- « Histoires parallèles », le nouveau film du réalisateur iranien Asghar Farhadi est présenté ce jeudi en compétition à Cannes, jour de sa sortie en salles.
- Un thriller psychologique à tiroirs interprété par la crème des comédiens français.
- TF1info a rencontré Isabelle Huppert, Virginie Efira et Adam Bessa, sous le charme du cinéaste.
Suivez la couverture complète
Festival de Cannes 2026 : films attendus, stars et actualités de la Croisette
Casting cinq étoiles pour Asghar Farhadi. Pour Histoires Parallèles
, son deuxième film en français après Le Passé
, le réalisateur iranien a convoqué quelques uns des meilleurs comédiens tricolores. Dans cette libre adaptation de Brève histoire d’amour
de Krzysztof Kieslowski, une romancière s’inspire d’une femme et des deux hommes qu’elle observe depuis son balcon. Jusqu’au jour où un jeune garçon réunit la réalité et la fiction de manière inattendue. TF1info a rencontré Isabelle Huppert, Virginie Efira et Adam Bessa pour évoquer cette collaboration inédite, en lice pour la Palme d’or du 79è Festival de Cannes ce jeudi 14 mai.
Beaucoup d’acteurs rêvent de travailler avec Asghar Farhadi. Racontez-moi comment il vous a réunis les uns les autres…
Isabelle Huppert : Un rêve ? Pas forcément. On rêve toujours de travailler avec un grand metteur en scène. Disons que c’était une surprise. Une très bonne surprise. Moi, je n’avais jamais imaginé croiser la route d’Asghar Farhadi. Et voilà, ça s’est fait !
Virginie Efira : Moi, c’est pareil. C’était vraiment une surprise. Même quand j’ai lu, je me suis dit : « Est-ce que c’est sûr que c’est pour moi, ça ? ». Je suis vraiment une grande admiratrice de son travail. Et certains films que je n’avais pas vus, je les ai découverts après l’avoir rencontré comme La fête du feu
, par exemple. Participer à sa filmographie, c’était drôlement excitant. En fait je pense que j’avais déjà dit un oui dans ma tête, et peut-être même en dehors de ma tête, avant même de lire le scénario.
Adam Bessa : Pareil, grande surprise ! J’ai reçu un message un jour du producteur Alexandre Mallet-Guy qui m’a dit : « Est-ce que tu viendrais rencontrer Asghar pour son prochain film ? » Et j’étais très, très étonné. Je pensais que ça allait être en iranien au début. Je me suis dit, peut-être qu’il va falloir que j’apprenne le farsi. Et en fait, non, c’est en français !
Vous auriez appris le farsi s’il vous l’avait demandé, non ?
Isabelle Huppert : Oh s’il avait vraiment fallu, on s’y serait mis, oui !
Virginie Efira : C’est quand même assez chouette d’être en France où beaucoup de films de réalisateurs étrangers peuvent se faire. Isabelle et moi en savons quelque chose avec Paul Verhoeven qui était venu tourner Elle
chez nous avec une certaine liberté. Parce que les impératifs artistiques vont souvent avant l’impératif de rentabilité. En tout cas, ce n’est pas l’unique prisme. Pour ça, la France reste quand même une possibilité plus importante que pas mal de pays dans le monde.
Isabelle Huppert : Ce n’est pas un hasard s’il y en a beaucoup qui finissent par passer par la France. Ce n’est même pas forcément le cas dans tous les pays d’Europe.
Cannes 2026 : Isabelle Huppert et Virginie Efira espionnent-elles les gens dans les restaurants ?Source : TF1 Info
En lisant le scénario en français, vous avez tout de suite reconnu son écriture ?
Isabelle Huppert : On ne s’est pas forcément dit tout de suite que c’était du Farhadi parce qu’on savait que c’était tiré du Décalogue
de Krzysztof Kieslowski, en l’occurrence un film qui s’appelait Brève histoire d’amour
. Donc on savait que le scénario avait fait ce détour-là, même si ça n’a pas grand-chose à voir avec le film original. Il n’empêche que ça venait de là. Et puis Asghar a fait des films quand même assez différents les uns des autres, selon qu’il les a tournés en Iran ou en France ou en Espagne. Quand j’ai lu le scénario, je l’ai trouvé assez complexe. Une matière très, très riche. Et ça ne donnait qu’une envie, c’était de le tourner pour le comprendre, en fait. Ça, c’est peut-être la marque des grands scénarios.
Virginie Efira : Les films iraniens ont toujours une sorte de substance où on parle d’intime, par la fine observation d’un détail qui dysfonctionne au sein d’une famille. Même si je ne l’avais pas trop remarqué sur le tournage, il y a quelque chose de très « Farhadien » dans l’imbrication de toutes petites choses qui découlent les unes des autres. Et puis il n’y a pas jamais l’idée du bon ou du méchant. Ce qui est la marque des grands cinéastes.
Pour vous, c’est ça, un bon cinéaste ? C’est celui qui ne dit jamais le bien et le mal ?
Virginie Efira : Oui quand même ! C’est celui qui comprend la nuance. C’est celui, pour moi, qui arrive à choper le plus de détails pour enrichir une vérité. Et la vérité, c’est jamais tout à fait comme ci, ou comme ça. C’est celui qui filme en essayant de prendre la globalité des choses. Les choses sont multiples et contradictoires. Je pense à la filmographie d’Isabelle, à chaque fois que je la vois, je pense à tous les personnages très complexes qu’elle a joués. On ne peut pas dire, que c’est juste une chose, c’est juste une autre. C’est comme ça qu’on arrive à avoir des films qui me semblent intéressants, denses et prenants.
Isabelle Huppert : Sur celui-là, on peut dire qu’on a été servis pour ce qui est de la complexité. De la différence de tons aussi dans le film, qui est assez surprenante. On peut penser que c’est un film assez existentiel au départ. Et puis il y a une sorte de suspense qui naît, qui crée tout au long du film une très forte tension. Donc, en fait, on ne sait jamais trop dans quel univers exactement on est. Ça en fait une matière très riche et assez complexe.
Isabelle, vous avez une scène très drôle avec Catherine Deneuve, qui joue votre éditrice. Racontez-nous ce tête-à-tête !
Isabelle Huppert : On s’est beaucoup amusés parce que le film autorise ces changements de ton permanents. Tout d’un coup, il y a un affrontement, il y a une sorte de brutalité, mais qui fabrique aussi quelque chose de drôle, la manière dont son éditrice la remet en cause, et ça la met très, très en colère, et ça la perturbe aussi. C’est très douloureux, mais la manière dont c’est fait, c’est plutôt drôle. Le film convoque de manière permanente ces tons différents. Ça bifurque tout le temps, y compris dans les relations entre les personnages. Je pense à ma relation avec Adam dans le film, qu’il est un peu difficile, au fond, de définir complètement. Elle lui donne quelque chose, et en même temps, il lui prend aussi beaucoup. Elle est un peu sorcière… et lui un peu vampire quand même !

