• De retour au sommet depuis son Oscar pour « The Whale », Brendan Fraser est l’invité exceptionnel du 52e Festival du cinéma américain de Deauville.
  • Il est venu présenter « Pressure », un drame historique dans lequel il incarne le général Eisenhower, confronté à un choix cornélien à quelques heures du Débarquement.
  • Avec un mélange de gravité, de tendresse et d’humour, ce colosse fragile d’Hollywood s’est confié à TF1info.

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Quelle incroyable résurrection que celle de Brendan Fraser. Star populaire de la saga La Momie, tombé dans l’oubli à la suite d’une série d’épreuves personnelles, l’acteur est revenu au firmament d’Hollywood en 2023 grâce à sa performance stupéfiante dans The Whale de Darren Aronofsky, Oscar à la clé. Invité d’honneur du 52e Festival du cinéma américain de Deauville, il est venu présenter Pressure, un film historique dans lequel il incarne le général Eisenhower, en salles en France le 9 septembre. À 72 heures du Débarquement, l’homme sur lequel repose le sort du monde libre est challengé par James Stagg (Andrew Scott à l’écran), un météorologiste britannique persuadé qu’il faut repousser le D-Day au risque que les troupes soient stoppées net par une tempête encore invisible. 

Deauville, c’est l’endroit parfait pour dévoiler ce film en Europe, n’est-ce pas ?

Oui, bien sûr ! (en français). C’est poétique, ça fait sens. Et c’est très profond. Parce que ce film ne raconte pas une petite histoire. Il raconte l’histoire de la liberté de la France. Si vous y ajoutez ce que représente le Festival de Deauville dans la relation entre les États-Unis et la France, entre leurs cultures, c’est effectivement l’endroit parfait. C’est un privilège d’être là.

Pressure nous fait comprendre à quel point la météo a été décisive dans la planification du Débarquement par Eisenhower. En aviez-vous conscience avant de faire le film ?

Je ne savais pas que le D-Day devait avoir lieu le 5 juin 1944 et qu’il avait été repoussé au 6 juin. Je ne savais pas qu’au départ, il avait même été repoussé au 18 juin. Je ne savais pas non plus que six semaines plus tôt, une répétition générale baptisée « opération Tiger », sur les plages du sud de l’Angleterre, avait coûté la vie à plus de 700 soldats et marins américains, victimes de tirs alliés. Cette décision a été prise par Eisenhower et ça s’est terriblement mal passé. Pour des raisons sur lesquelles les historiens sont en désaccord, mais c’est arrivé. C’est resté secret pendant près de 50 ans. J’ai du mal à imaginer combien ça a pesé sur la conscience du commandant suprême de cette opération, sachant à quel point il tenait à ses troupes, à sa mission, et à quel point il a cherché à prendre la meilleure décision en réunissant les meilleurs experts dans tous les domaines. Il les a entendus, pas juste écoutés. Pour pouvoir ensuite assumer l’entière responsabilité de ce qui allait arriver. 

Quelle image aviez-vous de lui enfant ? 

J’ai grandi en admirant Eisenhower, en tant que figure historique, mais je ne savais en réalité pas grand-chose hormis les grandes lignes. Ça m’a permis d’entrer dans le personnage sans chercher à interpréter une copie parfaite, parce qu’en réalité on en savait moins sur lui que sur MacArthur, Patton ou De Gaulle. Sur Ike Eisenhower, on n’en savait pas tant que ça avant qu’il devienne président dans les années 1950. Mais ce n’était plus le même homme. Moi, j’étais responsable de jouer cet homme durant les 72 heures de ce week-end avant cette opération décisive.

Mère nature se fout de savoir ce que les humains pensent ou ressentent. C’est tout l’inverse !

Brendan Fraser

Sans trop spoiler, pouvez-vous rappeler ce que Eisenhower dira des années après au sujet de la réussite du Débarquement ?

Bien sûr. Quand j’ai rencontré le réalisateur Anthony Maras, il m’a montré une vidéo YouTube d’une interview d’Eisenhower avec le journaliste Walter Cronkite, pour les 20 ans du Débarquement. C’est en noir et blanc, tout le monde peut la voir, si ça vous intéresse. Cronkite lui demande : « Comment avez-vous pris l’avantage ce jour-là  ? » Et il répond : « Eh bien, nous avions de meilleurs météorologues que les Allemands ! » Il est drôle, il est juste et il est concret. C’était un homme qui savait ce qu’il savait et ce qu’il ne savait pas. C’était un grand communicant, ouvert au dialogue. On sait qu’il lui arrivait d’avoir un tempérament volcanique. Mais il n’a jamais perdu les pédales. Parce qu’il avait le sens du devoir.

Ce focus sur le rôle de la météo sur un moment décisif de notre Histoire donne un film un côté très actuel, n’est-ce pas ?

S’il y a bien une leçon que ce film peut donner aux nouvelles générations, c’est que nous ignorons les forces de la science et de la nature à notre plus grand péril. Ce film a valeur d’avertissement. Si on prend ce risque, on va se planter. Mère Nature se fout de savoir ce que les humains pensent ou ressentent. C’est tout l’inverse ! Sommes-nous assez arrogants pour croire que nous pouvons contrôler ça ? Si c’est le cas, on va au-devant d’horribles surprises. C’est ce que ce film démontre.

Brendan, on peut dire que votre carrière a traversé des météos très différentes. Aujourd’hui, diriez-vous que c’est plein soleil ?

Vous savez quoi ? Ma carrière est comme la météo chez vous. Parfois il fait soleil, parfois il fait froid et il pleut. Parfois elle change trois fois au cours de la même journée. Je pense que ce n’est jamais pareil et je ne voudrais pas que ce soit autrement.

>> Pressure de Anthony Maras. Avec Andrew Scott, Brendan Fraser, Kerry Condon. 1h40. En salles le 9 septembre.

Jérôme VERMELIN à Deauville

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