• L’auteur de « Taxi Driver », « Les Affranchis » et tant d’autres chefs-d’œuvre vient de collaborer avec une société allemande d’IA pour son prochain film.
  • Il en fait même la promotion en ligne, dans une vidéo qui s’attire les foudres de nombreux professionnels du cinéma.
  • Reste qu’ils sont de plus en plus nombreux à tester (et approuver) des logiciels qui sont en train de révolutionner la conception des films.

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L’intelligence artificielle, cette technologie qui bouleverse nos vies

C’est l’un des plus grands cinéastes américains de tous les temps. Et forcément, lorsqu’il parle, on l’écoute. Dans une vidéo postée mercredi sur les réseaux sociaux, Martin Scorsese vante les mérites de Black Forest Labs, une société allemande d’intelligence artificielle dont il a utilisé le logiciel FLUX pour générer un story-board en trois dimensions d’une scène de son prochain film avec Leonardo DiCaprio. 

Enthousiaste, l’octogénaire revient également sur la conception très complexe d’une célèbre séquence de l’un de ses chefs-d’œuvre, Les Affranchis, dans laquelle une steadycam suit l’acteur Ray Liotta à l’intérieur d’un night-club. « Avec un outil comme celui-là, vous pouvez comprendre bien plus facilement (la scène – NDLR) et gagner du temps de production ainsi que moins d’usure pour l’équipe ». Et de l’argent ? 

« Le cinéma est un jeune médium, 125 ans environ seulement, donc nous devons être ouverts à la façon dont il peut évoluer », plaide par ailleurs le cinéaste dans un communiqué posté sur le site de Black Labs. « J’ai utilisé la 3D avec Hugo Cabret et la technologie de rajeunissement numérique pour The Irishman. Avec ce nouvel outil, je peux partager plus facilement et clairement ce que je visualise avec les membres de mon équipe de création. »

À Hollywood, où l’IA divise profondément les talents, la prise de position de Martin Scorsese n’est pas passée inaperçue. Pour Karla Ortiz, conceptrice de visuels sur de nombreux blockbusters Marvel comme Black Panther ou Avengers : Endgame, le réalisateur mythique « jette sous le bus tous les créateurs de storyboards avec lesquels il a travaillé. Utiliser son aura et son pouvoir pour faire ça, c’est juste dégoûtant », écrit-elle sur X. 

« Ce que je pense, c’est qu’il a 83 ans, et qu’ils ont donné un tonne d’argent à sa famille » pour légitimer l’intelligence artificielle, ironise pour sa part le rappeur et réalisateur Boots Riley, auteur de films indépendants à petit budget comme Sorry To Bother You et plus récemment I Love Boosters. « Je crois qu’en réalité il s’en fout et qu’il pense que cette technologie va se casser la gueule. Mais si ce n’est pas le cas, extra f…. à lui ! ».

Si une pointure comme le Mexicain Guillermo Del Toro répète à l’envie qu’il « préférerait mourir plutôt qu’utiliser l’IA générative », les exemples de cinéastes qui se laissent tenter par les prouesses de l’IA se multiplient ces derniers temps. Au dernier Festival de Cannes, Steven Soderbergh a dévoilé John Lennon : The Last Interview, un documentaire pour lequel il a utilisé l’IA de Meta afin de créer des visuels abstraits… Mais pas de « ressusciter » l’ex-Beatles comme son confrère Coerte Voorhees a pu le faire avec Val Kilmer pour les besoins du controversé As Deep As The Grave.

« Il y a une façon d’utiliser l’IA dans laquelle votre intention est de tromper quelqu’un ou de le manipuler, pour créer une image que vous voulez qu’il pense être réelle », s’est défendu l’auteur de Sexe, mensonges et vidéo dans une interview à Deadline. « Et puis il y a celle que nous en faisons dans ce documentaire, où il est évident qu’il s’agit de l’IA et qu’elle est utilisée essentiellement de la même manière que vous utiliseriez les effets visuels ou les images de synthèse. »

À l’heure où l’IA fait craindre la disparition de nombreux métiers du cinéma, James Cameron lui-même tente de dédramatiser. Depuis 2024, le papa de la saga Avatar fait partie du conseil d’administration de la firme britannique Stability AI. « Nous devons trouver le moyen de réduire les coûts de moitié », expliquait-il l’an dernier dans le podcast Boz to the Future. « Il ne s’agit pas de licencier la moitié du personnel des sociétés d’effets spéciaux. Il s’agit de doubler la vitesse de réalisation d’un plan, pour que les artistes accélèrent la cadence et puissent faire plein d’autres choses cool et encore plein d’autres choses cool. » Vu comme ça.

Jérôme VERMELIN

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