• Le président américain a lancé ce lundi matin la mission « Project Freedom » afin de débloquer le détroit d’Ormuz.
  • Elle mobilise 15.000 soldats ainsi qu’un important dispositif militaire.
  • Vivement rejetée par Téhéran, cette opération risque de mener à une nouvelle escalade entre les États-Unis et l’Iran.

Suivez la couverture complète

Moyen-Orient : tensions autour du détroit d’Ormuz, cessez-le-feu fragile au Liban

Mission à risque, résultats incertains. Donald Trump a annoncé le lancement du « Project Freedom » (projet liberté), une nouvelle opération militaire sur le détroit d’Ormuz dès lundi 4 mai afin de débloquer quelques navires de ce point de passage clé de l’économie où transite un cinquième de la consommation mondiale de pétrole. L’objectif ? Tenter d’escorter les bateaux « qui n’ont rien à voir avec le conflit au Moyen-Orient », selon le chef d’État. Dans la matinée de lundi (heure locale), deux navires de la marine auraient même franchi le détroit selon l’armée américaine (nouvelle fenêtre)

Le président américain qualifie la manœuvre de « geste humanitaire » de « bonne volonté » sur son réseau social Truth Social (nouvelle fenêtre)dimanche soir alors que les discussions entre Téhéran et Washington (nouvelle fenêtre) s’enlisent depuis le cessez-le-feu du 8 avril. Donald Trump avertit toutefois que si « Project Freedom » devait être freiné par l’Iran, le problème « devrait malheureusement être traité par la force »

Près de 15.000 soldats

Le centre de commandement de l’armée américaine précise même dans un communiqué publié dimanche soir que 15.000 soldats, des destroyers lance-missiles et plus d’une centaine d’aéronefs seront déployés pour mener à bien cette mission. Une armada qui n’a pas laissé les autorités iraniennes de marbre.   

« Nous mettons en garde toute force armée étrangère, en particulier l’agressive armée américaine : s’ils ont l’intention de s’approcher du détroit d’Ormuz ou d’y pénétrer, ils seront ciblés et attaqués », met en garde lundi matin le général Ali Abdollahi, chef du commandement des forces armées Khatam Al-Anbiya, cité par la télévision d’État sur Telegram.

On peut se demander si ce n’est pas une manœuvre qui vise à pousser les Iraniens à attaquer en premier.

Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS

Quelques heures plus tard, l’escalade s’amorce déjà. L’agence de presse iranienne Fars, proche du pouvoir, affirme que l’Iran a tiré deux missiles contre une frégate de l’armée américaine qui s’approchait du détroit d’Ormuz. Même si la Maison Blanche dément, l’opération a de quoi miner le fragile cessez-le-feu entre Téhéran et Washington. « L’objectif officiel affiché par Donald Trump est d’escorter ces bateaux afin de rouvrir le détroit. En réalité, c’est sans aucun doute un geste de provocation venant du président américain », souligne Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis. 

« Donald Trump était parti du principe que la guerre serait finie alors que l’Iran ne cède pas et qu’aucun n’accord n’a été trouvé. Il n’a même pas demandé au Congrès un prolongement officiel de la guerre. On peut alors se demander si ce n’est pas une manœuvre qui vise à pousser les Iraniens à attaquer en premier, ce qui permettrait aux États-Unis de justifier un retour au conflit armé malgré son positionnement public », poursuit Romuald Sciora. Le président américain a en effet envoyé une lettre au Congrès en fin de semaine (nouvelle fenêtre) afin de leur signifier que les hostilités contre l’Iran étaient « terminées » avant d’annoncer quelques heures plus tard le lancement du « Project Freedom », rejeté par l’Iran dans la foulée. 

Survie politique

La mise en œuvre de cette opération permettrait à Donald Trump de « légitimer la guerre la plus impopulaire de l’histoire récente des Etats-Unis », ajoute le chercheur. La figure du Make America Great Again (« rendre l’Amérique à nouveau grande ») joue en effet la suite de son second mandat à six mois des « midterms », élections législatives américaines.

Ce conflit, au cœur de l’élection, est très largement désapprouvé par l’opinion publique depuis fin février. Avec son opération « Project Freedom », « aux potentielles lourdes conséquences », comme le rappelle Romuald Sciora, Donald Trump ne met pas seulement en péril les négociations avec l’Iran mais aussi sa propre survie politique. 

Malika CHEKLAL

Share.
Exit mobile version