragon crachant des flammes. Des produits féériques que vous avez peut-être croisés ces derniers jours si vous êtes utilisateur des réseaux sociaux X ou TikTok. Alors que les rayons dans les supermarchés préparent déjà Halloween ou Noël, ces objets tentent également de séduire les utilisateurs.

Ces produits sont en réalité mis en avant par des opérations publicitaires agressives dans le but de tromper les utilisateurs : ils exagèrent les caractéristiques des objets via l’intelligence artificielle, comme nous avons pu le constater en nous procurant les produits.

Des publicités exagérées par l’IA

Prenons l’exemple de la décoration d’Halloween avec une sorcière tenant un chaudron (nouvelle fenêtre). La vidéo montre un produit qui semble être une sculpture métallique avec des lampes arc-en-ciel. Un clic sur la vidéo renvoie vers un site proposant d’acheter le produit pour 38 euros. Une opportunité présentée comme une bonne affaire.

Nous avons commandé ce produit, et le moins qu’on puisse dire, c’est que celui-ci est bien loin de ce qu’on voit dans la vidéo. Nous avons ainsi reçu un produit bien plus petit, et la sculpture de sorcière laisse place à une fine plaque métallique. Quant au chaudron, ce sont de petites LED multicolores, dignes d’une guirlande de Noël bas de gamme, que nous avons déroulées, très loin des promesses de flots arc-en-ciel vus dans la vidéo.

A gauche, la vidéo générée par IA. Au centre et à droite, le vrai produit commandé par TF1 info. – Publicité sur X / Images TF1

Il en va de même pour ce dragon serre-livre (nouvelle fenêtre) visible dans une de ces publicités vue plus d’un million de fois sur X. Dans la vidéo, il semble pouvoir simuler un jet de flamme. Mais dans des vidéos visibles sur des tests utilisateurs comme ici, cet effet n’existe pas, et n’est en réalité qu’une lampe d’appoint classique.

L’IA semble donc avoir pour effet d’attirer le potentiel client vers un produit en exagérant ses caractéristiques. Aucune mention « IA » n’est présente sur ces vidéos. Or, depuis le 2 août 2026, un produit commercial doit impérativement indiquer l’utilisation de l’IA pour se conformer au règlement européen sur l’intelligence artificielle (nouvelle fenêtre) (AI Act).

Une technique de « dropshipping »

Autre constat : une recherche d’image inversée sur les photos de ces produits permet de se rendre compte qu’ils existent généralement sur d’autres sites de e-commerce pour un prix bien inférieur. Nous avons par exemple pu trouver le chaudron d’Halloween pour 16 euros contre 38 euros sur le site utilisant la vidéo par IA. Quant au dragon serre-livre, on le trouve à 15 euros sur d’autres sites d’e-commerce, contre 31 euros via ces publicités enjolivées par IA.

En haut à gauche, un dragon serre-livre vendu près de 35 euros. En bas à droite, le même dragon disponible pour 15 euros sur un autre site d'e-commerce.
En haut à gauche, un dragon serre-livre vendu près de 35 euros. En bas à droite, le même dragon disponible pour 15 euros sur un autre site d’e-commerce. – Site dropshipping / AliExpress

La technique n’est pas nouvelle : il s’agit de dropshipping (nouvelle fenêtre), une pratique commerciale consistant à acheter les produits au fur et à mesure et à les faire expédier directement aux clients par des fournisseurs. Elle n’est pas illégale, à condition de ne pas tromper le client sur la nature du produit. Or, selon l’avocat spécialisé en droit du numérique Arnaud Dimeglio, « on est clairement sur une publicité trompeuse, du fait que l’utilisation de l’IA n’est pas mentionnée, et aussi que les caractéristiques du produit visibles dans les vidéos n’ont rien à voir avec le produit réel ».

Une analyse des sites vers lesquels redirigent ces publicités renvoie aux mêmes constats : des conditions d’utilisation floues, une politique de retour des produits à la charge du client, et une absence totale d’information sur la nature de l’entreprise. Ces plateformes sont généralement des boutiques éphémères qui disparaissent une fois leurs objectifs financiers atteints.

Quels recours possibles face à une tromperie utilisant l’IA ?

Selon Arnaud Dimeglio, l’utilisation de l’IA pour une publicité n’est pas non plus interdite, mais « elle ne peut tromper sur les caractéristiques principales du produit ». Dans le cas contraire, des poursuites sont possibles auprès du tribunal le plus proche du lieu de réception du colis, selon l’avocat. Il recommande avant tout de procéder à un constat d’huissier pour attester des différences entre la publicité et le produit livré.

La tromperie ayant lieu dans le cadre d’une pratique de dropshipping, elle est d’ailleurs aggravante en cas de sanctions juridiques (nouvelle fenêtre) : au maximum 5 ans de prison et 750.000 euros d’amende pour un individu, et 3,75 millions d’euros pour une personne morale comme une entreprise, selon l’expert du droit.

Ces trois publicités mettent en avant des vidéos générées par IA pour enjoliver les caractéristiques de ces produits. – Publicités IA sur X et TikTok

Mais dans les faits, les entreprises en cause risquent peu. La plupart sont basées en Asie et expédient leur produit via des fournisseurs en Chine ou à Hong Kong, comme l’équipe des Vérificateurs a pu le confirmer en se faisant livrer ces produits. « Si la responsabilité du vendeur est établie pour pratique commerciale déloyale en France, il faut ensuite faire reconnaître la décision française par la juridiction du pays où se trouve l’entreprise », explique Arnaud Dimeglio. Un parcours du combattant parfois long et coûteux, montrant que « la justice est souvent inadaptée à Internet et à l’intelligence artificielle », regrette l’expert en droit numérique.

Ce genre de pratique échappe-t-il pour autant à toute sanction ? L’avocat explique qu’il faut dans un premier temps signaler la publicité trompeuse au réseau social. « Si ce dernier ne la supprime pas dans un délai raisonnable, il peut aussi être poursuivi, et potentiellement condamné », poursuit Arnaud Dimeglio, concluant que « les plateformes de réseaux sociaux, en tant qu’hébergeurs, ont aussi une coresponsabilité dans ces publicités trompeuses ».

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