- En mars, à Lyon, une femme est décédée après une injection illégale d’acide hyaluronique.
- Chaque année, en France, plus de 800.000 actes de soins médico-esthétiques sont réalisés, dont une partie non négligeable est effectuée dans des conditions dangereuses.
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Le 20H
Chaque année, plus de 800.000 actes de soins médico-esthétiques sont réalisés en France. Un chiffre en augmentation constante, comme celui des signalements adressés à l’Ordre des médecins concernant des actes médico-esthétiques illégaux, au nombre de 213 en 2025, soit une hausse de 66% sur un an. Gaëtan, 22 ans, s’y est risqué à deux reprises. Complexé par ses lèvres, il a décidé de se faire injecter de l’acide hyaluronique à moindre coût (en l’occurrence, 150 euros), donc en prenant rendez-vous sur les réseaux sociaux plutôt qu’en passant par un cabinet de médecine esthétique classique. Le tout, en n’ignorant pas une seconde que sa praticienne, exerçant à domicile, effectue des injections clandestines.
« Les produits étaient sur la table du salon et moi, je me suis allongé sur le canapé. Elle m’a fait ça sur le canapé. Une injectrice illégale, c’est cinq fois moins cher qu’avec un médecin en cabinet esthétique. Donc oui, forcément, il y a plus de risques. Si ça m’a fait peur ? Oui, mais je l’ai fait quand même »
, confie-t-il, dans un rire jaune, au micro de TF1, dans l’enquête du 20H visible en tête de cet article. Par chance, Gaëtan n’a pas été victime de complications. Ce n’est pas le cas de tout le monde.
À Lyon (Rhône), au mois de mars dernier, une femme est morte d’un arrêt cardiaque lors d’une injection dans les fessiers. Fadila, elle aussi victime d’une intervention ratée en avril à Nice (Alpes-Maritimes), montre à notre caméra, photos à l’appui, la dégradation de son visage jour après jour, après une injection illégale. « Deux jours après, il y avait une énorme tache blanche. Et encore deux jours plus tard, je me suis dit que ça y est, j’allais perdre mon nez »
, témoigne celle qui a ensuite été prise en charge en urgence par un authentique chirurgien esthétique, ce qui l’a finalement sauvée de pires désagréments.
En quelques clics, il est très facile d’avoir accès à ce marché parallèle, hors de tout circuit médical. Lèvres, fessiers, pommettes… Sur leurs pages, les faux injecteurs attirent à grand renfort de vidéos « avant, après », de tarifs compétitifs, voire de promotions. L’une de nos journalistes a ainsi pu échanger avec une injectrice sans diplôme de médecine, se voulant rassurante sur ses compétences et les produits utilisés, achetés via une filière clandestine. Elle affirme gagner jusqu’à 1.000 euros en une seule journée. « En fait, je ne travaille qu’une semaine par mois. En deux ans et demi, je dois avoir injecté 300 à 400 personnes. On suit comme un médecin, et si on n’arrive pas à suivre jusqu’au bout, on assume complètement, même la prison et les 30.000 euros d’amende »
, assure-t-elle, sous couvert d’anonymat. Car ce marché est particulièrement lucratif.
Toujours sur les réseaux sociaux, de faux professionnels proposent même des formations d’injectrice ou injecteur. Notre journaliste a essayé de s’inscrire à l’une d’entre elles. « C’est 7.000 euros sur deux jours. On apprendra l’anatomie, la technique, la pratique sur modèle, les risques. Je vous aiderai sur la partie légale, comment déclarer votre activité en contournant les interdictions en France »
, indique la formatrice par messages, avant de faire miroiter au téléphone ces revenus potentiels : « Après les 20 heures de formation, tu seras vraiment apte à commencer les injections. Elle va t’apprendre à rentabiliser l’activité en moins de deux mois. Tu pourras te faire entre 6.000 et 8.000 euros pour un chiffre de débutant. »
Notre équipe a montré le contenu de ces formations express au docteur Anne Grand-Vincent, médecin esthétique et co-présidente du Cercle des bonnes pratiques en médecine esthétique. « Déjà, d’emblée, ça ne va pas, elle tient son aiguille n’importe comment. En plus, là, elle injecte à l’aiguille sur une zone qui est dangereuse »
, réagit, devant une vidéo promotionnelle, celle qui voit, dans ces pratiques, émerger trois grands dangers : « La méconnaissance de l’anatomie, avec une personne piquant potentiellement dans une artère, et là on arrive à des catastrophes. La méconnaissance des règles d’hygiène, avec des risques d’infection. Et l’utilisation de produits qui ne sont pas contrôlés, parce que souvent importés. »

