• Frappé par les incendies, les canicules à répétition ou encore une sécheresse historique, l’été 2026 va laisser des traces.
  • « Un été extrême ne s’arrête pas nécessairement avec la fin de la chaleur », alerte le directeur de recherche au CNRS Davide Faranda.
  • Inondations, précipitations, insectes ravageurs… Les conséquences de la saison pourraient être multiples.

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Les températures baissent et pourtant… La France n’a sûrement pas fini de payer son été 2026 record. Alors que le pays a été balayé par des incendies historiques, que les canicules se sont enchaînées, que les sols n’ont jamais été aussi secs et que les mers sont en surchauffe, ces extrêmes ont des conséquences sur le long terme. 

« Un été extrême ne s’arrête pas nécessairement avec la fin de la chaleur, une partie de ses conséquences peut se transmettre aux saisons suivantes et même aux années suivantes », prévient Davide Faranda, directeur de recherche au CNRS en sciences du climat. Il va ainsi falloir « surveiller les effets différés de cet été : recharge des nappes, mortalité des arbres, état des forêts, ravageurs, agriculture et premiers épisodes méditerranéens de l’automne », liste-t-il. On vous explique.

Mers en surchauffe : attention à la Méditerranée

Samedi 22 août, la température des eaux de surface des océans mondiaux a atteint 21,1°C, soit un record de température moyenne journalière. Près de la France, l’ouest de la mer Méditerranée et le long de l’Atlantique, d’importants écarts de température par rapport aux références climatiques ont été enregistrés. Selon les données de l’observatoire européen Copernicus, le thermomètre marin a pu dépasser, localement, +5°C par rapport à la moyenne, « notamment dans le golfe du Lion, ainsi qu’au large des côtes du sud de la France, » détaille Météo-France. Une température qui pourrait avoir une influence sur les précipitations extrêmes. 

« Concernant les températures de la mer, le principal point de vigilance pour l’automne est la Méditerranée. Une mer chaude apporte davantage d’humidité à l’atmosphère », décrit Davide Faranda. Toutefois, « cela ne signifie pas nécessairement davantage d’épisodes méditerranéens, mais lorsque les conditions météorologiques sont réunies, les précipitations peuvent être plus intenses », détaille celui qui coordonne ClimaMeter (nouvelle fenêtre), un consortium international qui analyse les événements extrêmes en temps réel.

« De fortes valeurs de la température de la mer permettent à la masse d’air circulant vers les côtes de stocker plus d’humidité lors de son trajet au-dessus de la mer et favorisent des précipitations très intenses, mais elles n’influent pas sur le déclenchement d’un épisode méditerranéen », appuie Météo-France. L’Atlantique, lui, peut jouer un rôle, notamment via les dépressions qui arrivent sur l’Europe occidentale.

Sécheresse : des mois pour redresser la situation ?

L’autre extrême de cet été, c’est la sécheresse. Installée et généralisée à l’ensemble du territoire dès le mois de juin, elle a atteint, début août, un niveau jamais observé (nouvelle fenêtre), dépassant même les niveaux de 2022, année de référence en la matière. Et la situation pourrait être délicate à redresser dans les prochains mois. « Quelques jours de pluie ne suffiront probablement pas à revenir rapidement à une situation normale », prévient Davide Faranda, alors que de violents orages balaient la France (nouvelle fenêtre).

« Il faut des pluies régulières sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois pour reconstituer l’humidité profonde des sols, les débits des rivières et surtout des nappes », pointe encore le directeur de recherche au CNRS. Avec un risque : que cette sécheresse se prolonge jusqu’en 2027 si l’automne et l’hiver ne sont pas suffisamment humides. « Mais cela dépendra fortement des régions », estime Davide Faranda. 

Un scénario qui s’est d’ailleurs déjà produit en France : les Pyrénées-Orientales ont connu une sécheresse pluriannuelle de 2022 à 2025. 

Le danger silencieux des incendies

Pour les incendies, « le risque ne s’arrête pas lorsque les flammes sont éteintes », rappelle Davide Faranda alors que le pays a été touché par des feux dévastateurs, en Gironde, dans le Var ou à Fontainebleau. L’Inrae rappelle que les arbres survivant aux flammes « ne sont pas forcément sauvés, la chaleur endommage leurs racines et leurs tissus ». Une partie peut alors dépérir progressivement dans les mois ou les années suivant l’incendie. 

Autre danger : les insectes ravageurs. « Les arbres morts sur pied et surtout les troncs coupés, stockés sur place sont de véritables garde-manger pour les scolytes », prévient l’Inrae (nouvelle fenêtre). Si en 2026, le risque de pullulation est presque nul, « il pourrait atteindre un risque endémique durant l’été 2027 si ces arbres ne sont pas coupés ou si les bois coupés font l’objet d’un stockage prolongé en bord de route ». 

D’autres parasites peuvent aussi s’installer alors que les incendies favorisent la dispersion de certains ravageurs comme le nématode du pin… attiré par l’odeur du pin brûlé et qui pond de préférence sous l’écorce des arbres affaiblis. Enfin, les sols sont impactés, alors que le feu peut réduire leur fertilité et leur capacité à retenir l’eau. « Le risque d’érosion augmente après les premières pluies », pointe l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement.

