• Depuis le début de la guerre en Ukraine, la Russie promet aux familles des soldats engagés au front des indemnités si ces derniers meurent sur le champ de bataille.
  • Certaines femmes en auraient fait un véritable business.
  • Surnommées les « veuves noires » par la presse russe, elles épousent des hommes promis à la mort sur le front pour réclamer ensuite l’argent versé par l’État russe.

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Un marché macabre en pleine expansion, alors que l’offensive militaire lancée par le Kremlin en Ukraine ne montre aucun signe d’apaisement. En Russie, des femmes épouseraient des soldats déjà engagés ou des hommes appelés au front (nouvelle fenêtre) peu de temps avant leur départ afin d’espérer empocher le « grobovye », soit « l’argent du cercueil » en russe, ces indemnités de décès versées par l’État russe aux proches des soldats ayant péri sur le champ de bataille. 

C’est ce que met en lumière une enquête publiée par CNN (nouvelle fenêtre) mercredi 5 août, dans laquelle on découvre notamment l’histoire de Maria, fille d’un soldat abattu qui aurait été victime de l’une de ces femmes que la presse russe surnomme désormais les « veuves noires ».

J’ai immédiatement soupçonné une arnaque

Maria, fille d’un soldat russe tué, auprès de CNN

Auprès de CNN, Maria raconte avoir appris, après la mort de son père, que ce dernier, âgé de 59 ans, s’était non seulement engagé dans l’armée, mais qu’il avait également épousé une femme de 22 ans sa cadette deux jours avant d’être envoyé sur le front. « Je suis encore sous le choc et je n’arrive toujours pas à accepter ce qui s’est passé », confie Maria à nos confrères, affirmant n’avoir « jamais parlé à cette femme » et avoir « immédiatement soupçonné une arnaque ».

En épousant le soldat russe, la femme est devenue sa plus proche parente légale, évinçant ainsi les autres membres de la famille de sa succession. Ce statut lui donnait donc droit aux indemnités de décès que le Kremlin promet aux proches des soldats qui périraient sur le front. 

Un « business plan »

Ces « veuves noires » peuvent toucher un véritable pactole, à l’échelle de la Russie : les indemnités sont comprises entre 5 et 8 millions de roubles, soit environ entre 50.000 et 80.000 euros. Marina Orlova, agente immobilière russe, affirmait même dans un podcast que ces indemnités pouvaient permettre à des femmes de devenir propriétaire d’un bien immobilier. « C’est très simple maintenant, tu n’as qu’à trouver un homme qui part servir en Ukraine, il meurt et tu récupères les 8 millions », a-t-elle expliqué en riant, comme on le voit dans la vidéo ci-dessus.

« Plein de gens font ça, maintenant. Plein de femmes viennent nous voir une fois ces 8 millions en poche pour acheter un petit appartement. Si elles retrouvent un mari ensuite, j’en sais rien et ce n’est pas mon problème. En tout cas, c’est un business plan », a ajouté l’agente immobilière, qui a dû par la suite présenter ses excuses. Elle a été condamnée à des travaux d’intérêt général.

Des affaires qui se multiplient

Les affaires de « veuves noires » se multiplient dans les médias. CNN cite par exemple le cas d’une infirmière travaillant dans un hôpital militaire, qui a été démise de ses fonctions après avoir été accusée d’avoir épousé cinq soldats avant leur décès des suites de leurs blessures, dans le but de percevoir les fameuses indemnités.

Désormais, les parlementaires russes cherchent à punir plus sévèrement les autrices. Pour l’exemple, une proposition de loi évoque jusqu’à 10 ans de prison. Des députés ont également proposé de ne pas verser les indemnités si le couple s’est marié après le début du conflit. 

Des enquêtes indépendantes ont montré que plus de 350.000 soldats russes auraient péri depuis le début du conflit. Et « l’argent du cercueil » est devenu l’un des revenus les plus assurés pour les familles pauvres évoluant dans une économie russe sinistrée par la guerre. Cette économie de la mort a été théorisée par un chercheur russe, Vladislav Inozemtsev. Selon lui, un soldat qui s’engage et qui est tué sur le front peut rapporter l’équivalent de 150.000 euros à sa famille. Des indicateurs comme le taux de pauvreté ont ainsi baissé localement dans certaines régions avec le versement des indemnités à des milliers de familles. 

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