• En Roumanie, les activités d’une mine de cuivre rejettent depuis quarante ans des eaux toxiques qui ont noyé un village entier.
  • Les habitants l’ont progressivement quitté, et il aura bientôt complètement disparu.
  • Regardez ce reportage du JT de TF1.

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C’est une vue spectaculaire qui s’offre aux visiteurs du village roumain de Geamăna, ou du moins ce qu’il en reste. En plein cœur des montagnes des Carpates occidentales se dresse un lac artificiel composé d’acide, d’oxyde de fer, de cuivre et de métaux lourds. Il recouvre un village entier dans lequel vivaient 300 habitants il y a encore quarante ans. « C’est probablement le plus gros désastre écologique du pays, partout où cette eau arrive, la vie meurt« , lance l’écologiste Cristi Pascal dans le reportage du JT de TF1 visible en tête de cet article.

Aujourd’hui, il ne subsiste que dix habitants. Valéria en fait partie. Elle vit ici depuis 67 ans, mais elle devra définitivement quitter les lieux dans deux ans. « Ça me fait de la peine, mais je n’y peux rien. Je ne serais partie d’ici pour rien au monde« , regrette amèrement celle qui conserve précieusement une photo du village datant des années 1980, où l’on aperçoit l’entièreté de l’église. Il ne reste désormais qu’un bout du clocher.

Chaque jour, 14.000 tonnes de déchets déversés

Comment expliquer que cet écrin de verdure ait pu être ainsi sacrifié ? Il faut remonter à la fin des années 1970, lorsque le régime de Ceausescu inaugure la plus grande mine de cuivre de Roumanie. L’extraction engendre alors des résidus dans la vallée voisine, qui devient une poubelle à ciel ouvert, alimentée quotidiennement par 14.000 tonnes de déchets. Les tuyaux se comptent par dizaines et déversent dans le lac un tas de boue, de terre et de produits chimiques, dont 45.000 tonnes de poudre de cuivre chaque année, que l’on retrouve dans nos téléphones, les câbles ou les voitures électriques.

Contactée par notre équipe, la société minière a simplement déclaré que son laboratoire surveille « quotidiennement l’acidité en prélevant des échantillons d’eau et qu’aucun dépassement des valeurs légales n’a été constaté« . Une situation qui révolte Cristi Pascal, natif de la région, qui vient dans l’ancien village chaque année depuis treize ans. « Il ne s’agit pas seulement de la nature, mais de la vie des personnes qui ont vécu ici« , explique-t-il.

De toute manière, le lieu est condamné. Dans trois ans, le village ne sera plus qu’un lointain souvenir, les eaux acides s’étant élevées de 16 mètres en une décennie. Geamăna n’appartiendra bientôt qu’au passé.

Mehdi TELLI | Reportage TF1 : Aryel CAMUS et Pierre DEHORNE

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