- Samedi 11 avril, la mère et la sœur de Salah Abdeslam ont été placées en garde à vue.
- Les deux étaient venues rendre visite au terroriste incarcéré à la prison de haute sécurité de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais).
- Elles sont ressorties libres de la mesure.
Nouvel épisode autour de la détention de l’un des prisonniers les plus surveillés de France : arrêtées avant un parloir, la mère et la sœur de Salah Abdeslam ont été libérées deux jours après, sans poursuites judiciaires selon les avocats, qui dénoncent « une instrumentalisation ».
Samedi, les deux femmes avaient été interpellées sur le parking de la prison de haute sécurité de Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais) « et placées en garde à vue pour introduction d’un objet illicite en détention »
, ont indiqué les avocats de Salah Abdeslam, Mes Olivia Ronen, Benoît David, Martin Vettes, Delphine Paci et Harold Sax.
Elles en sont ressorties, libres et sans poursuites judiciaires, lundi vers 11h, a précisé à l’AFP Me Vettes, qui représente aussi la sœur. « Ces gardes à vue, censées être secrètes, sont un coup tordu pour maintenir un hygiaphone qui ne devrait plus exister »,
isolant Salah Abdeslam de ses proches lors des parloirs, a-t-il affirmé.
Très peu de communication en source judiciaire
Interrogée par l’AFP, l’administration pénitentiaire a réfuté toute instrumentalisation et assuré que l’hygiaphone serait retiré dès qu’un prochain parloir aurait lieu pour Salah Abdeslam.
Une source judiciaire avait confirmé lundi le placement en garde à vue de proches du condamné, qui purge une peine de réclusion criminelle à perpétuité pour sa participation aux attentats du 13 novembre 2015. « S’agissant d’un dossier en cours à l’instruction »
, cette source n’avait pas souhaité commenter. Elle n’a pas, non plus, donné d’information sur l’issue de cette mesure.
Une ex-compagne de Salah Abdeslam dans le viseur
Seul membre encore en vie des commandos meurtriers des attentats de Paris, Abdeslam est placé à l’isolement depuis près de dix ans. En novembre dernier pourtant, il est placé en garde à vue après la découverte d’une clé USB remise lors d’une visite au parloir par son ex-compagne, Maëva B. Cette clé était chargée, selon le parquet national antiterroriste (Pnat), de documents ayant « trait à la propagande officielle d’organisations terroristes, État islamique ou Al-Qaïda ».
Le Pnat avait requis la « mise en examen ultérieure »
de Salah Abdeslam. Cette mise en examen n’avait pas encore été ordonnée lundi par le juge. Maëva B., quant à elle, avait été mise en examen et incarcérée. Elle est aussi soupçonnée d’être impliquée dans un projet d’attentat déjoué, sans lien avec son ex-compagnon.
Après ces faits, le directeur du centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil avait instauré un dispositif de séparation avec hygiaphone, estimant notamment qu’il n’était pas exclu que la clé ait été introduite par le biais de visiteurs.
Début avril, le tribunal administratif de Lille avait ordonné d’assouplir à nouveau ses conditions de parloir tout en refusant de suspendre son maintien à l’isolement. Or l’administration pénitentiaire a refusé d’exécuter cette décision de justice, malgré « l’obligation qui lui en a été faite »
, s’indigne Me Vettes. Les avocats attendent une nouvelle décision en référé « en ce début de semaine »
.
Dans ce contexte, les avocats du terroriste estiment que « ces gardes à vue n’avaient d’autre objectif que de permettre à l’administration pénitentiaire de justifier le maintien du dispositif de séparation contesté en justice, comme cela a d’ailleurs été notifié ce matin à Monsieur Abdeslam ». « Nous déplorons cette instrumentalisation d’une procédure pénale et de mesures privatives de liberté à des fins purement administratives
« , ajoutent-ils.
Début avril, le tribunal administratif de Lille avait justifié sa décision en soulignant qu’aucune « suite judiciaire
(n’avait)
été donnée »
aux mesures de garde à vue prises contre Salah Abdeslam concernant la clé USB.
Aussi, l’administration pénitentiaire « n’avance aucun élément de nature à laisser présumer qu’il y aurait lieu de soupçonner »
les autres titulaires de permis de visite, membres de sa famille et sa nouvelle compagne, d’être « susceptibles de lui transmettre des objets interdits »,
poursuivait le juge administratif, relevant que ces visites ont lieu pour la plupart depuis 2016 « sans qu’aucun incident n’ait été signalé ».

