- Le Réseau action climat publie un rapport sur les trajets en train de la France vers les destinations européennes.
- L’association alerte sur le manque de trajets directs, l’absence de certaines liaisons sur SNCF Connect et les correspondances risquées pour le portefeuille des passagers.
Pour voyager en Europe depuis la France, difficile de regarder les paysages défiler à travers la fenêtre de son wagon. Sur les 30 principales liaisons aériennes depuis Paris, seules 9 disposent d’un train direct, alerte le Réseau action climat, association spécialisée dans les questions liées au changement climatique.
Manque de trajets directs par les rails, peu de liaisons avec correspondance disponibles sur SNCF Connect, frais à la charge du passager en cas de transit raté… Les voyages en Europe en train depuis la France se révèlent jonchés d’obstacles, selon un rapport du Réseau action climat publié mardi 21 avril.
Pour l’association, « l’offre ferroviaire directe depuis Paris est inégale selon les destinations ».
La Belgique, les Pays-Bas et la Suisse sont régulièrement desservis par des liaisons directes, cinq allers-retours permettent de rejoindre le nord de l’Italie (Milan et Turin) chaque jour, mais « la desserte de l’Espagne se cantonne à 2 ou 3 allers-retours par jour vers Barcelone »
. Depuis les autres grandes villes françaises, « l’offre est encore plus chétive »
, note-t-elle.
Ce manque de liaisons ferroviaires directes s’explique notamment par la quasi-disparition des trains de nuit internationaux depuis la France
Ce manque de liaisons ferroviaires directes s’explique notamment par la quasi-disparition des trains de nuit internationaux depuis la France
Réseau action climat
Pourtant, la demande est là, insiste le Réseau action climat : pour un trajet Paris-Barcelone, « les
compagnies aériennes
proposent 8 fois plus de sièges que la SNCF »
. Pour un Paris-Lisbonne, alors que plus de 2,3 millions de passagers ont effectué ce trajet en avion en 2024, quatre correspondances minimum sont nécessaires pour faire le même trajet en train, selon le rapport.
« Ce manque de liaisons ferroviaires directes s’explique notamment par la quasi-disparition des trains de nuit internationaux depuis la France »
, estime le réseau qui fédère 27 associations nationales. « Un non-sens à l’heure de l’urgence climatique »
, appuie l’association. Contactée, la SNCF n’a pas souhaité réagir aux différentes conclusions de ce rapport.
Des liaisons internationales absentes de la plateforme française
Quand des alternatives aux liaisons aériennes les plus fréquentées existent en train, l’entreprise ferroviaire française ne les propose pas, reproche l’association. « Jusqu’ici, SNCF Connect a fait le choix de ne pas afficher de nombreuses entreprises ferroviaires européennes »
, précise-t-elle. Et ce, même quand la SNCF ne fait pas circuler de train direct sur ces lignes, comme Marseille-Madrid proposé par l’Espagnole, Renfe, selon le rapport.
D’après le rapport du Réseau action climat, sur les 18 principaux voyages en correspondance de Paris vers les grandes villes européennes, seuls sept sont visibles sur la plateforme SNCF Connect, contre 16 sur Trainline, société de vente en ligne de billets de train, qui n’est affiliée à aucune entreprise ferroviaire. « Les plateformes alternatives comme Trainline ne sont pas exhaustives pour autant
, prévient néanmoins l’association, certaines combinaisons sont ainsi invisibles. »
Du simple au double pour un même trajet
Quand la SNCF coopère avec d’autres compagnies, comme la Deutsche Bahn en Allemagne, les sièges d’un même train sont répartis entre les deux opérateurs, et chacun applique sa « propre politique tarifaire de manière indépendante, ce qui peut entraîner de fortes différences de prix »
, explique le rapport.
L’association en a fait l’expérience pour un même trajet Paris-Francfort, « proposé à 39,99 euros sur le site de la Deutsche Bahn, et à 79 euros sur le site de la SNCF »
, affirme-t-elle à l’aide de captures d’écran des deux plateformes.
Des correspondances risquées pour les passagers
Une fois installé dans un train international avec changement, gare aux retards. « Dans l’immense majorité des cas étudiés (13/18), la correspondance n’est pas toujours assurée en cas de retard du premier train »
, avertit le Réseau action climat. L’association juge le droit européen de protection des passagers trop restrictif.
Des accords volontaires entre compagnies ferroviaires historiques existent, mais les nouveaux opérateurs, comme Ouigo Espagne, Trenitalia France ou European Sleeper en sont exclus, empêchant de fait de garantir le voyage pour tous les passagers. L’association réclame, elle, d’« élargir les droits des passagers à toutes les liaisons ferroviaires en correspondance »
.
En un seul clic sur l’appli SNCF Connect, les voyageurs pourront-ils un jour acheter un billet opéré par Trenitalia ou Renfe ? C’est l’objectif d’un dispositif transpartisan approuvé dans le cadre de l’examen d’un projet de loi-cadre sur les transports. Le Sénat a adopté jeudi 16 avril une mesure visant à contraindre la SNCF à commercialiser les billets des autres opérateurs sur son application à partir de 2028, une demande de ses concurrents soutenue par les sénateurs pour « faire primer l’intérêt des usagers ».

