• Les deux plus hauts magistrats de France ont mis en garde jeudi contre « la mécanique du bouc émissaire » mise en place dans l’affaire du meurtre de Lyhanna.
  • « Les carences de notre pays dans la protection de l’enfance sont structurelles et systémiques », estiment-ils.

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Mort de Lyhanna, 11 ans : après le drame, l’onde de choc judiciaire

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« Les carences de notre pays dans la protection de l’enfance sont structurelles et systémiques. » Dans le sillon de l’affaire Lyhanna, les deux plus hauts magistrats de France estiment que « questionner la responsabilité de tel magistrat ou de tel enquêteur ne doit pas constituer une stratégie permettant d’éviter la confrontation au miroir que la société civile nous tend ». Pour Christophe Soulard et Rémy Heitz, respectivement premier président et procureur général près la Cour de cassation, « les questions de responsabilité individuelle et de responsabilité collective ne s’excluent pas l’une l’autre; elles coexistent ». 

« Cette crise systémique (de la protection de l’enfance, ndlr) ne se réduit pas à une question de moyens, mais celle-ci ne peut pas non plus être éludée », ajoutent-ils dans un communiqué.

« Interroger nos propres pratiques, nos habitudes, nos atavismes »

Les magistrats reconnaissent que « la justice a connu un investissement inédit, dans un contexte budgétaire contraint » ces dernières années, mais rappellent que « les pays européens consacrent en moyenne 85 euros par habitant et par an à leur justice », contre 77 euros pour la France. Toutefois, « les moyens ne font pas tout », ajoutent-ils. « Nous, magistrats, devons interroger nos propres pratiques, nos habitudes, nos atavismes peut-être. Avons-nous vraiment pris la mesure de ce que nos concitoyens attendent en matière de protection de l’enfance ? Recueillons-nous la parole de l’enfant comme nous le devrions ? »

Alors que « selon la Ciivise, chaque année, en France, cent soixante mille enfants sont victimes de violences sexuelles », ils estiment « nécessaire de mettre en œuvre un véritable plan Marshall de la protection de l’enfance, soit une mobilisation totale, globale et inscrite dans la durée. »

Lyhanna, 11 ans, a été retrouvée morte dans le Gers le 4 juin, plusieurs jours après sa disparition. Le principal suspect, Jérôme Barella, n’avait jamais été interpellé ou convoqué malgré plusieurs plaintes et signalements pour des violences sexuelles sur d’autres mineurs. Les magistrats du parquet, en particulier de celui d’Auch où l’affaire était traitée, sont sous le feu des critiques depuis que des ratés dans la procédure ont émergé.

Lundi, après la publication d’un premier rapport de l’Inspection générale de la justice (IGJ) et de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale, le garde des Sceaux Gérald Darmanin a en particulier prononcé de premières sanctions contre la substitut du parquet d’Auch chargée de traiter la plainte d’une autre petite fille qui avait dénoncé avoir subi une cinquantaine de viols de la part de Jérôme Barella, sans qu’il ne soit inquiété par la justice. Le ministre a lancé à son encontre une enquête administrative préalable à une saisine du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) et a, avec le procureur général d’Agen, retiré à cette parquetière « son habilitation à mener des enquêtes et traiter des dossiers s’agissant des mineurs ».

A. LG avec AFP

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