Dans ses bureaux de la mission catholique San Antonio, à Gambos, un bourg des hauts plateaux semi-arides du sud de l’Angola, le père Pio Wakussanga est aux premières loges du dérèglement climatique qui accable l’Afrique australe depuis une dizaine d’années. Chaque jour ou presque, le prêtre d’une soixantaine d’années accueille des pères de famille au visage émacié, aux gestes lents, en quête d’un sac de sorgho pour nourrir leurs enfants. Depuis ses fenêtres, il observe aussi le ballet des plus jeunes, qui hèlent les camions et les bus dévalant la grand-route voisine, pour rejoindre la Namibie, 250 km plus au sud, où ils espèrent être embauchés dans une ferme.

Depuis une décennie, la province de Huila, où exerce le père Pio Wakussanga, mais aussi celles de Cunene et de Namibe, frontalières de la Namibie, sont percutées par des sécheresses à répétition. La saison des pluies, qui s’étalait d’octobre à mars-avril, période suffisante pour semer, faire pousser et récolter le maïs, commence désormais en novembre. Et les précipitations sont beaucoup plus irrégulières.

« Nous nous attendons à une nouvelle sécheresse et, avec le “super El Niño” qui se profile, cet épisode risque d’être très sévère », met en garde le religieux en référence au phénomène naturel, né dans les eaux du Pacifique équatorial, qui aggrave le réchauffement planétaire et pourrait être cette année le plus puissant jamais enregistré. « Certaines familles ont des réserves pour tenir jusqu’à décembre, expose l’homme d’Eglise. Mais après, s’il n’y a pas de pluie, elles ne savent pas ce qu’elles mangeront. C’est pour cela que les gens fuient. Il n’y a pas une seule famille dans les environs de Gambos qui n’a pas un membre parti en Namibie. »

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