- L’amour de soi est influencé par l’enfance et les relations passées, selon les psychologues.
- Travailler sur soi implique de valoriser ses attentes et d’accepter sa vulnérabilité.
- L’amour de soi se construit avec les autres et ne doit pas être confondu avec un repli sur soi.
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On croise cette phrase dans les livres de développement personnel sur les réseaux sociaux : « il faut s’aimer soi-même avant d’aimer les autres ». La formule est présentée comme une étape obligée avant toute rencontre. Interrogée par France Inter, (nouvelle fenêtre) la psychologue Florentine d’Aulnois-Wang estime que « perdre l’amour de soi, c’est le résultat d’une trajectoire de l’enfance. C’est le résultat de beaucoup de liens, qui nous ont fait croire qu’on n’est pas aimable
« . Pour elle, dire à quelqu’un « tu vas devoir t’aimer toi-même avant d’avoir le droit d’aimer, c’est une double peine
« .
Alors que faire quand on n’a jamais appris à s’aimer, faute d’avoir reçu cet amour-là dans l’enfance ou dans ses relations, aussi bien amoureuses que familiales ? Pour le psychologue Pascal Anger, la question mérite d’être posée autrement. Le psychologue rappelle l’importance de se faire un détour par soi. « Il faut d’abord prendre le temps de se valoriser, d’être sincère avec soi-même et de réfléchir à ses attentes
« , explique-t-il à TF1info. Il ajoute : « Il faut parfois rester un peu dans son petit nid, être bien avec soi-même, c’est ce qui va nous aider à être plus clairs avec nous-mêmes
« . La solitude (nouvelle fenêtre), précise-t-il, « n’a pas que du mauvais
« , à condition de la doser. Elle permet de comprendre ce qui nous anime, ce que l’on veut vivre, si l’on cherche de la compagnie ou du temps pour soi. Une manière de faire le point, de travailler sur la « self-compassion ». D’ailleurs une étude publiée en 2026 dans Discover Psychology (nouvelle fenêtre) a démontré que « le soin de soi et l’acceptation de soi sont des prédicteurs significatifs de la passion, de l’intimité et de l’engagement
» et ce, plus que l’amour de soi.
Toutefois, ce travail préalable ne doit pas se tourner vers un repli sur soi, surtout après une rupture. En effet, après une séparation, et encore plus si celle-ci a été compliquée, une personne peut vite glisser d’un « ex ne m’aimait pas, il faut donc que j’apprenne à m’aimer » vers « personne ne peut m’aimer ». Là, s’enfermer dans « je dois m’aimer » peut devenir une stratégie d’évitement, car elle prend sa source dans une fragilité et une absence de rencontres. À l’inverse, celui ou celle qui trouve quelqu’un sans avoir cicatrisé s’expose à une dépendance affective (nouvelle fenêtre).
Le psychologue, lui, propose de chercher un équilibre : sortir de sa zone de confort, ne pas craindre le rejet, accepter les râteaux, les lapins ou les mauvaises surprises des sites de rencontre, et s’avouer que chercher l’amour « n’a rien de honteux
« . Il invite aussi à ne pas rester trop rigide dans ses attentes : « Parfois l’autre passe à côté de nous et on ne le voit pas
« , indique-t-il.
« S’aimer soi-même tout seul, ce n’est pas possible »
« S’aimer soi-même tout seul, ce n’est pas possible »
Pascal Anger,
À celui ou celle qui doute déjà, la formule « s’aimer soi-même » peut aussi ajouter une exigence de perfection, au risque de s’enfermer seul face à son miroir. Parce que s’aimer soi-même ne signifie pas se transformer en un Narcisse. Pire, « chercher à tout prix à s’aimer conduit à une certaine forme de déception
« , prévient-il. Pour le psychologue, il ne faut pas confondre l’amour de soi avec un idéal à atteindre, ni même avec l’estime de soi, sur laquelle il juge plus utile de travailler, si possible avec l’aide d’un thérapeute ou un psychologue.
Pascal Anger rappelle que l’amour de soi ne se fabrique pas en solo, dans son coin, mais il est le fruit d’une construction rendue possible grâce aux autres et qui se construit dans le regard des autres, en premier lieu, les parents. Les adultes qui n’ont pas été aimés comme ils l’auraient dû pendant l’enfance, ou qui ont souffert de négligence affective et émotionnelle, ont tendance à garder des traces profondes en eux.
Pour rétablir ou prendre soin de cet amour de soi et de cette estime de soi, le psychologue a plusieurs conseils : oser s’affirmer, formuler ses besoins et ses limites, accepter sa vulnérabilité et ses imperfections. Il recommande aussi de faire confiance aux autres, sans tout accepter pour autant. Il rappelle que « s’aimer soi-même tout seul, ce n’est pas possible
« , que l’amour n’est d’ailleurs pas seulement amoureux : il se nourrit du travail, des engagements, des amitiés. Et de conclure : « Ce n’est pas parce que je n’ai pas été aimé dans mon enfance ou mon adolescence qu’à mon tour je n’ai pas le droit de m’aimer
« .