Risques cumulés

Le cumul sécheresses et incendies peut apporter d’autres dangers dans les mois à venir en augmentant, localement, le risque d’inondation. « Les sols et les écosystèmes sont fragilisés, la végétation qui retenait l’eau a disparu et les surfaces brûlées peuvent favoriser le ruissellement et l’érosion, détaille Davide Faranda. Si cela se combine avec des pluies très intenses, le risque de crues et de coulées de boue peut être important ».

Côté sécheresse, si un sol sec peut aussi favoriser des inondations, il n’est pas « automatiquement imperméable », pointe Yves Tramblay, hydrologue pour l’Institut pour la recherche et le développement (IRD), sur LinkedIn (nouvelle fenêtre). « Une croûte de battance, le tassement ou la raréfaction de la végétation peuvent réduire fortement l’infiltration. Une pluie intense provoque alors rapidement du ruissellement sur une parcelle ou un versant (…) mais observer un fort ruissellement sur une parcelle ne suffit pas à provoquer une crue fluviale », tempère le chercheur.

Autre territoire fragilisé par cet été : les massifs montagneux, alors que la voie du Mont-Blanc est devenue particulièrement délicate cet été en raison des chutes de pierre dans le célèbre couloir du Goûter. « La chaleur et le dégel du pergélisol peuvent déstabiliser des versants et augmenter les risques d’éboulements et de coulées, notamment lors des épisodes de fortes pluies qui suivent », pointe Davide Faranda. 

Toutefois, il est difficile de dire que la saison chaude aura mécaniquement un effet sur les prochains mois, cela dépend des conditions météorologiques à l’avenir et de l’état local des sols et des glaciers. « C’est plutôt une fragilisation progressive des systèmes de montagne, qui peut être révélée ou amplifiée par des pluies intenses », précise le chercheur.

Des maisons de plus en plus fissurées ?

La sécheresse influe aussi sur nos habitats, notamment via le risque « RGA » pour « retrait-gonflement des argiles » ou ce qu’on appelle généralement les « maisons fissurées ». « On s’attend à avoir, du fait des sécheresses tôt et relativement longues cet été, une hausse des apparitions de fissures ou de dégradation des maisons soumises au risque RGA », prévient Laurent Arnaud, directeur du département Bâtiments Durables pour le Cerema.

Un été 2026 qui pourrait aussi, dans la lignée de la tendance de ces dernières années, d’étendre ce risque sur le territoire. « Le nombre de bâtiments potentiellement exposés grandit au cours du temps », confirme Laurent Arnaud. Selon la carte nationale d’exposition au risque RGA du BRGM (nouvelle fenêtre), mise à jour en juillet, 55% du territoire métropolitain est désormais situé dans une zone d’exposition moyenne ou forte au phénomène, contre 48% selon le zonage de 2020.

Carte du risque RGA en France – BRGM

En juillet dernier, le directeur général de la Caisse centrale de réassurance (CCR), Édouard Vieillefond, avait estimé qu’en France, en dehors de la situation exceptionnelle de cet été, le coût de la prise en charge du retrait-gonflement des argiles pourrait atteindre les 500 milliards d’euros.

Dans les champs et dans l’assiette

Les conséquences de notre été 2026 hors norme devraient aussi se faire ressentir dans notre assiette. Les pertes sur les cultures de fruits, légumes ou céréales, ou les réductions de production fromagères, pourraient entraîner des augmentations du coût de ces produits dans nos rayons. 

Ainsi, selon Daniel Sauvaitre, président de l’interprofession fruits et légumes (Interfel), la production de tomates et de salades a, par exemple, particulièrement souffert, tendant les prix sur fond de forte demande. « Les conséquences de ces 70 jours continueront de marquer la production jusqu’en fin de campagne 2026″, a de son côté affirmé Légumes de France (association spécialisée de la FNSEA) à l’AFP.

Une situation qui intervient alors qu’en juillet, déjà, l’association Familles rurales alertait sur une « forte hausse » sur un an des légumes comme les courgettes ou les tomates grappes, en partie en raison des « aléas climatiques ». Autre risque : que certains légumes manquent pour l’automne et l’hiver, notamment ceux censés sortir de terre à cette période mais difficiles à semer lors des épisodes de chaleur intense vécus par la France avec une terre trop chaude pour permettre aux navets, épinards ou encore radis de se développer.

La facture

Autant d’impact qui ont, aussi, un coût pour les finances de la France. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, avait indiqué mi-août que les canicules à répétition cet été pourraient coûter à la France « de l’ordre de 10 à 15 milliards d’euros de coûts directs et indirects », supérieurs aux 5,6 milliards d’euros estimés pour celle de 2022.

Face à cette facture, le président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, Éric Coquerel (LFI) présidera une mission parlementaire sur le coût de la canicule. Une « mission flash » lors de laquelle doivent être entendus Météo-France, l’Office français de la biodiversité (OFB), la Fédération nationale des sapeurs-pompiers, l’Office national des forêts (ONF), le ministère de la Transition écologique, la direction générale du Trésor au ministère de l’Économie, la Fédération hospitalière de France (FHF) ou encore Santé publique France, selon le programme des auditions, prévues à ce stade jusqu’au 23 septembre.

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