• Dans un rapport publié au Journal officiel ce jeudi 9 juillet, la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté dénonce « des violences commises sur des détenus par des membres du personnel pénitentiaire » au sein de la prison de haute sécurité de Condé-sur-Sarthe (Orne).
  • Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, se défend, lui, de toute atteinte aux « droits fondamentaux des personnes détenues » au sein de l’établissement.

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La prison de Condé-sur-Sarthe fait l’objet de nouvelles critiques. La Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), Dominique Simonnot, a rendu un rapport sévère à son sujet, publié au Journal officiel ce jeudi 9 juillet. Elle y dénonce les mauvaises conditions d’incarcération. « Les constats effectués et les témoignages reçus – tant de détenus que de professionnels et intervenants – révèlent des violences systémiques commises sur des détenus par des membres du personnel pénitentiaire », dénonce-t-elle, après une visite surprise du 4 au 7 mai 2026. « Par leur nature et leur accumulation, ces faits portent gravement atteinte à la dignité des personnes détenues et sont susceptibles de relever de l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme » et « doivent cesser immédiatement », martèle-t-elle, évoquant des « traitements inhumains et dégradants ».

Les nazis, c’est nous

Surveillants à la prison de Condé-sur-Sarthe, cités dans le rapport

Les exemples de ces brutalisations sont nombreux. La représentante de l’autorité administrative indépendante évoque des « fouilles humiliantes ou brutales », lesquelles peuvent donner lieu à « des attouchements au niveau des fesses et des parties 

génitales des détenus« , « des doigts dans la bouche et dans les yeux » ou à des « pratiques asphyxiantes ». « Des propos enfreignant la loi et les règles du code de déontologie auquel le personnel pénitentiaire est astreint sont rapportés à de nombreuses reprises : ‘Espèce de merde’, ‘Ta gueule’, ‘Sale bougnoule’, ‘Ici on va te briser’, ‘Ici, c’est chez nous, ici c’est le 3ᵉ Reich, les nazis c’est nous’« , détaille-t-elle. 

Par ailleurs, certaines pratiques de surveillants relèvent « d’une logique d’intimidation et d’abus de pouvoir ». « Dès 7h, la prise de service peut s’accompagner de cris dans les coursives, de coups portés dans les portes, d’interpellations agressives ou d’insultes. » La nuit, certains contrôles à l’œilleton servent « de prétexte » à des réveils volontaires par « allumage de la lumière, coups de pied dans la porte ou injonctions adressées aux occupants des cellules ».

Vers une inspection de l’administration pénitentiaire

À noter que, selon le rapport, des « surveillants des équipes de roulement exerçant alternativement au quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO), au quartier maison centrale (QMC) et la nuit dans tout l’établissement », des « membres de la brigade exerçant aux quartiers d’isolement et disciplinaire (QI-QD) », ainsi que des « membres de l’équipe locale de sécurité pénitentiaire (ELSP) intervenant dans tous les quartiers » auraient commis de tels agissements. 

De ce fait, la CGLPL réclame à l’administration pénitentiaire une inspection qui devra « clarifier les responsabilités de chacun dans les agissements constatés » et « prévenir leur réitération ».

Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a répondu à ces allégations dans un courrier consulté par l’AFP. Il assure qu’une mission de contrôle interne et d’évaluation de la doctrine relative aux quartiers de lutte contre la criminalité organisée prévoit un déplacement à Condé-sur-Sarthe « dès l’été 2026 ». En parallèle, il martèle que les « exigences légales, éthiques et sécuritaires » sont « respectées » au sein de ces mêmes quartiers, y compris à Condé-sur-Sarthe. « À ce jour, aucun référé-liberté, aucun recours pour conditions indignes de détention, ni aucune plainte pénale » n’a permis de « constater une atteinte avérée aux droits fondamentaux des personnes détenues » au sein de l’établissement, conclut-il. 

Le quartier ultra-sécurisé de lutte contre la criminalité organisée de la prison de Condé-sur-Sarthe a été inauguré à l’automne 2025, après l’adoption de la loi contre le narcotrafic. Au moment de l’inspection, 38 personnes y étaient incarcérées, sachant que sa capacité est de 40 places.

M.G

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